La monnaie unique africaine en débat à Paris

Elle est de quasiment tous les agendas. Certains citoyens y voient la matérialisation d’une nouvelle indépendance du continent africain.

L’assemblée générale des ministres de Finances de la zone Franc CFA est annoncée à Paris au début du mois d’octobre 2015. Ce sont 15 pays africains qui ont en partage cette monnaie adoptée officiellement le 26 décembre 1945 au sein des colonies françaises d’Afrique (CFA) centrale et de l’Ouest. Aujourd’hui, plus de 150 millions de personnes ont recours à cette monnaie au quotidien. Pour d’autres pays, c’est le règne des monnaies nationales. Le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux premières économiques du continent, montrent que puissance économique rime avec monnaie nationale, alors que de plus en plus, de voix critiques se font entendre sur l’utilisation des monnaies importées Outre-Atlantique. Comme si l’on attendait une seconde indépendance après celle de jure obtenue durant la décennie 1960. Même en Europe, le débat fait rage. Si preuve était encore demandée, un colloque d’un jour s’est tenu le 17 septembre 2015 à Paris sur le thème central : « L’Avenir du FCFA en question ». Ce sont les fondations Gabriel Péri (France) et Rosa Luxemburg (Allemagne) qui en étaient les organisatrices, avec le parrainage de Dominique Watrin, sénateur du parti communiste français, Républicain et citoyen du Pas-de-Calais.

Des africains étaient à la manœuvre des exposés. Demba Moussa Dembélé, économiste, président d’Arcade (Sénégal) a développé sur : « De la nécessité de la souveraineté monétaire dans les pays de la Zone Franc ». Kako Nubukpo, économiste, ancien ministre du Togo, a parlé de « Politique monétaire, fixité du change et financement de l’émergence en zone Franc : le cas de l’Uemoa ». Et Martial Zé Belinga, économiste et sociologue dont l’orientation a axé sa présentation sur « Institution Franc CFA : Reproductions, incohérences et accumulations prédatrices ».
Des africains pour parler de leur monnaie, pourrait-on dire. Mais en terre étrangère. Puisque sur le continent, même si certains hommes politiques et chefs d’Etat soulignent la nécessité d’une monnaie commune aux Etats africains, cela reste des propos à l’emporte-pièce. L’un des plus récentes est attribué au président Idriss Deby du Tchad. «Dans la coopération monétaire avec la France, il y a des clauses qui sont dépassées, il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et de la France.
Ces clauses plombent l’économie de l’Afrique», a lancé Idriss Deby. Pas de débat institutionnel pour cette question aux relents divers. www.237online.com Peut-on, de manière générale, parler de souveraineté quand les parités internationales sont fixées avec Paris et donc Francfort ? En même temps, personne n’ose assumer les limites d’une monnaie unique en l’absence d’une véritable intégration économique. L’Afrique monétaire doit-elle précéder l’Afrique des peuples, premiers utilisateurs d’une éventuelle monnaie unique ? Difficile de trancher. Car, derrière la bataille monétaire, se cache bien les enjeux de domination des relations économiques internationales. Car s’il faut parler de l’avenir d’une monnaie unique africaine ou du FCFA, Dominique Watrin, le parrain du colloque tenu le 17 septembre à Paris, souligne que « comme une poupée gigogne, la question de l’avenir du Franc CFA pose directement la question de l’avenir de l’euro. Les critiques qui sont émises sur le CFA se retrouvent en partie dans la critique de l’euro : monnaie de domination commerciale, économique et politique ou élément de cohésion et de résistance face à la domination américaine ? »
L’interdépendance économique est en marche sous l’effet de la mondialisation. Difficile donc de cerner tous les contours de ce qui s’apparente à une problématique au carrefour de l’histoire, la science politique, la science économique, la sociologie politique, etc.
L’Union africaine (UA) a décidé de créer un Institut monétaire en Afrique pour étudier les politiques à mettre en œuvre avant la création d’une Banque centrale africaine et d’une monnaie unique pour tout le continent en 2020. Ce n’est pas la première fois que l’Afrique pense à uniformiser sa monnaie. L’avenir nous dira.