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Actualités societe : Jean Lambert Yene Abega: Un ex agent secret rompt le silence

Journaliste d’investigation et détective privé à ses heures perdues, Jean Lambert Yene Abega ne cache pas ses accointances avec les sphères du renseignement civil et militaire Camerounais.

Depuis combien de temps êtes-vous dans les milieux du renseignement?

Depuis sept ans au cours desquels j’ai travaillé avec plusieurs services intelligents Camerounais à l’instar de: la Dgre, entendue direction de la recherche extérieure; la division de la sécurité militaire; la direction des renseignements généraux; la direction de la surveillance du territoire (Dst); le service central de la recherche judiciaire; la sous-direction des stupéfiants de la direction de la police judiciaire… je continue encore à collaborer occasionnellement lorsqu’il y’a péril en la demeure.

En ce moment au niveau de nos frontières, il y’a une situation critique qui peut avoir des conséquences terribles sur la paix et la sécurité qui prévalent dans notre pays. Ceci étant, si on me charge d’une mission bien que je sois parti, je la remplierai bien évidemment.

Est-ce que vous n’avez pas été grillé… nous savons tous que dans les sphères du renseignement, quand l’identité d’un agent spécial est révélée au grand public – comme ce fut déjà votre cas avec l’hebdomadaire « La nouvelle » – vous n’êtes plus opérationnel… j’espère qu’en me répondant vous ne violez pas le sacro-saint principe de l’omerta qui a cours dans votre milieu…

J’ai accepté de parler à visage découvert parce que je me suis personnellement mis en retrait, pas autre chose. Je ne travaille plus avec les services comme je le faisais avant. J’ai provisoirement quitté le milieu pour des raisons que je n’évoquerai pas ici… sinon à un moment donné, j’ai eu l’impression que ma sécurité n’était plus assurée. Je devrais même dire que j’étais exposé.

Permettez-moi de déplorer le fait que ce n’est toujours pas la grande solidarité qui prévaut au sein de ces organes qui ne travaillent toujours pas en synergie comme cela se doit. C’est d’ailleurs ce qui facilite les incursions des rebelles de la Seleka à l’Est, et celles des terroristes de Boko Haram dans le grand Nord. Les services secrets locaux se livrent à des guerres de leadership. Ce qui fait qu’une information donnée par un service est vite démentie par l’autre. Voilà entre autre, les raisons pour lesquelles je me suis retiré. Qu’à cela ne tienne, puisque je suis viscéralement attaché à la paix, chaque fois que j’ai des informations ultraconfidentielles, je les transmets immédiatement aux services spécialisés de la présidence de la république. Voilà, sommairement ce que je fais pour le moment…

On nous a beaucoup parlé de vos relations présumées avec l’actuel ministre de la défense Alain Edgar Mebe Ngo’o. Il nous est notamment revenu que vous fûtes son factotum… nous ne dirions pas son missi dominici. A ce titre il se dit que vous aurez géré certains dossiers délicats avec lui. Dites-nous quelques mots à ce sujet.

Je ne travaille pas avec des individus mais avec des institutions. Sinon, pourquoi ne parleriez-vous pas aussi du ministre Ze Meka son prédécesseur à ce poste? Je ne suis pas l’homme de Mebe Ngo’o. S’il m’a parfois chargé des missions délicates, comme vous le dites, c’est naturellement parce qu’il est à la tête de ce département ministériel.

Où est donc la nuance?

J’ai travaillé en étroite collaboration avec le ministère de la défense…

Si j’ai insisté sur la personne du ministre Mebe, c’est justement parce qu’il se dit que vous avez été son médiateur dans l’affaire qui l’a opposée à feu Jules Koum Koum? C’était une affaire privée pourtant!

Vous faites de l’amalgame Monsieur Junior Ngangue! avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi de dire qu’on ne peut aucunement détacher Alain Edgar Mebe Ngo’o de sa casquette actuelle. C’est lui le ministre de la défense… entre la personne et le ministre il n’ya aucune frontière je suis désolé. Si vous vous attaquez à Mebe Ngo’o (alors qu’il reste à la tête du Mindef), vous vous serez attaqué au ministre de la défense. Ceci étant dit, venons-en à la fameuse affaire Koum Koum. Je ne me suis pas impliqué dans cette affaire pour protéger le personnage Mebe Ngo’o. C’était dans l’intérêt supérieur de la nation.

