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La dot à l’Épreuve de la Modernité

La dot à l’Épreuve de la Modernité

Et voila qu’on reparle de la dot, comme un obstacle au mariage ! Une fois encore, l’Eglise catholique sonne le tocsin, contre la longue liste de cadeaux que le prétendant au mariage est tenu d’offrir à sa belle famille pour les besoins de la cause. En décembre 1958 déjà, l’abbé Simon Mpeke, bien connu pour sa mission d’évangélisation auprès des Kirdis du Nord-Cameroun, publiait une tribune dans « L’Effort camerounais », sous le titre sans équivoque « Ne vendez pas vos filles, dotez-les ! ». Au regard du nombre en baisse de mariages religieux dont l’explication était toute trouvée dans « l’obstacle de la dot », le prélat ne proposait pas moins que la surpression de cette pratique en milieu chrétien. D’autant plus que, faute de se marier religieusement, bien de couples se confinaient dans le concubinage.

Quelque soixante ans après, les lignes n’ont pas bougé. « Viens, on reste ! » La formule n’existait peut-être pas en 1958, mais la pratique est demeurée la même, en se renforçant plutôt, stimulée par des pratiques d’outre-mer, où l’on parle aujourd’hui d’« union libre » et d’autres babioles de ce genre, pour désigner une vie de couple sans les sacrements. C’est contre cet état de fait que s’élève l’archevêque métropolitain de Yaoundé, Mgr Jean Mbarga. Une sortie opérée dimanche dernier dans le cadre de la célébration du jubilé de l’année de la miséricorde, et au lendemain du synode des évêques sur la famille réuni à Rome.

En réalité, le débat sur la dot dépasse de loin le cadre de l’église, tant il touche à la communauté entière au Cameroun. Les exégètes de cette pratique traditionnelle trouvent deux fonctions essentielles à la dot. D’abord une valeur de compensation à l’égard de la famille à laquelle on ôte un membre. La jeune fille en l’occurrence. Ensuite, un test à faire passer au jeune homme, pour que l’on s’assure de son sérieux et de sa capacité à résister aux épreuves quotidiennes de la vie de couple. Les défenseurs de cette logique ancestrale s’attachent à relever la valeur symbolique des présents que le prétendant avait à offrir, dans la cité antique, dénonçant au passage les abus et les avatars constatés aujourd’hui, à cause d’une poussée mercantile.

Certains férus de cette tradition rappellent, du reste, que la dot ne constitue qu’un élément constitutif d’une dynamique amenant deux familles à se connaître et à s’apprécier pour poser les fondements d’un mariage solide et durable. D’autres partisans de la dot y voient un échange de bons procédés entre deux familles, soulignant le fait qu’en retour, le jeune fille dotée est, en principe, accompagnée dans son foyer, aux soins de sa famille, avec le nécessaire permettant de démarrer sa nouvelle vie : ustensiles de cuisine et autres équipements allant parfois jusqu’aux réfrigérateur, congélateur, machine à laver, salon, salle à manger, lit, etc. Dans la coutume et la langue française, la dot renvoie, d’ailleurs, à cette dimension, à savoir, le trousseau qu’aménage la belle famille pour les mariés. Cette tradition chez les Hindous, où c’est l’épouse qui paie la dot, est si stricte et coûteuse qu’elle oblige parfois des familles pauvres à s’endetter pour des décennies.

Mais que dire de ces jeunes qui butent à l’obstacle de la dot, quelles que soient les oripeaux dont on veuille draper cette coutume ? Il reste là un problème qui interpelle notre société. Surtout au moment où la famille est fragilisée et le terme mariage soumis à des nouvelles interprétations. Que deviendront nos sociétés communautaristes africaines, si le mariage n’était plus ou perdait de sa valeur et de sa signification ? Ce sont des interpellations qui nous obligent aujourd’hui, à défaut de la supprimer, à anoblir la dot, en renforçant son aspect didactique, sa vertu socialisante, et en la soustrayant aux appétits du lucre et aux excès de table. C’est sans doute l’écot et le tribut à payer à la modernité pour que survive la dot.

 

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