Journalistes en Afrique, le défi de l’indépendance

Par Martine Ostrovsky, membre du Conseil d’Administration de Reporters sans frontières

Indépendance des médias, indépendance des journalistes, le défi est universel. Il n’est propre ni a un pays, ni à un continent, ni même à une époque. Partout dans le monde le pouvoir politique se méfie d’une presse libre. A cela s’ajoutent les pressions économiques ainsi que le manque de soutien de l’opinion publique. Qu’en est-il en Afrique ? Vers quoi s’oriente-t-on ? Comment mieux armer les journalistes pour répondre à ces défis ?

Chaque année Reporters sans frontières publie un classement mondial de la liberté de la presse. Les pays y sont évalués au regard de leurs performances en matière de pluralisme, d’indépendance des médias, de respect de la sécurité et de la liberté des journalistes.

Dans ce tableau les différents pays d’Afrique ne se retrouvent pas toujours bien placés, avec toutefois des disparités importantes. C’est ainsi que l’Erythrée est 180ème et dernier, le Soudan 174ème, la Somalie 172ème mais à l’autre bout de l’échelle la Namibie est 17ème et le Ghana 22ème. Le Gabon, quant à lui, est dans la moyenne à la 95e position.

Quels sont les facteurs qui font obstacle à l’indépendance des journalistes?
Ils sont de plusieurs ordres, certains tenant à des pressions extérieures, d’autres étant imputables à la situation des journalistes dans leurs rédactions. Les régimes politiques autoritaires supportent mal l’expression libre d’opinions dissidentes ; ceux où existe un véritable pluralisme des partis voient chaque camp s’affronter de façon frontale, ce qui se retrouve dans les prises de position des médias. Les journalistes se heurtent aussi à la pression de groupes économiques puissants qui n’acceptent pas les critiques et cherchent à influencer les médias dans le sens de leurs intérêts. Par ailleurs, à l’intérieur des rédactions, les journalistes peuvent être tenus par la ligne politique de médias qui sont l’émanation de partis politiques ou qui sont la propriété de grands industriels. A cela s’ajoute l’incertitude de leur situation matérielle: contrats précaires, rémunérations insuffisantes et manque d’une véritable formation.

 

Des journalistes lors d’une conférence de presse à Abidjan, en 2010

De quelles protections peuvent-ils disposer?
Des lois solides, conformes aux standards internationaux sur la liberté d’expression et le respect des médias. Des juges indépendants et conscients de l’importance d’une presse libre et considérée. Des institutions de contrôle elles aussi indépendantes du pouvoir. Une opinion publique suffisamment éduquée pour avoir conscience du rôle majeur de la presse dans l’instauration et la défense d’un débat démocratique.Dans les différents Etats africains, comme dans d’autres parties du monde, la prise de conscience du rôle des journalistes dans l’émergence d’une société démocratique est en marche. Il appartient aux pouvoirs publics de s’en convaincre et aux institutions régionales et internationales d’œuvrer dans le même sens. Des progrès sont accomplis, accompagnés parfois de soubresauts, de retours en arrière.

Reporters sans frontières, qui assure la promotion et la défense de la liberté d’informer et d’être informé partout dans le monde, soutient les journalistes africains dans leur combat pour obtenir et défendre leur indépendance.