L’Algérie tombe de haut

Quel ratage ! Nous sommes des millions d’Algériens à avoir été choqués, hier, d’apprendre que l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2017, qu’on pensait presque acquise, va filer vers le Gabon.

Le monarque Issa Hayatou a préféré gratifier ses voisins du Gabon après avoir assuré la CAN-2019 à son pays, le Cameroun, celle de 2021 à l’autre voisine la Côte d’Ivoire et celle de 2023 à la Guinée. Cette région d’Afrique francophone doit une fière chandelle à l’inamovible président de la CAF qui, de ce point de vue-là, n’a rien à envier à son président Paul Biya, le dernier soldat de la Françafrique, au pouvoir depuis 1982.
Il était alors naïf de vouloir jouer franc jeu avec un tel responsable rompu aux coulisses et aux dessous de table.

Faut-il pour autant se contenter de jeter la pierre à Hayatou et passer l’éponge sur ce cinglant échec de Raouraoua, de sa fédération, voire de l’Etat algérien ? Parce que le mal est d’abord en nous. Raouraoua, qui promenait son imposante silhouette dans les grands hôtels, s’affichant avec son «ami» Issa et Blatter, donnait l’image d’un homme d’influence. Ce n’est finalement qu’une illusion d’optique. Le président de la «fédé» bombe le torse à Alger, mais se tient bien calme au Caire et ailleurs. Il n’est qu’un maillon du système Hayatou d’où il pourrait être éjecté à la moindre occasion. Qu’il soit bien clair que cet échec est d’abord le sien. Ayant fait de la gestion de l’équipe nationale son unique boulot à la FAF, il a lamentablement raté son objectif de lui offrir l’occasion de jouer la CAN en Algérie. Hadj ou pas, Raouraoua doit démissionner et s’excuser auprès de ce peuple qu’il a frustré d’une coupe qu’il pensait à portée de main.

 

Il serait pourtant injuste de mettre cette humiliation sur le dos du seul Raouraoua. Obtenir l’organisation d’une compétition aussi prestigieuse que la CAN est avant tout, ne l’oublions pas, une affaire d’Etat. Le dossier algérien n’a pas été suffisamment appuyé à un haut niveau politique. Malgré toute sa bonne volonté, Mohamed Tahmi n’est qu’un ministre des Sports. Sous d’autres latitudes, même les chefs d’Etat mettent la main à la pâte et usent de lobbying pour vendre l’image de leur pays et convaincre qu’ils sont dignes d’organiser une grande compétition. L’exemple du Qatar pour le Mondial 2022 est édifiant. Qu’ont donc fait nos hauts responsables pour ramener la CAN chez nous, à part l’audience autour de petits-fours accordée par Sellal à Hayatou ? Pas grand-chose qui aurait pu éviter notre sortie la queue entre les jambes, hier au Caire.

C’est donc l’Algérie et ses institutions qui ont perdu le match de la dernière chance. Là aussi, nous avions peut-être surestimé le poids diplomatique de notre pays en Afrique. Faiseur de paix au Sahel, effaceur des dettes des pays les plus pauvres, leader incontournable au sein de l’Union africaine, destination de tous les dirigeants qui cherchent aide et assistance, l’Algérie n’a pas su et pu capitaliser ce leadership à une échelle footballistique. C’est précisément là où ça fait très mal. Au final, l’Algérie qui gagne a lourdement perdu, cette fois.

C’est la triste vérité. Quant à Raouraoua, fallait-il attendre grand-chose de lui alors même qu’il a fait passer la JSK sous les fourches caudines de Hayatou ? On doit hélas se résigner à attendre une CAN en Algérie à l’horizon 2025, si tout va bien…