JOURNÉE INTERNATIONALE DU PRISONNIER POLITIQUE: Dieudonné Enoh Meyomesse, captif de ses «frères» du Sud

DANS LE CADRE DE LA SEMAINE DU PRISONNIER POLITIQUE, DE CONCERT AVEC LE SITE D’INFORMATION SUR L’ACTUALITÉ DES DROITS DE L’HOMME AU CAMEROUN ET EN AFRIQUE

Enoh Meyomesse, captif de ses «frères» du Sud, notamment un certain Edgar Alain Mebe Ngo’o (Ministre de la défense du Cameroun)

Pour cet écrivain et homme politique tout comme pour les associations qui défendent sa cause, son emprisonnement est davantage le fait pour lui de critiquer le pouvoir incarné par un homme comme lui originaire de la région du Sud du Cameroun: Paul Biya.

22 novembre 2011. Enoh Meyomesse débarque à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, en provenance de Singapour. Il est quelques minutes plus tard immédiatement interpellé par des éléments de la gendarmerie nationale du Cameroun. D’abord conduit au secrétariat d’État à la défense (Sed), siège de ladite gendarmerie, Enoh sera par la suite transféré nuitamment à la légion de gendarmerie de Bertoua (est du Cameroun).

Contre lui, un flot d’accusations les unes aussi surréalistes que les autres: «atteinte à la sureté de l’Etat», «trafic d’or à main armée»; lesquelles lui vaudront la détention à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui, un procès au tribunal militaire, puis une condamnation à 7 ans de prison fin décembre 2012.

Tragique destin pour cet opposant politique de tous les temps, poil à gratter du régime de Paul Biya. Aujourd’hui âgé de 60 ans, ce diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Strasbourg et Maître es Science Politique de l’Université de Paris II.

Il a de la résistance à l’ordre établi chevillé au corps.

Pendant ses études en France, il milite au sein de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France. Revenu au Cameroun quelques années après l’arrivée de Paul Biya au pouvoir le 6 novembre 1982, Enoh Meyomesse choisit de militer au sein de l’opposition. En 1995, il fonde le Parti de la renaissance nationale sous la bannière duquel il sera candidat aux législatives de 1997, sans succès. Un mois avant son arrestation en 2011, il a apporté son soutien à un candidat de l’opposition pour l’élection présidentielle, après que sa candidature à lui ait été rejetée par la Cour suprême. Président de l’association nationale des écrivains camerounais, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont La Chute d’André Marie Mbida,

Le chemin sinueux que suit son procès, notamment à la Cour d’appel du Centre à Yaoundé, épouse les contours d’un acharnement contre sa personne.

Après 24 renvois, l’audience s’est enfin ouvert le 30 mars dernier avec l’introduction par l’accusation d’un nouveau chef d’accusation, après l’annulation de ceux qui lui ont valu la condamnation à 7 années d’emprisonnement ferme.

Surprise de ses avocats qui y ont vu un procès politique. Enoh Meyomesse,originaire du Sud, la région d’origine de Paul Biya, a lui-même cité nommément l’actuel ministre camerounais de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o, comme étant le responsable de ses déboires judiciaires. Originaire lui-aussi du Sud, ce dernier est présenté à tort ou à raison comme le fils adoptif et prétendu successeur du président camerounais.

Pour les associations et autres Ong qui défendent sa cause, ses malheurs proviennent de ses convictions politiques qui ne sont pas conformes à celles de ses «frères» du Sud au pouvoir