Video source missing

Kaiser Show: L'empereur des mille et une voix

Kaiser Show: L’empereur des mille et une voix

En une quinzaine d’années, il est devenu l’un des imitateurs les plus célèbres du Cameroun. Demain, il sera à nouveau sur scène pour la 15e édition de «La nuit des imitateurs», l’événement qu’il a créé.

Sa seule présence est un spectacle. Celui que vivent au quotidien ces proches avec qui Kaiser Show passe du temps. «Des gens qui ne sont pas différents de moi, qui ont le sens de l’humour. On observe les faits et gestes des gens», précise l’humoriste. C’est aussi le spectacle qu’a vécu, à son insue, sa famille lorsque tout petit et turbulent benjamin d’une fratrie de 16 membres, il subissait les foudres de ses aînés. Il lui arrivait alors de se cacher derrière la porte pour imiter la voix du père souvent absent. A ce moment-là, Robert Benjamin Bikele Edanga ne savait pas qu’il s’initiait à ce qui deviendra plus tard son métier. Aujourd’hui, il est l’un des imitateurs les plus connus au Cameroun. 

https://www.youtube.com/watch?v=mtlEDjNCrc8

 

L’artiste ne loupe aucune occasion de faire une blague. Pourtant, sa vie n’a pas été que rire. La preuve, il en est encore à tenter de se caser sur le plan matrimonial. «Ma vie de couple a connu beaucoup de tumultes, mais je suis en voie de me marier, avoue-t-il. Ce jeudi 28 août, il n’imite personne. Assis à la terrasse du célèbre Elise Bar qui attend encore d’ouvrir ses portes, il parle, l’air le plus sérieux du monde, de son métier, mais surtout de «La nuit des imitateurs», l’événement qu’il a lancé il y a quelques années et qui était samedi, soit deux jours plus tard, à sa 15e édition. Justement, de ce fait, son téléphone n’arrête pas de sonner. Il est question essentiellement de tickets d’accès à la Place St Josué où est prévu le spectacle. Et ce n’est pas par hasard que tous convergent vers l’artiste. Pour déjouer la contrefaçon des tickets, il a choisi de tout contrôler. La veille, des tickets édités ont été frauduleusement multipliés. Le fait de personnes proches de l’organisation qui profitent de l’événement pour se faire illégalement de l’argent. «Souvent, lors des spectacles, il y a beaucoup de monde. Ils ont certes payé, mais pas les vrais tickets. Ce qui fait que les recettes ne sont pas celles qui étaient attendues», explique Kaiser Show. Et comme il a choisi l’humour pour vivre, il s’arrange à en vivre vraiment. D’où cette vigilance sur l’émission et la gestion des tickets d’accès au spectacle. Il veut s’assurer que seuls les tickets émis légalement seront vendus, afin que les artistes puissent en profiter. Que les humoristes puissent vivre de leur art. C’était d’ailleurs déjà ça l’idée qui a conduit à «La nuit des imitateurs»: «Les humoristes attendent généralement les fêtes où ils sont sollicités pour gagner quelque chose. Leur survie est liée à ces évènements qui ne sont pas réguliers. Comme j’ai choisi l’humour comme métier, il faut quelque chose de permanent». Mechekan l’Africain «La nuit des imitateurs» a fait son petit bonhomme de chemin. D’annuel au départ, l’évènement est devenu semestriel. Il s’est aussi diversifié, en s’ouvrant à d’autres humoristes que les imitateurs. «Au départ, nous n’étions pas nombreux comme imitateurs. Il y avait Mechekan l’Africain, Antonio et moi. La nuit des imitateurs allait être chaque fois un remake. Ce sont toujours les mêmes qui allaient revenir, Et on s’est dit que même les autres humoristes, dans leurs sketches, imitent les gens. Donc ils sont aussi des imitateurs». Mais, surtout, l’évènement a gagné en popularité: «Au départ, les moyens étaient limités. On collait les affichettes avec du savon, les gens n’y croyaient pas. C’est à partir de la huitième édition que les gens ont compris». Si l’événement a fait son bonhomme de chemin, son créateur a poursuivi le sien, commencé par les blagues à ses aînés et voisins dans sa tendre enfance. 

