camernews-Ebola

Je suis Camerounais, je prie contre Ebola

Je suis Camerounais, je prie contre Ebola

Mes frères ! Comme la majorité d’entre vous, je suis avec attention la progression de l’épidémie d’Ebola sur le Continent, comme la majorité d’entre vous – ne le niez paschaque jour, je serre les fesses en adressant une courte prière au Créateur : « hé Dieu ! Qui fait Dieu fait qu’Ebola nous esquive ? ». Oui mes frères, Dieu est ce qui nous reste quand on a tout perdu. Je ne crois pas en ces histoires de sérum, ni de vaccin dits expérimentaux.

Hein père ? Les Américains, en train de jouer les philanthropes ? Le pays dont les drones tuent des innocents tous les jours ? J’abuse peut-être mais je suis ainsi. Mais croyez-le je comprends les malheureux sans autre issue que la mort, obligés de prendre ces médicaments dont on nous dira bientôt des choses qu’on aurait dû nous dire avant de nous les administrer. Il ya une catégorie de gens qui m’énervent hein ? Ceux qui passent leur journée à vous rabâcher les oreilles avec des mots optimistes sur l’Afrique. Du genre croissance à deux chiffres, avenir du Monde, blabla, les super optimistes qui voient dans l’Afrique le Continent de demain, l’avenir de l’humanité.

Laissez-moi faire mon pessimiste. Laissez l’avenir, le futur, voici comment je vois mon continent au quotidien: Chaque matin, mes frères, j’allume ma télévision et j’entends le décompte morbide des morts d’un virus apparu sur le Continent depuis 38 ans ! Je ne rigole pas. Depuis trente huit ans, un virus apparaît épisodiquement, tue des gens, disparaît sans que les premiers concernés aient une vraie stratégie pour le combattre !

Depuis trente huit ans on attend que les labos européens, trouvent un remède, depuis trente huit ans on attend que le CDC et la croix rouge viennent gérer des crises qui emportent amis, parents, proches. Si on n’est pas en face d’un cas concret de sous-développement voire de pauvreté, dites moi ce que c’est ? Depuis trente huit ans, on se demande, mais où sont-ils donc ces chercheurs africains ? En Europe me souffle-t-on dans l’oreillette. Où est cette recherche ? On me souffle que les gens ne mangent pas à leur faim et on va parler de financer la recherche ?

Mes frères ! Où sont nos laboratoires ? Je ne les vois pas. On me souffle qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’il y a des labos de produits « éclaircissants ». Hé Dieu ! C’est toi qui nous reste, toi et nos yeux pour pleurer. Oui j’ai envie de pleurer quand j’entends le gouvernement camerounais donner aux gens le sempiternel conseil : « lavez-vous les mains avec du savon ». Mais en donnant ce conseil, il serait judicieux que le même gouvernement nous donne les chiffres concernant l’approvisionnement de notre pays en eau courante. Là mes frères, on va bien rire puis aller se laver les mains dans le Mfoundi.

C’est hallucinant, mais ce pays me fait penser à mon voisin, celui qui s’est acheté une voiture de luxe, une Lexus, mais qui n’a pas prévu que les voitures se rangent dans un garage. Mon voisin qui a fait venir un neveu éloigné du village pour dormir dans sa Lexus, qui elle-même dort sur le trottoir devant sa maison. Le neveu antibandits, je l’appelle.

Je ris. On vit en 2014 avec des habitudes du moyen âge. A voir comment les Camerounais vivent on se demande s’ils n’ont pas envie d’abréger leurs jours, de partir rapidement, bref, d’en finir. On a les pisseurs fous qui croient que même en centre ville, touffe d’herbe et mur riment avec pissotière. On a les tenanciers des bars qui ne comprennent pas que tout autant que les tables, les toilettes sont des lieux à entretenir. Ces tenanciers de bars qui nous font pisser en apnée tellement ça pue dans leurs antres pleins de germes.

On a ces braiseuses de poisson qu’on a envie de gifler lorsqu’elles mettent du plastique sur leur brasero pour présenter leur poisson, du plastique qui fond doucement pour aller assaisonner le poisson d’effluves cancérigènes. On a nos vendeurs de soya, cette délicieuse viande braisée qui l’emballent dans du papier encore poudreux du ciment qu’il a contenu, oui, du ciment ! Si ça se trouve, ça fortifie le goût de la viande. On a ces marchés puants et sales où les gens vendent des vivres par terre, au nom de « ça va passer dans la marmite, le feu tue tous les microbes ». Et puis même hein ?

« La saleté ne tue pas l’homme Noir ». Bilan des courses, alors qu’on met devant l’opinion publique la menace d’Ebola, on parle peu du fait qu’en 2014, le choléra, oui le choléra a déjà tué près d’une centaine de personnes dans le Nord sur près de 1500 cas décelés jusque là. Oui, comme ça, sans qu’il yait une catastrophe particulière à part l’absence d’adductions d’eau et de latrines… Sans qu’on soit au Moyen Age… Prions mes frères, car en 2014 au Cameroun, on peut avoir un Ipad, une montre connectée, la télé par satellite, mais mourir sur une table d’opération à cause d’une coupure de courant ou choper une maladie nosocomiale parce que l’hôpital n’est pas alimenté en eau ! Oui, prions mes frères ! On n’est toujours pas parvenu à tuer le malheureux moustique vecteur du paludisme qui tue des milliers d’enfants chaque année.

Oui prions mes frères ! Pour ces milliers de femmes qui meurent chaque années de complications liées à l’accouchement, l’Iford parlait dernièrement de 6000 décès, prions pour que ce chiffre ne soit pas vrai mes frères. Prions, fort, très fort, car Ebola est à nos portes. Il frappe, impatient de retrouver ses cousins, Palu, Sida, Choléra… Endurcissez vos coeurs mes frères, prions pour qu’il passe, avec sa malchance et ses morts. Prions beaucoup, mes frères, car on a d’ores et déjà notre lot quotidien de problèmes. On n’a pas demandé de supplément. Prions pour que l’Emergence là arrive vite. Vu qu’elle soignera tous les maux du Cameroun, bêtise, corruption, mal gouvernance, absentéisme au sommet, peut-être que dans le package les grands sorciers du Renouveau ont inclus Ebola. A défaut de la science, je le déclare mes frères, au nom de la Castel, Ebola esquivera le Cameroun ! Amen !

 

 

camernews-Ebola

camernews-Ebola