Voyez-vous! L’armée est un corps extrêmement sensible, c’est d’ailleurs ce qui lui vaut la dénomination « grande muette ». Figurez-vous que les informations publiées par le tabloïd de M. Jules Koum Koum étaient de nature à provoquer une rébellion au sein de nos forces de défense.

Je ne vous interromps pas, mais est-ce que votre ami le ministre Mebe Ngo’o ne vous avait pas envoyé avec un colonel, pour remettre une mallette de dix millions de francs à Jules Koum Koum? C’est l’intéressé qui l’a lui-même avoué à Stv (chaîne de télévision), quelques mois avant sa mort

C’était une initiative du colonel Henri Robert Bidga alors commandant de la sécurité militaire… j’avais d’ailleurs joué un rôle de premier plan dans cette tentative de médiation.

Pourquoi cherchiez-vous a rencontrer Jules Koum Koum? ce n’était pas pour lui donner des fleurs, ni même pour lui faire deux bisous sur les joues… d’autant plus que celui-ci était dans une situation conflictuelle avec le ministre de la défense? Et que faisait le colonel Bidga parmi vous, si ce n’était pas pour lui remettre la fameuse mallette?

Votre raisonnement ne me surprend pas, vous faites votre travail… ne me poussez pas à dire ce que vous voulez entendre. J’avais été chargé par le commandant de la sécurité militaire le colonel Bidga de savoir où Jules Koum Koum prenait ses informations. Il m’avait en outre été demandé de l’épier. Je ne vous donnerai pas dans les détails les résultats de ma mission. Retenez surtout qu’en tant que ministre de la défense, Monsieur Mebe Ngo’o n’est pas comme vous et moi. Le rôle de la division de la sécurité militaire est de faire du renseignement classique, mais aussi d’assurer à ce que l’esprit de discipline règne dans les rangs… en veillant à ce que le moral des troupes soit toujours au top. Ceci étant dit, l’implication de celui qui était alors commandant de la Semil ne pouvait qu’être normale.

Qu’avez-vous fait de la mallette destinée à Jules Koum Koum?

Je ne l’ai jamais vu! Je sais toutefois que j’avais permis au Colonel Bidga de rencontrer Jules Koum Koum. Au cours de notre rencontre dans un restaurant du Hilton Hôtel où nous avons bu, mangé, et longuement échangé tous les trois. Le Colonel Bidga avait clairement demandé à votre confère de ne plus publier des informations (aussi délicates) sur le ministre de la défense parce que celles-ci étaient de nature à créer le chaos au sein de l’armée. Ce jour-là, Jules Koum Koum avait juré la main sur le cœur qu’il ne le ferait plus jamais. Malheureusement, il n’a pas tenu parole. Moi j’avais fait, ce que j’avais fait. J’ai rendu compte et ça a donné ce que ça a donné. Ce qui est arrivé est arrivé puisqu’il a perdu la vie des suites d’un accident de la circulation.

Est-ce que vous ne troquez pas les faits… il se dit que c’est face au refus de Jules Koum Koum de récupérer votre mallette de 10 millions, parce que le montant était insignifiant, qu’il a continué à canarder le Mindef?

De qui tenez-vous ces informations ?

De mes sources… elles disent d’ailleurs que Jules Koum Koum avait exigé vingt millions de francs, et que c’est face à cette situation que le ministre Mebe Ngo’o avait dit qu’il n’aura plus un seul radis venant de lui

Puisque c’est vous qui le dites, je vous le concède. En ce qui me concerne, je sais pertinemment qu’il n’a jamais été question de remettre une quelconque mallette à M. Koum. En guise de détails, d’autant plus que vous en êtes friand, la rencontre entre M. Koum, le colonel Bidga et moi avait fait une heure.

