ISSA TCHIROMA BAKARY, ministre de la Communication : Les pots-de-vin et le crash du Nyong.

ISSA TCHIROMA BAKARY, ministre de la Communication : Les pots-de-vin et le crash du Nyong.

En 1994, l’Etat du Cameroun signe pour le compte de la Cameroon Airlines (Camair), la compagnie camerounaise de transport aérien, un contrat de maintenance de certains de ses avions, notamment le Boeing 737-200 Le Nyong, avec la South African Airways (SAA). M. Issa Tchiroma Bakary est à l’époque des faits ministre des Transports. Le contrat de maintenance en question est vicié, en ce sens que les signataires ont mis en place un système qui prévoit des dessous de table.

La société sud-africaine doit reverser des commissions à certains officiels camerounais pour, plus grave, être moins sérieuse dans le suivi des appareils de la Camair. C’est cette complaisance qui lui permet de se délester d’une partie du paiement reçu de la Camair au profit du ministre des Transports et de quelques autres comparses de moindre importance.

En 1995, malheureusement, Le Nyong est victime d’un crash qui conduit à la mort de 71 personnes. Les enquêtes révèlent que l’accident est dû aux graves négligences qui ont émaillé le suivi de l’appareil dans les ateliers de la SAA. La présidence de la République est informée qu’un montage prévoyant des pots-de-vin est à l’origine négligences constatées. Des témoins clés des transactions financières douteuses sont mis à contribution pour aider le Cameroun à attraire la société sud-africaine devant les tribunaux.

Un comité présidé par Jean Foumane Akame, conseiller technique des affaires judiciaires à la présidence de la République, est créé et chargé de défendre les intérêts du Cameroun dans le cadre de cette affaire. Il parvient à démontrer avec succès devant la justice que la SAA a fauté dans sa relation avec la Camair. Le Cameroun obtient une réparation pour le préjudice subi (lire page 4).

Le montage frauduleux qui est à la base des négligences de la SAA a été mis à découvert par le Comité Foumane Akame. Comme pots-de-vin, la société sud-africaine a versé directement, depuis son compte ouvert dans les livres de la Standard à Paris, 171.247 dollars Us dans divers comptes bancaires appartenant au ministre des Transports de l’époque, Issa Tchiroma Bakary (Crédit Lyonnais et banque française de l’Orient à Paris).

 

 

Joseph Belibi, le Pca de la Camair, a pour sa part reçu 46.690 dollars Us de la SAA. Un certain Philippe Marnier, intermédiaire dans la transaction, a encaissé 2.098.474 dollars Us dans un compte ouvert à la Banque française de l’Orient à Paris. A travers un autre compte appartenant à une certaine Mme Kabakele, très proche de M. Tchiroma, M. Marnier a alimenté un autre compte de M. Tchiroma ouvert à la Bicec. L’oeil du Sahel va publier, dans son édition du 11 juin 2012, quantités de preuves à conviction sur ces transactions, notamment divers avis de virement, le récapitulatif des sommes versées par la SAA à l’actuel ministre de la Communication, de même que la preuve des transactions entre M. Marnier et M. Tchiroma.

En dépit du caractère irréfutable des pièces rendues publiques par votre journal, M. Tchiroma et ses autres associés n’ont point été inquiétés par la Justice, malgré une prise d’initiative dans ce sens par la présidence de la République notamment par le biais de l’actuel secrétaire général, Ferdinand Ngoh Ngoh, sans doute pas informé des méandres de l’affaire. Sa chance est d’être lié dans cette affaire à Jean Foumane Akame, que le président de la République protège comme la prunelle des ses yeux.

Rappelons que le 7 décembre 2000, dans un rapport adressé par  le Comité Foumane au président de la République, il était suggéré au président de la République «qu’une amnistie générale soit accordée aux personnalités concernées (Ndlr : par les pots de  vin) au cas où elles apportent le concours souhaité par le Comité pour l’aboutissement heureux [de la procédure judiciaire] ». Même si le président de la République a déclaré avoir engagé une lutte sans aucune concession contre le viol de la fortune publique, M. Tchiroma continue à se la couler douce… au sein du gouvernement.

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