La police municipale de Yaoundé au banc des accusés

Chargés d’appliquer la décision relative à l’interdiction des motocyclistes en zones interdites, ses agents se livrent à des abus.

Benjamin Minkama garde un souvenir amer du 13 avril 2013. Ancien motocycliste au lieu-dit carrefour Coron à Yaoundé, il a été contraint à changer de métier à cause des agents de la police municipale. Devenu vendeur ambulant d’ananas, le jeune homme se rappelle au détail près du jour où il a vu sa moto être emportée par les éléments de la police municipale.
« Ce jour-là, je partais de Coron pour le carrefour Mvog-Mbi. A bord de ma moto, je transportais une étudiante de l’université catholique d’Afrique centrale (Ucac). Après l’avoir déposée devant l’église, j’ai rebroussé chemin. Arrivé au niveau de la station service, deux hommes à la taille d’un bâtiment ont accouru vers moi. Ils ont saisi ma moto, et l’ont conduite vers le trottoir. Ils ne m’ont pas donné les raisons de la saisie de ma moto», raconte-t-il. Sur le trottoir, «ils ont fait appel à leurs collègues. Ces derniers sont arrivés avec un vieux pick-up et ont emporté ma moto. Il y en avait quatre ou cinq autres», ajoute-t-il. Toutes les motos ont été emportées à la fourrière de la mairie de Yaoundé IV.

Des saisies de motos comme celle de Benjamin, on en voit tous les jours. Dans toutes les communes de Yaoundé, et particulièrement dans celles dont la conduite des motos est l’une des activités les plus pratiquées par les jeunes ; la police municipale sévit. Et les chauffeurs de motos, propriétaires ou non, sont toujours aux aboies. Selon un policier municipal, «les motocyclistes feignent ou ne comprennent pas toujours que l’ordre ne vient pas de nous. Nous sommes juste des exécutants. C’est le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé qui a pris la décision d’interdire la circulation des motos dans certaines artères de la ville», explique-t-il.

Appropriation
En ce qui concerne la mairie de Yaoundé II, «les grands axes interdits de circulation sont entre autres le palais de congrès, l’école de police, Etoudi, Mokolo, Tsinga, Nkomkana », énumère Luc Assamba, maire de la commune de Yaoundé. «Aucune moto n’a le droit de circuler dans les axes suscités. Ces tronçons font partie des zones qualifiées d’interdites pour les motocyclistes, dans notre commune», précise Luc Assamba. Plus loin, à Yaoundé quatre, la zone interdite la plus «délicate» est l’itinéraire présidentiel. «Il part du carrefour Mvog-Mbi, en passant par Coron, le carrefour Mvan, en arrivant à Odza », tente de délimiter Cyrise Bindzi, secrétaire général de la commune de Yaoundé IV. Les quartiers comme Nkomo, Biteng, sont également des zones interdites. «Toutes les motos qui circulent dans ces zones doivent être saisies. C’est ce que prévoit la loi», paraphrase la secrétaire général de la commune de Yaoundé IV.
En réalité, la «loi» dont parle Cyrise Bindzi a été prise par Gilbert Tsimi Evouna, le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé. Elle date du 12 janvier 2012. Dans ladite décision, Gilbert Tsimi Evouna délimite les zones interdites de Yaoundé et interdit par ailleurs la circulation des motocyclistes dont le transport est onéreux. Mais depuis que la décision a paru, sur le terrain, «il y a un problème d’appropriation et d’application des textes», avoue un responsable de la mairie de Yaoundé III, ayant requis l’anonymat. «Les employés de la mairie qu’on envoie sur le terrain appliquent bêtement les instructions de la hiérarchie. On ne leur donne pas les détails sur le rôle qu’ils doivent jouer sur le terrain. Ils sont embauchés grâce à leur plastique à la Hulk. La conséquence est qu’il y a des abus de la part des éléments de la police municipale, la corruption va grandissante. De plus, le contrôle est tributaire des relations qu’entretiennent les motocyclistes avec les «policiers», remarque ledit responsable. «Si un motocycliste ne rentre pas dans les bonnes grâces de l’un des policiers, il va faire de son mieux pour que ce derniers tombe dans son rets», déplore-t-il. Les contrôles sont effectués à la tête du motocycliste.