Voulez-vous nous faire croire que le colonel avait entrepris de rencontrer Jules Koum Koum de son propre chef, c’est-à-dire sans l’aval de son patron?

C’est un détail. Je sais toutefois que lorsque Jules Koum Koum avait continué à écrire contre le ministre, celui-ci avait un jour affirmé qu’on le laisse vider son carquois à flèches.

M. Jean-Lambert Abega Yene, je ne sais pas si je devrais continuer à vous appeler Monsieur l’agent… est-ce que vous pouvez nous narrer quelques uns de vos hauts faits, une de vos expéditions héroïques, d’autant plus qu’il nous est revenu qu’une nuit vous avez été chargé par le ministre de la défense d’une mission sécrète qui vous a conduit en hélicoptère à l’une de nos frontières

Pourquoi vous faites une fixation sur le ministre Mebe Ngo’o? J’ai travaillé avec beaucoup de ministres de la défense!

Quelques mots, sur votre expédition à l’une de nos frontières?

Je ne dirai aucun mot là-dessus. Je resterai professionnel jusqu’au bout

Qu’est-ce que vous avez reçu en contrepartie des services rendus?

C’est une question indiscrète et malvenue, je ne répondrai pas.

En off, vous nous avez dit qu’après son départ du Cameroun dans les conditions que nous savons tous, le commissaire Léopold Ébene serait maintes fois revenu au Cameroun?

Pour une fois, je vais vous répondre. Le commissaire Léopold Ebene est maintes fois revenu au Cameroun sous plusieurs fausses identités. La dernière fois, il a séjourné à Hintel Hôtel sis à Ngousso… Cette fois-là, j’avais été envoyé pour savoir si c’était bel et bien lui, d’autant plus que certains de nos services intelligents l’accusaient de vouloir déstabiliser le régime. Ce jour-là, je lui avais demandé de quitter immédiatement le Cameroun s’il tenait encore à vivre. Dieu merci, il m’a obéi et n’est plus revenu. C’est quelqu’un de très actif. Même en France où il réside, il collabore pour les services secrets de certains pays voisins que je ne nommerai pas bien entendu.

Quelles sont vos relations avec la Dgre?

J’ai travaillé une ou deux fois avec la Dgre depuis que Léopold Maxime Eko Eko est là…

Qu’est-ce que vous avez fait concrètement?

Je serai très succinct en disant que, ce sur quoi nous avons travaillé a porté des fruits. Nos échanges ont été mutuellement fructueux. Il y ‘a eu des résultats positifs.

N’avez-vous pas un jour été séquestré dans cette agence de renseignement? Nous tenons cette information d’un de vos confidents attitrés…

C’est faux! je n’ai aucun problème avec la Dgre, ni aucun autre service de ce type

Vous nous avez dit en off, que vous fûtes à Paris lors des incidents de l’hôtel Meurice et que vous aurez averti l’état-major particulier de Paul Biya de ce qu’un mouvement était en préparation?

Je le confirme, j’étais bel et bien à Paris à cette période et au fait de la situation, j’ai informé l’état-major particulier de ce qui pouvait advenir.

Qu’est-ce qui pouvait advenir? même si je ne fais pas partie de votre milieu, faut-il faire un drame parce que des Camerounais… des intellectuels de surcroit, puissent manifester contre un chef de l’Etat fût-il, celui du Cameroun?

Ce n’était pas une banale manifestation comme vous le dites. Ca aurait bien pu dégénérer si la police française n’était pas intervenue.

Je ne voudrais pas revenir sur cette affaire. Le commissaire Christophe Junior Zogo est un très brillant sujet, c’est un esprit libertaire. Je pense d’ailleurs que les mots qu’il a utilisés lors de son interview publiée chez le jour traduisent sa pensée profonde… il n’est pas interdit de manifester, le terme «agresseur» ne lui sied pas du tout. Je ne pense pas qu’il puisse tuer une mouche.

Le commissaire Zogo n’est pas le problème! Savez-vous qui était dans cet hôtel ce jour-là?

Qui y était donc ? Je ne dirai plus un mot, s’il y’a des réactions je vous garantis que j’entrerai dans les détails.

Bonne journée!

 

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