https://www.youtube.com/watch?v=5VeJCYDBzaA

https://www.youtube.com/watch?v=GEMx2M6H6aE

Né le 11 novembre 1973 au quartier Elig Edzoa, lieudit Ntaba à Yaoundé, il y a pour la première fois singé les autres. «Elig Edzoa-Ntaba est pour moi ce que le champ est au maïs. C’est là que ma mère m’a conçu, c’est là que je suis né, que j’ai grandi et c’est là que j’ai commencé à émerger. C’est de là que tout est parti», souligne Kaiser Show. A Ntaba et ses environs, il est régulier qu’on aperçoive aujourd’hui encore, la silhouette longiligne du comédien devenu célèbre. Le plus souvent en compagnie de personnes dont on imagine qu’elles sont des connaissances des années d’enfance. «Je ne passe jamais une journée sans arriver là-bas», confie-t-il. Au quartier, le petit Benjamin s’amuse. Les choses deviennent plus sérieuses quand il rejoint le Cetic Charles Atangana. Il y fait la connaissance de Mechekan l’Africain, président de la troupe théâtrale du collège qui l’invite à les rejoindre. «On faisait de l’humour en général, mais j’avais un atout, c’est que j’étais un imitateur». Après l’obtention de son Cap au Cetic Charles Atangana, Kaiser Show prend définitivement la voie d’une carrière artistique et, la voix de plus en plus de personnalités. Il avait le don de parler comme les autres, de reproduire leurs gestes et il l’a développé. Il avoue n’avoir pas besoin de temps pour pouvoir imiter quelqu’un: «Il suffit que mon attention s’arrête sur quelqu’un pour que je puisse l’imiter, C’est de manière instantanée». Paul Biya et les autres De même, Kaiser Show dit n’avoir aucun client plus difficile qu’un autre. Il imite avec la même aisance toutes les personnes qu’il choisit. Ainsi, est-il entré, tout au long de sa carrière, dans la peau de bon nombre de personnalités de la scène publique camerounaise, dont Paul Biya, le président de la République et une bonne brochette de ses ministres. Sans représailles ? 

«S’il m’était donné de tirer un coup de chapeau au chef de l’Etat, ce serait dans le domaine de la liberté d’expression. Au départ c’était difficile pour des gens qui voulaient être plus royalistes que le roi. Si le chef de l’Etat accepte d’être imité, est-ce un ministre qui va remettre en cause la liberté d’expression que le chef de l’Etat a donnée ? Je crois que dans ce pays on peut rire de tout. J’ai participé à un gala du Conseil national de la communication avec un public composé de personnes qui venaient de différents pays d’Afrique. A la fin certains sont allés féliciter le ministre de la Communication et lui ont dit que ce n’était pas possible chez eux».

L’imitateur avoue avoir discuté quelquefois avec ses «victimes», dont Roger Milla, Issa Tchiroma, Augustin Kontchou Kouomegni, René Emmanuel Sadi ou encore Joseph Ndi Samba. Il a parfois imité certains d’entre eux en leur présence. «Ils étaient morts de rire. Apparemment. Mais est-ce que c’était le cas dans leur cœur?». Hors du Cameroun, Kaiser Show a également imité Nelson Mandela, Koffi Annan, Omar Bongo, Laurent Gbagbo ou encore le feu pape Jean Paul II. Kaiser Show a surtout réussi à faire de l’humour son métier à temps plein. Il ne mène aucune autre activité professionnelle et justifie ce choix par le fait qu’il a besoin de se concentrer sur son art pour bien le faire. 

«Les artistes qui mènent une autre activité se retrouvent diminués, même sans le savoir. Si Petit Pays avait fait autre chose, il ne serait pas le même Petit Pays. La vie est un combat. Si on choisit un métier. il faut bien le faire. L’artiste a besoin d’être libre pour produire. Ce que je gagne lors des fêtes me permet de m’occuper de ma petite famille », précise-t-il.
Sa popularité a grandi avec le temps et il peut désormais gagner plus d’argent lorsqu’il est invité pour l’animation de mariages, anniversaires et autres événements. Il faut débourser à partir de 250 000 Fcfa pour l’avoir à sa soirée. Et les invitations ne cessent d’arriver, comme il l’indique lui-même: “Avant on prenait tout, mais maintenant on sélectionne. Au vu de ma renommée, chaque semaine j’ai au minimum une représentation. Ce qui fait que je me produis au minimum quatre fois par mois“. Autre source de revenus de l’artiste, les Dvd de ses spectacles qu’il produit et met en vente. Mais n’allez pas les chercher dans les marchés, il faut directement contacter l’artiste. La faute à la piraterie !
Après avoir acquis une certaine renommée sur le plan local, Kaiser Show rêve désormais de se faire connaître sur la scène internationale. «Tout le monde y aspire», lance-t-il. Mais en attendant, samedi encore, il a dû s’exprimer face à son public local, au quartier Omnisports à Yaoundé, à quelques pas d’Elig Edzoa, l’endroit où il a vu le jour et a grandi.
camernews-kaiser-show

camernews-kaiser-show