La course à l’internet haut débit

 

Après le Sat3, coûteux et arrivé à saturation, le WACS de MTN et l’ACE d’Orange Cameroun consacre la volonté de ces entreprises des télécoms à relever le défi des télécoms fluides et moins chères.

La dernière salve est partie de Camtel. L’opérateur public vient de lancer la construction d’un câble sous-marin à fibre optique qui va relier le Cameroun directement au Nigeria. Son nom de baptême : Nigeria to Cameroon submarine cable system (Ncscs).
C’est un projet de 19,2 milliards de FCFA supporté par un prêt d’Eximbank China, et par le Fonds de soutien des télécommunications, alimenté par tous les opérateurs des télécoms opérant au Cameroun.
Camtel pense que ce câble sous-marin va élargir « notre portée sur le monde. Car, grâce à sa capacité commerciale qui se situe à 40 Gbts, nous disons véritablement adieu aux limites inhérentes à la précarité du potentiel service dont le Cameroun se plaignait. » Les capacités attendues sont extensibles à 100 Gbts, selon les déclarations du directeur général de Camtel, David Nkoto Emane.
Le lancement du projet Ncscs est arrivé en pleine campagne promotionnelle de MTN sur la mise en service du West Africa Cable System (WACS), câble sous-marin à fibre optique, dont le point d’atterrissement est à Batoke (Limbé).

Long de 14,530 km, le WACS se compose de quatre paires de fibres reliant l’Afrique du Sud à Londres (Angleterre), d’une capacité de transmission de 5,2 Térabits avec des longueurs d’onde de 40G. Depuis le mercredi 22 juillet dernier, en plus du Sat3, le Cameroun est connecté à ce câble sous-marin. Et, c’est le Groupe MTN qui en a assuré la construction avec point d’atterrissement pour le Cameroun, selon des accords avec le gouvernement.
Ainsi, même si c’est l’opérateur sud-africain qui en est propriétaire, le WACS sera géré par Camtel, qui fait ici office de société d’infrastructure. Une situation incongrue que permet la loi camerounaise sur les télécoms, et à laquelle, MTN a dû se résoudre.
Orange Cameroun n’y échappera pas. L’État du Cameroun a signé le 8 juin 2015 avec la filiale de l’opérateur français, un mémorandum d’entente relatif à la construction et l’exploitation du point d’atterrissement du câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe), et l’activation des capacités au Cameroun.
D’une longueur de 14.000 Km et déployé sur la côte ouest-africaine, il dispose d’une capacité de transmission de 5,12 Térabits, avec des longueurs d’onde de 40G. Le protocole d’accord indique que l’entreprise de téléphonie mobile accepte de prendre en charge la construction du point d’atterrissement du câble sous-marin ACE, en contrepartie de son accession aux capacités du nouveau réseau à haut débit acquises par elle, mais c’est bien Camtel qui en assurera l’exploitation.
Elisabeth Medou Badang, DG d’Orange Cameroun, décrit avec pertinence le nouvel environnement né de la floraison des points d’atterrissement. En plus du Sat3, dit-elle, le Cameroun possède le WACS et l’ACE pour trois principaux bénéfices : la réduction des coûts de la connectivité internationale, la satisfaction des capacités disponibles et la continuité du service, qui permettra à un câble de suppléer un autre en difficulté. Mais, l’argent du coût fait mouche auprès des consommateurs. Le Sat3, en plus d’être saturé, était vendu à prix d’or par son exploitant, Camtel.
La course au haut débit est donc sans merci pour les opérateurs télécoms camerounais. Bien que dernier de la classe pour le lancement de la 3G+, le Cameroun se situe aujourd’hui, en termes de localités couvertes, au-dessus de certains pays ayant fait le grand saut avant lui. Orange Cameroun en est par exemple déjà à 24 localités et MTN plus de 300 sites (une localité pouvant en avoir plusieurs). La multiplication des points d’atterrissage va renforcer cette expansion du haut débit.