«LE CAMEROUN C´EST LE CAMEROUN »! ON VA FAIRE COMMENT ?

«LE CAMEROUN C´EST LE CAMEROUN »! ON VA FAIRE COMMENT ?

Ils sont réputés pour leur dynamisme, leur créativité et leur engagement. Compatriotes de Mathias Eric OWONA NGUINI et de Patrice NGANANG, de Calixthe BEYALA et de Franklin NYAMSI, ils font montre d´une intellectualité notoire. L´”Afrique en miniature”, riche et diversifiée sur tous les plans, laisse véhiculer, comme tout peuple, à travers la parole, les idiomes, les dictons et expressions, un mode de pensée, un habitus culturel.

Au-delà des proverbes longtemps ancrés dans notre cosmos linguistique et servant de contenants pour notre mode de penser, il existe des expressions, des néologismes qui font école à chaque époque, accompagnent et marquent l´esprit de toute une génération. Qu´il nous soit ici permis d´aborder deux expressions, deux “camerounaiseries” qui sans doute mettent en lumière la conscience collective camerounaise des trois dernières décennies et révèlent un état d´esprit collectif, lequel laisse interroger le projet d´émergence.

«Le Cameroun c´est le Cameroun !» Un slogan devenu si populaire qu´il est de nos jours difficile de remonter son origine. Certains attribuent sa paternité au président Ahidjo. Marque déposée de la particularité du pays des X-MALEYA, de l´exception camerounaise par excellence, cette expression est devenue un prêt-à-penser dans les quatre coins de la République. Vous reprochez à une servante le mauvais service, elle vous répond «Le Cameroun c´est le Cameroun». Vous attendez pendant des heures au guichet de la trésorerie nationale, la caissière venue en retard vous répond «le Cameroun c´est le Cameroun». D´aucuns reprochent à nos compatriotes qui ne ménagent aucun effort pour défendre les nobles causes africaines et panafricaines une certaine torpeur voire naïveté face à notre propre cuisine nationale. À ce niveau aussi, la réponse est claire et nette: «Le Cameroun c´est le Cameroun »

«Le Cameroun c´est le Cameroun», un passe-partout qui marque d´un côté la fierté camerounaise et l´attachement à la patrie et d´un autre côté traduit ce que Mathieu YOUBI du forum “Le Cameroun c´est le Cameroun” sur Facebook (Interviewé par André EKAMA, dans: Nkul-Beti) qualifie de «négativité coupable». Bref, une posture qui tend à justifier le moindre effort, lequel aboutit à la posture rhétorique: «On va faire comment! »

L´inadéquation entre la richesse de notre cher beau pays et la gouvernance calamiteuse présente ce visage hideux: le vol d´enfant, les soins médicaux inaccessibles aux masses populaires, les coupures d´eau et d´électricité, les crimes rituels, les détournements criards de fonds publics, résume ainsi Sismondi BARLEV BIDJOCKA. Quelle réaction recueille-t-on

chez bon nombre de compatriotes loin du «y´en a marre» à la sénégalaise? Les retraités s´alignent à longueur de journée sous un âpre soleil, attendant leur retraite comme une manne devant tomber du ciel; les hauts fonctionnaires s´enrichissent sans vergogne, paupérisant ipso facto les masses populaires, la réponse récurrente c´est «on va faire comment». Comment en est-on arrivé à une gouvernance des décennies qui engendre plus d´”éperviables” que de réformes propices au développement durable? Là encore, «on va faire comment». BARLEV BIDJOCKA trouve dans cette attitude une traduction de l´état d´âme de la société camerounaise des trente dernières années, alors caractérisées par le statu quo politique. Ce qu´il qualifie de “suicide collectif” face à l´inertie. Nous sommes en droit d´interroger les facteurs sociologiques et historiques qui ont contribué à forger un tel habitus chez le camerounais.

Allant en guerre contre la mentalité de “mendiant assis sur une mine d´or”, Dr. Paul FOKAM plaide pour l´urgence d´une mentalité de l´émergence devant initier le changement positif. Or peut-on émerger avec un esprit fataliste à la «on va faire comment» ? Quelle volonté politique est-elle nécessaire pour concrétiser l´émergence? Bref, quelle est l’attitude individuelle requise pour émerger économiquement, politiquement et socialement? Telle est la question de la semaine

 

 

camernews-Florence-Tsague

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