J.O 2016. Scandale de l’AMA: les hackers poursuivent leurs révélations

Les noms de onze sportifs ayant pris des substances interdites ont été dévoilés par des hackers. Sur le lot, neuf ont décroché des médailles à Rio. L’AMA, quant à elle, fermait les yeux avec bienveillance…

 

Le groupe de pirates informatiques Fancy Bear poursuit ses révélations. Une nouvelle liste de sportifs contrôlés positifs aux substances interdites et couverts par l’Agence mondiale antidopage (AMA) a été divulguée hier par les hackers.

Celle-ci comporte les noms de 11 sportifs provenant de cinq pays. Fait intéressant, neuf d’entre eux ont été médaillés à Rio. Les plus nombreux dans la nouvelle liste sont les Britanniques : la boxeuse Nicola Adams (médaille d’or), la coureuse cycliste Laura Trott (deux médailles d’or), la nageuse Siobhan-Marie O’Connor (médaille d’argent) et la rameuse Olivia Carnegie-Brown (médaille d’argent).

En outre, on y trouve encore trois Australiens, une Danoise, une Espagnole et deux sportifs allemands. Comme le prétend l’AMA, tous les athlètes concernés prenaient les médicaments figurant sur la liste noire pour des raisons médicales. Une raison tout à fait légitime pour faire une exception à la règle, semble-t-il. Mais jusqu’où peut aller le nombre de ces exceptions?

En outre, on peut considérer comme un véritable miracle de la science le fait qu’avec une santé aussi fragile, autant de sportifs soient en mesure de décocher des médailles… Il s’agit de la troisième liste divulguée par les hackers. Il ressort aujourd’hui que l’AMA a fait des « exceptions » pour au moins 40 sportifs, bon nombre d’entre eux ayant obtenu des médailles à Rio. La liste n’est d’ailleurs pas encore complète. Comme le promet Fancy Bear, il y en aura encore d’autres noms prochainement. Affaire à suivre…


Scandale AMA-Leaks: les champions olympiques sont-ils vraiment malades ?

 Dans une interview accordée à Sputnik, un membre du comité sportif du Bundestag a déclaré que toute la procédure de prise de décision dans le cadre de l’AMA devait être revue. Tous les faits proposés par les hackers justifient le lancement des recherches sérieuses.

L’AMA s’est-elle enlisée dans les doubles standards ? Les athlètes américains auraient-ils besoin de prendre des opiacés alors que le mélodium est interdit aux sportifs russes ? Selon le membre du comité sportif du Bundestag Andre Hahn (gauche), l’AMA doit changer ses propres règles. Poutine: le piratage d’AMA ne peut pas ne pas intéresser l’opinion publique

M. Hahn trouve curieux le fait que plusieurs champions olympiques et cyclistes du « Tour de France » soient gravement malades et aient besoin de prendre des médicaments qui sont considérés comme des produits dopants. Selon lui, si l’information publiée par le Fancy Bears est réelle, il va falloir lancer des discussions sur ce sujet même si les sportifs mentionnés n’ont jamais pris de substances considérés comme dopantes selon les règles de l’AMA. Et de rajouter que de tels cas devaient être revérifiés. « Je me prononce toujours pour une nouvelle vérification de chaque cas. Je me prononce contre l’exclusion des sportifs russes des JO et des Jeux paralympiques, puisque je pense qu’il est injuste de mettre tout le monde dans le même sac. Ainsi, les critères stricts devront être appliqués non seulement à la Russie, mais à tous les autres aussi. Il serait dommage que la confiance envers l’AMA et les agences nationales d’antidopage soit sapée ». Il a déclaré que les représentants de la gauche avaient exigé la présence d’au moins deux experts indépendants dans la commission, mais, malheureusement, cette initiative a été rejetée par les parlementaires.

M. Hahn explique que pour réussir à résister au dopage, il faut développer le réseau de laboratoires spécialisés dans tous les pays sans exception et pas seulement se limiter à un seul pays (comme l’Allemagne, par exemple). Ainsi, même si un autre organisme remplace l’AMA, il ne résoudra pas tous les problèmes actuels, donc il faut que l’AMA revoie ses règles. Selon L. Hahn, il est difficile d’imaginer que le tribunal sportif prive les athlètes de leurs titres et des récompenses qu’ils ont déjà obtenus : il faudrait plutôt regarder l’avenir et prévoir des sanctions pour de telles violations. Concernant le fait que les sportifs russes ont été exclus parce qu’ils ont pris du mélodium alors que d’autres sportifs ont été autorisés à prendre des substances encore plus incriminantes, M. Hahn a déclaré que les règles devaient être les mêmes pour tous : « On sait que ce médicament a été autorisé il y a un an, et maintenant il est interdit. De plus, nous savons que ses traces restent dans le sang durant une longue période. Les athlètes qui l’avaient pris en 2015 ont été rattrapés en 2016. Dans ce cas il faut établir une période de transition pour que les sportifs, le cas échéant, ne soient pas disqualifiés ». D’après M. Hahn, on ne peut pas « retirer un pays du tableau des médailles ». Aussi estime-t-il que la façon avec laquelle le journal Bild a éclairé la situation en excluant tout simplement la Russie du tableau des médailles est « une honte » : « Dans ce cas, Bild a joué selon ses propres règles ».


Poutine: les données piratées de l’AMA soulèvent des questions

Le président russe Vladimir Poutine a commenté le scandale des cyberattaques dont a été victime l’Agence mondiale antidopage (AMA), à la suite duquel on a appris que les sportives américaines, notamment les joueuses de tennis Venus et Serena Williams et la gymnaste Simone Biles avaient pris des substances interdites au cours des JO 2016.

La politique de deux poids deux mesures à l’égard de l’utilisation des substances interdites par les sportifs de différents pays « dépasse toutes les bornes », a déclaré vendredi le président russe Vladimir Poutine. « Il se trouve que les sportifs considérés comme sains prennent légalement des médicaments interdits pour les uns, et des gens qui souffrent de maladies graves, qui sont lourdement handicapés, sont exclus des Jeux paralympiques de Rio sur de simples soupçons. Cela dépasse toutes les bornes », a indiqué le chef de l’Etat russe.

Le sujet du piratage de la base de données de l’AMA a été abordé au cours du sommet des pays-membres de la Communauté des États indépendants (CEI) lorsque Vladimir Poutine a félicité le président du Kirghizstan pour l’organisation réussie des Jeux mondiaux nomades. Le leader kirghize a fait remarquer que l’avantage essentiel de ces jeux a consisté en leur non-politisation. Vladimir Poutine a rebondi en évoquant les cyberattaques contre l’AMA : « Nous ne partageons pas ce que font les hackers, mais ce qu’ils ont fait ne peut pas ne pas intéresser l’opinion publique internationale et, en premier lieu, sportive. Cela pose des questions », a déclaré M. Poutine.

Auparavant, on a appris que le groupe de pirates informatiques Fancy Bear avait piraté la base de données de l’AMA et divulgué l’information selon laquelle l’Agence avait permis à des sportives américaines de prendre des substances interdites. Le directeur général de l’AMA Olivier Niggli a par la suite confirmé le piratage des bases de données de l’institution et a indiqué que, selon les données fournies par la police, l’attaque provenait de Russie. En outre, le Kremlin s’est déclaré prêt apporter son concours à l’Agence mondiale antidopage (AMA) dans la lutte contre la cybercriminalité si l’AMA sollicite une telle assistance.