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Jeune Afrique protege Paul Biya

Jeune Afrique protege Paul Biya

Comment reconduire le président Paul Biya aux affaires en 2018 après 36 ans de règne, sans soulever l’indignation et la colère du peuple, qui n’aura pas souffert pendant toutes ces années passées au pouvoir, mais qui en a marre de voir les mêmes être là tout le temps ?

Certains légalistes et avocat du diable, répondront qu’ayant veillé à tailler sur mesure la constitution en 2008, ce qui lui avait permis de briguer un nouveau mandat lors de l’échéance électorale passée,  rien ne l’empêche légalement ou physiquement de se représenter à celle à venir. D’ailleurs, l’un de ses affidés, qui a eu le mérite de reconnaître d’être une créature particulière du divin-président, aurait repoussé aux calendes grecques,  sur les antennes de Rfi, la possibilité de voir s’opérer un changement d’homme, au sommet du parti et donc, de l’Etat du Cameroun dans les années à venir.

Ce fait n’est en rien étonnant en soi. Surtout quand on sait qu’au sein du parti, dont il est le président, tous ne se reconnaissent que comme des multiples de l’Un qu’il est. Profitant nécessairement  et matériellement de cette soumission aveugle, il serait difficile au sein de ce parti dont une élite intellectuelle et économique, occupe tous les postes de responsabilités tant au sein du parti qu’au sommet du pouvoir, et dont la base majoritaire n’a qu’un rôle folklorique et clownesque, qu’une pensée émerge évoquant la possibilité de l’alternance politique, sans se voir clouer au pilori et livrer à la vindicte populaire. Mendo ZE en sait quelque chose. Lui qui aura organisé, du fond de sa prison de Kondengui, une conférence sur « Trahison de Judas », même s’il n’avait jamais osé penser, du moins pas publiquement, ce crime de lèse-majesté.

2018, approche. L’interrogation se fait de plus en plus pressante sur la décision politique que prendra le président Biya. Certains pensent que s’il se soucie du bonheur du Cameroun, et qu’il se considère réellement comme l’artisan de la Paix, qu’il a toujours brandi comme un exploit  de son règne, alors, il laissera les rênes du pouvoir à un autre et, prendra une belle retraite, pourquoi pas dans son village à Mvoméka. Pourtant, tout n’est pas si facile. La magnanimité n’est pas une valeur politique. Conquérir le pouvoir et le conserver, tel est le but que se fixe chaque parti politique, lesquels chez nous en Afrique, s’incarnent dans la personne de leurs leaders.

La scène politique africaine a été ces derniers temps, le théâtre de nombreuses révolutions sociales réussies ou avortées. Les cas du Burkina-Faso et du Burundi étant les plus illustratifs à ce sujet. Même si le Congo de Sassou ou celui de Kabila, restent encore sous tension. La commune raison de ce feu parfois sous la cendre, ou qui consume tout en s’enflammant dans le cœur du peuple, c’est le désir d’éternité des dirigeants de ces divers pays au pouvoir. En se représentant en 2018, il est possible que le Cameroun dont l’apathie légendaire de son peuple a souvent été évoquée, se change en volonté de puissance, destructrice, ravageuse, meurtrière, ou suicidaire. Une monstruosité que l’on veut éviter à tout prix. Mais comment le faire sans éveiller des soupçons ?

La pratique politique classique, est comme nous le dit René Girard, le « bouc-émissariat ». Il faut une victime expiatoire laquelle peut être choisie dans la catégorie marginale de la société ou être la plus importante de toutes. Mais qui donc dans la société camerounaise peut porter le chapeau du malheur de ce peuple ? Pas le peuple lui-même. Il ne peut être responsable de sa propre souffrance. Les arrestations et les condamnations de quelques-uns des collaborateurs d’hier ne convainquent plus personne.  Surtout que l’objet du délit n’est pas rétribué. Dès lors, il faut orienter ailleurs la colère du peuple qui s’annonce imminente en 2018, dans un contexte politique où il manque cruellement d’une véritable figure d’opposition, et où le dé électoral semble pipé d’avance.

Alors, Jeune Afrique, et le Monde s’invitent à la falsification. Il faut faire les choses autrement, aller dans le sens contraire de la production et la fabrication du bouc émissaire, mais arriver au même résultat : fonder la paix, le calme, l’harmonie. Reconduire, le « seul », l’ « unique », capable d’apporter cette paix : Paul Biya.  Cela peut paraître curieux, mais pour qui se rappelle de sa mort proclamée à la veille d’une autre échéance électorale, il comprendrait que dans le ciel de Yaoundé,  rien n’est impossible à l’homme-dieu.

