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Jules Njawé «Je plaide pour l’indépendance économique de la presse camerounaise»

Jules Njawé «Je plaide pour l’indépendance économique de la presse camerounaise»

M. Njawé Jules est le leader du mouvement pour la jeunesse panafricaine (MJP). Egalement consultant en marketing et leader d’opinion, il s’est ouvert à nos colonnes.

Que cherche jules Njawé? 

Je cherche à créer des synergies qui vont permettre à la République du Cameroun d’atteindre son émergence à l’horizon 2035.

Quelles sont les pistes et comment y arrivez? 

La première piste, c’est la stabilité sociale. La deuxième, c’est la santé des citoyens. La troisième piste, c’est l’éducation des masses. La quatrième, c’est la plate-forme qui va permettre à la jeunesse d’être en harmonie, avec les anciennes générations. Il est important de mettre en place des mécanismes pour éviter le retour au galop des conflits de générations.

Quel regard jetez-vous sur la presse camerounaise? 

Il va falloir qu’on ait beaucoup de courage pour faire le procès de la presse. Quand aura fait ce procès, elle pourrait repartir sur de nouvelles bases. Ces bases à un pourcentage élevé, vont reposer sur l’indépendance économique de la tresse. De nos jours, les médias camerounais n’ont pas de chance de survie. Ils sont tenus par des lobbies et des clans. Le combat qu’a livré mon père Pius Njawé, de regrettée mémoire, était celui d’une presse libre et indépendante. Libérez la presse des financements occultes, est la révolution du 21ème siècle. M. Njawe s’est battu pour la conquête des espaces de libertés fondamentales. Notre génération doit se battre pour l’indépendance économique des médias. Mon père a mené le bon combat et il a vaincu, mais le nôtre est sur une autre forme. Nous constatons que la tutelle maintient toujours le principe de la tolérance administrative. Quand vous êtes frappés par une amende de 100 à 200 millions de nos Francs dans un système de marché rude de la publicité. C’est suicidaire. On sait bien que le marché est désordonné sans la régulation. L’administration ne viendra jamais nous proposer des plats déjà cuits.

Pourquoi l’administration n’est pas souple envers la presse ? 

Effectivement, l’administration n’est pas souple comme vous le dites. Ce qui est à l’origine de cette situation, c’est le manque de cohésion dans la presse. A ce rythme, rien ne pourra pas faire plier l’administration.

Quels sont les exemples à copier en Afrique? 

Vous avez un exemple qui vient du Maroc dans le cadre de l’indépendance économique de la presse. De ce côté, la presse privée a amené le royaume à lui doter d’une centrale d’impression. Car, celle-ci est d’abord d’utilité publique. Dans tout pays, la presse joue un rôle indiscutable d’éducation et de sensibilisation de l’opinion publique. La presse marocaine a amené les pouvoirs publics à côte de la presse gouvernementale à vivre cette nouvelle donne.

Et le Cameroun alors ? 

Au niveau de la douane, les mesures ont été prises à l’endroit des imprimeurs. Mais ils continuent toujours à nous imposer des factures mirobolantes. Après les combats menés par les aînés de l’époque, l’une des importantes mesures se situait au niveau de l’encre avec des exonérations fiscales et douanières de plus de 70%. C’était pour faciliter la tâche aux organes de la presse écrite. C’est le manque d’organisation de la corporation qui fait encore problème. Même le papier journal est exonéré de taxe. Si mon imprimeur avait respecté les canaux légaux, je pourrais aujourd’hui. A chaque tirage, engranger 120 000 FCFA d’économie. Il faut que les médias camerounais s’organisent. La presse camerounaise est l’une des rares en Afrique qui n’est pas fédérée autour des principes flirts. Vous direz qu’il y a le syndicat. Mais c’est autre chose. Le syndicat devait être la chapelle où en dessous, on devait retrouver un certain nombre d’associations professionnelles fortes composées des médias: (télévision, radio, presse écrite et cyberpresse). C’est pour cette raison que j’ai créé avec certains confrères, la coalition des médias pour la paix et le développement du Cameroun en partenariat avec les pays occidentaux.

