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Jean-Pierre Bekolo, «Que vient encore faire la France ici?»

Jean-Pierre Bekolo, jeune cinéaste camerounais, fait partie de cette génération qui dénonce sans détours le régime en place à Yaoundé et reste sensible au poids de la France sur un continent dont la mémoire est parfois occultée. «Au Cameroun, l’opinion est plutôt favorable à l’intervention française en Centrafrique.

Ou plutôt, elle ne se pose pas trop de questions, d’autant que nos troupes sont engagées au sein des forces africaines présentes à Bangui. L’ambiance était très différente en 2011 lors de l’intervention française en Côte-d’Ivoire, où l’opinion a très majoritairement pris
la défense de Laurent Gbagbo [finalement chassé du pouvoir avec le soutien de la France, ndlr].

Les Camerounais étaient même plus pro-Gbagbo que certains Ivoiriens ! «Paradoxalement, il existe un ressentiment ancien contre la France au Cameroun,même s’il ne s’exprime pas dans le cadre de l’interventionen Centrafrique.

Le Cameroun a une histoire particulière avec la France. Nous avions nos héros de la guerre d’indépendance. Ils s’appelaient Ruben Um Nyobé, Felix Moumié, Ernest Ouandié. Ils ont été emprisonnés ou tués par les Français au cours de cette période sanglante. Personne ne le sait en France, et au Cameroun, cette mémoire reste officiellement occultée, même si certains témoins de cette période sont toujours vivants.

Aucune place, aucune rue ne porte leurs noms, alors que nous avons des avenues du général Leclerc ou du général de Gaulle. C’est très mal  vécu par l’immense majorité des  Camerounais. Ce tabou historique accrédite un discours de rancoeur défaitiste et l’idée que la France garde une main invisible derrière le régime en place de Paul Biya, au pouvoir depuis plus de trente ans.

«Fin décembre, j’ai écrit une lettre ouverte au président Hollande après avoir vu les militaires français s’installer à Ngaoundéré, une ville qui se trouve au centre du pays, à 250 km de la Centrafrique. Que vient faire encore la France dans notre pays? Voilà une intervention qui ne dit pas son nom et peut réveiller des souvenirs douloureux.»

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