L’histoire du photomontage, les publications répétées de Jeune Afrique et du Monde sur la santé précaire du chef des armées, sa gestion calamiteuse , son inertie, et son « silence » dont l’apologie  au contraire, se fait dans une thèse de doctorat comme le meilleur moyen de communication politique ; sont autant d’éléments qui ont été mis en lumière  par ses médias (sans être des faits nouveaux), et ont conduit à des sorties épistolaires, médiatiques, des « droits  de réponses » produits par ceux qui estimaient que ces accusations avaient pour seule ambition, la déstabilisation du Cameroun et de son chef par des réseaux français et francisés. Cette France coupable en Côte-d’Ivoire, en RCA, etc. La France inventrice de Boko-Haram, qui aurait placée aux portes du Cameroun les ennemis de son Chef et de son peuple.  La mémoire du peuple camerounais garde encore fraîche les séquelles des attaques successives de Gbagbo et Kadhafi, dont le statut de héros est aujourd’hui incontestable. Elle a en haine ce peuple colonial, qui semble n’en avoir pas fini avec sa volonté de domination. Sa volonté d’expropriation et de conquête, sa logique paternaliste.

Le peuple, en enrageant ainsi contre la France, en ruminant sa haine, se mobilise contre cet ennemi d’hier et d’aujourd’hui. Il se prépare à défendre son territoire contre l’imposteur. Les souvenirs du passé le hantent tant et si bien que, seul le meurtre collectif devient sa principale hantise. Venger ses héros d’hier, refaire son histoire, fonder un nouvel ordre politique détutélarisé.  Devenir acteur de son devenir.  Et pourtant, ceci n’est que poudre aux yeux. Nos pompiers pyromanes médiatiques, servent justement l’élément qu’il faut pour apaiser la tension, et faire oublier le principal Sujet, en orientant sur un ennemi virtuellement potentiel, la colère qui aurait pu servir lors des élections prochaines, pour un mandat de trop. Tout le monde est tombé dans la nasse tendue par le régime de Yaoundé, dans la rivière de Paris.

La culpabilité de la France dans de nombreux crimes au Cameroun à l’époque coloniale, et dans d’autres pays africains aujourd’hui, est certes clairement établie. Ses tractations néocoloniales ont été dénoncées dans la plupart des productions littéraires de François Xavier Verschave, et l’Association Survie. La lutte contre le colonialisme et sa version moderne a été dès l’origine et reste le combat de l’UPC. Mais en acceptant le pouvoir, Ahidjo signait le pacte avec le diable. Son successeur a hérité du contrat et en a développé d’autres. Il s’est autoproclamé « meilleur élève de la France ». D’où vient-elle cette animosité subite ? La crédulité de certains suppute, sa détermination actuelle qui le pousse à refuser le bradage de nos ressources. Mais qu’est-ce qui se passe avec Bolloré au port de Kribi ? Le président Paul Biya serait un martyr comme Um Nyobé, Moumié, Ouandié … Kadhafi.

N’est-il pas trop tard pour le racheter et le diviniser?

Les apologistes, et les psalmistes du régime, ces intellectuels organiques, reconnus du pouvoir, ou ceux qui donnent des pieds et des mains pour se faire remettre leurs certifications ou leurs habilitations à défendre le monarque, sont convaincus du divorce entre la France coloniale – celle des puissants hommes d’affaires qui en France même, font ou défont les rois selon les intérêts qu’ils visent – et le Cameroun du président Paul Biya. Mais, eux aussi se trompent. Même eux, ils ne sont pas dans la Lumière de la Vérité de cette affaire. Pendant que les chiens aboient d’un côté comme de l’autre, la caravane passe et se dirige droit vers un mandat brigué avec la bénédiction de Jeune Afrique, Le Monde ; de la France, de Bolloré, Total et Cie, ceci en donnant l’illusion que cela aurait été « Le Choix du peuple ». Ce peuple qui se sera mobilisé sans le savoir pour lutter contre un ennemi qui existe, mais qui n’est pas le bon.

Et cela marchera parce que le peuple, y compris les plus lucides de cette masse, sont désormais convaincus que Paul Biya est un homme de paix. Son régime a attendu 33 ans pour souffrir d’une agression externe, et maintenant l’acharnement médiatique de la presse française, preuve que c’est la France qui veut sa mort, et celle du peuple entier. Contrairement à Kadhafi ou à Gbagbo, Paul Biya a de quoi se défendre, et mobiliser même le soutien de ses ennemis.

 

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