C’est pour voir dans quelle mesure avec ces pays nous devons acquérir leurs expériences vécues dans le domaine de l’indépendance économique des médias. Avec l’Inde, nous sommes en train de négocier une rotative avec tous les accessoires. C’est un pays qui a de l’expertise en la matière. Voilà les stratégies que nous sommes en train de mettre sur pied.

Quelle est la véritable approche aujourd’hui? 

Ce n’est pas de tirer à boulets rouges sur le régime. On l’a fait depuis 20 ans et où en sommes-nous. Des aînés dans la passé au nom du clanisme, en ont profité pour s’enrichir. Il est important que nous de la jeune génération, nous puissions fédérer nos énergies.

Est-ce qu’il y a des raisons d’espérer? 

Je le pense très bien. Moi personnellement, je ne vois pas d’un mauvais œil la mise en place du conseil national de la communication et ses sanctions. On a toujours tendance à prendre les exemples venant de l’occident. Même en France, il y a un conseil y relatif qui sanctionne et même parfois plus durement. Et dans ce registre, c’est la presse clanique qui fait le problème au Cameroun. Si on veut sauver notre presse, il est temps qu’on fasse son procès. Nous avons créé une situation que les Politiques ont récupérée et en font usage. Aujourd’hui, les gens ont construit du «Biya doit partir à tout prix»; quitte à violer les canaux normaux régis par la profession. Vous avez encore un autre clan dont la formule est axée sur «jamais les Bamiléké au pouvoir» en violant une fois de plus les codes de déontologie. Ça pose un véritable problème d’éthique. Quand à côté de ces embrouilles les problèmes économiques sont réglés, les journalistes de clans trouveront de bonnes barrières où pour se refaire une santé, doivent respecter les canons du métier. Le mois que l’on puisse dire c’est que tout rapport conflictuel avec le régime ne portera pas de fruits. Comme il n y a pas d’opposition forte au Cameroun, le régime ne pourra que se régénérer. Développons juste des stratégies pour synchroniser notre partition dans le combat pacifique.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous vous êtes écarté de la voie du combat de votre défunt père? 

Il faut reconnaître que j’ai mené une partie du combat avec mon père. J’ai connu l’exil à 9 ans. «Le Messager» à l’époque étant rangé derrière l’opposition. Le fondateur dans la mouvance du vent de l’Est avait estimé que l’opposition n’avait pas un outil de communication à côté du régime qui avait déjà Cameroon Tribune et la Crtv. C’était un choix salutaire. Il faut aussi que l’opinion sache une chose: la ligne éditoriale du journal a été recentrée par Pius Noumeni Njawe lui-même.

Le «Messager» a-t-il accompagné le régime de Paul Biya au départ? 

 

Oui. C’était un accompagnement des idéaux de rigueur et de moralisation. C’était aussi face à la tentative de récupération du pouvoir de Paul Biya par l’ancien régime d’Ahidjo. La rupture intervient au début des années 90 avec le déphasage dans les discours d’antan et la pratique sur le terrain. D’où la fameuse «lettre à mon ami» pour rappeler à cet ami qu’il s’est écarté des idéaux qu’il nous avait brandi. Et 15 ans après avoir soutenu l’opposition, tout a été recentré. Parce que, ne l’oublions pas, «Le Messager»a été le seul média qui a eu le courage de demander au Sdf de rendre des comptes de sa gestion des mairies face à la catastrophe constatée. Même à l’heure actuelle bien que décédé, le Sdf est en procès avec M. Njawe. Parce que face à cette posture, le journaliste a fait son métier.

Un message à l’endroit de la jeunesse camerounaise ? 

Je demande à la jeunesse camerounaise de croire en un avenir radieux. J’ai parcouru beaucoup de pays dans le monde. La notion de grandes puissances telle que proclamée prend d’autres tournures. L’Afrique est en train de prendre le relais. Il n’y a pas de raison, de plonger dans le pessimisme. Quand vous analysez le discours du Chef de l’Etat le 31 décembre dernier, il a remué le couteau dans la plaie. Il a donné raison à la société civile et à la presse qui, depuis 30 ans, dénoncent des pratiques peu orthodoxes. Il n’est jamais trop tard.

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