Joe Mboule :Trop d’amalgame dans la situation de l’artiste

Le chanteur de renom accuse des forces exogènes de semer la discorde dans le domaine du droit d’auteur au Cameroun.

Avec l’impasse dans le domaine de l’art musical aujourd’hui, y a-t-il des chances, selon vous, que les artistes puissent bientôt rentrer dans leurs droits ?

Aucune répartition ne peut se faire sans le passage par une société de gestion collective. C’est la loi de 2000 (relative au droit d’auteur et aux droits voisins, Ndlr) qui l’exige. Il est impératif que la Socacim (il est l’un des coordonnateurs de cette société, Ndlr) joue pleinement son rôle de perception et de répartition. En clair, c’est à cette société de répartir les droits à ses membres. Si les choses évoluent comme nous l’espérons, la Socacim procédera à une avance sur répartition pour permettre aux ayants-droits de subvenir aux charges de la rentrée scolaire, comme tous les autres parents d’élèves.

Dans le contexte actuel, il n’existe pas de société de gestion collective dans le domaine de l’art musical…

Il existe bel et bien une société de gestion collective : elle s’appelle Socacim, légalement constituée, mais qui connaît des interférences administratives qui ne servent pas les intérêts des auteurs et artistes interprètes. Nous avons besoin des pouvoirs publics pour nous aider à recouvrir les droits auprès des usagers. Mais, nous n’accepterons pas des diktats qui vont dans le sans de continuer à nous déplumer. Nous ne sommes pas contre le comité mis en place à la primature. Ils n’ont qu’à travailler dans le sens de remettre sur les rails le fonctionnement de la gestion collective. Nous attendons les résultats de ce comité et nous apprécierons en temps opportun.

Il y a pourtant une crise dans le domaine du droit d’auteur au Cameroun qu’on ne peut occulter…

Le véritable problème, c’est le contrôle des grosses sommes d’argent que génère le droit d’auteur et prochainement, les droits voisins pour les artistes interprètes et les producteurs de musique. Cet argent va depuis longtemps dans les poches de certains artistes opportunistes et imposteurs, en complicité avec certains fonctionnaires tapis dans l’ombre et parfois bien connus dans le milieu. La gestion du droit d’auteur consiste essentiellement à percevoir et à répartir aux ayants-droits, c’est se qui se fait partout dans le monde. Il y a trop d’amalgame dans la situation de l’artiste au Cameroun. Quand on est l’auteur d’une œuvre, l’on doit s’attendre à une rémunération sur l’utilisation de son œuvre : c’est cela le droit d’auteur.

L’utilisation de l’interprétation d’une œuvre donne droit pour l’artiste interprète, à une rémunération : c’est cela les droits voisins. On peut être titulaire des deux rémunérations ou de l’une des deux. D’où la nécessité de maîtriser ses droits et ses devoirs. Par dessus tout, il y a le métier de travailleur qu’accomplit l’artiste vis-à-vis de son employeur, sur la base d’un contrat même verbal, conformément au Code du travail du Cameroun. L’entraide, les royalties, les contrats ponctuels ou par intermittence  font partie de tout un arsenal des possibilités génératrices de revenus à l’artiste. Une structuration du métier est indispensable, c’est aussi le rôle de l’Etat. Au lieu que tout le monde s’embourbe sur les revenus du droit d’auteur qui ne devraient intéresser que ses ayants-droits.