La répression est allée au-delà de La Sanaga Maritime et du pays Bamiléké

Pour ce citoyen, l’histoire du Cameroun est une construction commune.

La visite d’Etat du président français François Hollande est un moment important au plan diplomatique pour notre pays. Les rencontres au sommet entre les présidents  des deux pays que sont la France et le Cameroun sont toujours lourdes de signification au regard des sujets abordés et de la place de la France dans la conscience collective africaine en général et camerounaise en particulier. Dans certains cas, il s’agit d’une véritable fantasmagorie qui ne peut laisser indifférent le citoyen que je suis.

Par exemple beaucoup de choses se sont dites ces dernières années au sujet de la “guerre de libération” qu’ont menée les nationalistes camerounais et de la répression qui s’en est suivie jusqu’à une dizaine d’année après l’indépendance obtenue le 1er janvier 1960. Je suis heureux que ce sujet ait été abordé bien que je trouve que l’angle par lequel il est pris est assez restrictif. Je pense que lorsqu’il s’agit de parler du rôle de la France dans la décolonisation et du volet répressif dont j’ai parlé, il faudrait rappeler que la pensée nationaliste qu’à porté l’UPC n’était pas marginale au Cameroun.

Cette idée était partagée par de nombreux Camerounais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. La répression qui s’en est suivie a touché les Camerounais qui épousaient cette thèse-là dans toutes les régions. A l’Est du Cameroun, il y’a eu de nombreux Camerounais qui ont payé de leurs vies pour cela: enlèvement, arrestation, torture, mort. Il y’a même des vestiges comme une fosse commune qui est bien connue des habitants de certains villages dans l’arrondissement d’Angossas. Il ne faudrait donc pas restreindre cette action aux seules régions de la Sanaga maritime et de ce que l’on appelle le “pays bamiléké” encore que dans le Mungo qui n’est pas le “pays bamiléké” la répression des idées  nationalistes était une réalité durement vécue. Je ne parlerais pas des régions du Sud et du Centre telle le Nyong et So’o ou dans les années 60, les rafles au marché de Mbalmayo et même à Metet à la recherche d’Upéciste  étaient  courante.

Par ailleurs, il est intéressant d’analyser la réponse donnée par le président de la République à cette question sur sa longévité aux affaires. Le premier élément  qu’on peut y lire c’est que l’alternance se fera avec les forces politiques et la population du Cameroun, dixit le président Biya. Il n’est donc pas question d’appeler la France à jouer un rôle dans ce qui relève assurément de la souveraineté du peuple camerounais. La question que l’on peut également se poser c’est pourquoi nos politiques aussi bien de la majorité que de l’opposition semblent tous rechercher la caution de la France dans une question qui ne relève que du peuple souverain?

Il y a une réelle ambiguïté dans la posture d’un certain nombre d’acteurs politiques qui ont le verbe haut lorsqu’il faut relever les affres du néocolonialisme et leur envie impérieuse et ostentatoire d’être reconnus, reçus et écoutés par n’importe laquelle des personnalités de la puissance colonisatrice qu’est la France. Enfin dans la réponse du président de la République, on a l’impression qu’un prochain mandat est en perspective. En effet lorsque la volonté de  renouveler le bail est certaine, elle est n’est pas clairement exprimée à l’avance. À titre d’exemple les trois derniers présidents français François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy n’ont déclaré leurs candidatures à un deuxième mandat seulement trois mois avant l’élection. Du reste, il est souhaitable que nos politiques puissent affirmer que notre vécu national, notre histoire est une construction commune.