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Laurent Esso : Bavard et provocateur

Laurent Esso : Bavard et provocateur

Présenté comme un « grand muet », le ministre de la Justice s’est pompeusement livré à un exercice auquel il ne se prête que rarement devant les médias.

Le muet de la République. Le taciturne. Le grand taiseux. L’homme qui ne rit jamais. Autant de termes que la presse camerounaise utilise généralement pour décrire le ministre Laurent Esso. « A la différence de ce qu’on diffuse sur moi, ma porte est plus ouverte qu’on ne le dit », plaisante Laurent Esso à la fin de « sa » conférence de presse. Le ministre de la Justice a réuni la presse hier, 12 juillet 2016, pour parler du nouveau Code pénal, de l’affaire Maurice Kamto, de la libération de Lydienne Eyoum, entre autres.

Après avoir déroulé sa communication, le Garde des sceaux est revenu sur les aspects qui ont suscité de nombreuses polémiques ces dernières semaines au sein de l’opinion. Se sentant acculé, mieux, personnellement interpellé, Laurent Esso a cru devoir faire des « clarifications », tantôt railleur, tantôt provocateur, avec une once d’arrogance voire de mépris dans ses propos glissés avec un humour  caustique.

« Il y a ce problème qui intéresse beaucoup les gens. Il était reproché au ministre de la Justice de n’avoir pas procédé aux consultations des différentes composantes de la société pour la rédaction du Code pénal », lâche-t-il, l’air de rien. Laurent Esso cite pêle-mêle les administrations, les organisations de la société civile, les organisations professionnelles, parmi lesquelles le Barreau, qui ont été consultées par le Vice-premier ministre, ministre de la Justice d’alors, Amadou Ali.

« Toutes les propositions n’ont pas été retenues comme formulées. Comme vous le voyez après plus d’une dizaine d’années d’étude, quelle a été ma surprise de recevoir un mémorandum qui exprime la position personnelle du bâtonnier », raille Laurent Esso.

Ngnié Kamga

Ayant ainsi armé une énième charge, après celles qui avaient déjà été déversées au Parlement, contre Ngnié Kamga, Laurent Esso  évoque(encore) de la correspondance que Amadou Ali avait adressée en son temps au bâtonnier de l’Ordre des avocats. Cette lettre invitait Me Eta Besong à prendre part à une « session de validation de l’avant-projet du Code pénal » à l’hôtel Mont Febe. De même qu’elle faisait savoir au bâtonnier d’alors qu’il a été désigné comme président d’un atelier. Et qu’à son tour, il doit désigner trois avocats devant prendre part à ces travaux.

« Au lieu de relever la violation des règles de courtoisie imputée au ministre de la Justice, l’auteur du mémorandum, qui du reste exprime sa position personnelle, à défaut d’exprimer son point de vue, aurait pu consulter ses confrères ou les archives du Barreau », assène Laurent Esso dans un ton jubilatoire.

Lydienne Eyoum en France

Telle une leçon de morale voire de bienséance expressément préparée pour remettre à sa place non pas le Barreau, mais l’actuel bâtonnier Ngnié Kamga, Laurent Esso poursuit : « Selon les règles de courtoisie, il aurait fallu prendre attache au ministère de la Justice pour ne pas attendre cinq ans pour faire parvenir ses observations.  Nous sommes là devant une polémique stérile et se serait stupide pour le ministère de la justice (et donc au ministre de la Justice qu’il est, Ndlr) de prendre part, quelque soit la bonne foi de ceux qui l’entretiennent, à ce débat », balaie-t-il.

Laurent Esso ne s’est pas fait prier pour répéter distinctement cette dernière phrase. C’est à croire qu’il s’est dit en venant, celuilà, je vais lui régler son compte une fois pour toute. Il en riait même quelque fois. En prenant juste le soin de ne pas rire aux éclats. Du moins pas là. Lors de cette conférence de presse réglée comme sur du papier à musique, Laurent Esso n’a pas manqué de parler, encore une fois, de Brain trust donc de Maurice Kamto.
 
« Je voudrais dire que j’ai découvert ce problème (affaire des 14 milliards FCfa du Code pénal) dans la presse et je suis sincère », jure-t-il. C’est à peine qu’il n’a pas posé sa main droite sur le coeur. Il dira par la suite. « Vous parlez de 14 milliards FCfa. C’est possible. Mais je crains qu’il y ait exagération. Je n’en sais rien. Nous allons vérifier. Les uns ont dit 14 milliards FCfa, les autres 89 millions FCfa. Soyons prudents. Nous connaitrons la vérité au moment venu. Les inspections sont en cours. J’attends les résultats. Le moment venu nous en reparlerons », affirme-t-il goguenard.

De manière sibylline, Laurent Esso venait de placer une épée de Damoclès sur la tête de Maurice Kamto. Dans le même ton, toujours à propos de Brain Trust, répondant à une question d’une journaliste sur les réserves que « plusieurs éminences grises » ont portées sur le nouveau Code pénal, Laurent Esso répond : « La démocratie laisse la libre expression à ceux qui veulent bien la prendre. Je ne vous donnerai pas la composition du cabinet Brain trust qui a rédigé en première mouture l’avant projet du Code pénal, mais je vois qu’il y a dans ce cabinet plus d’éminences grises que celles dont vous parlez là ».

La remise de peine accordée par le chef de l’Etat à Lydienne Eyoum ne pouvait échapper au désormais « Grand bavard de la République ». « Il ne s’agit pas d’un acte judiciaire qui peut laisser penser que le président de la République a réformé un acte de justice. Il s’agit d’un pouvoir régalien. Il n’y a aucune entorse sur les procédures judiciaires ». Laurent Esso insistera pour dire que Lydienne Eyoum reste redevable à l’Etat du Cameroun, la Grâce n’ayant pas emporté les condamnations civiles prononcées contre elle, tout comme les déchéances et l’interdiction d’être conseil juridique.

Le ministre assure que bien qu’elle soit déjà partie en France, la décision qui ordonne la confiscation des biens saisis pourra permettre de récupérer certaines sommes d’argent emportées. Non sans relever que : « maintenant elle est en France, ce n’est pas la seule personne qui est en France ». Qu’est-ce que le ministre Esso Laurent voulait par là insinuer? Difficile de répondre. Tellement il en a fait dans le même style hier après-midi. Vous avez dit grand muet ?

 

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