ISLAM : Les démarches du Cameroun auprès de l’Egypte

L’ambassadeur camerounais accrédité au Caire a échangé avec le grand imam de la mosquée Al Azhar sur la lutte contre le terrorisme international et les préceptes du Coran.
Le grand imam de la mosquée Al Azhar du Caire, Ahmed El Tayyeb, a reçu le 9 août 2015, l’ambassadeur du Cameroun en Egypte, Mohamadou Labarang. Il a été question au cours de cette rencontre, de la lutte contre Boko Haram, et plus largement du terrorisme international, un fléau qui ne préoccupe pas seulement le Cameroun et l’Egypte. A la suite de cet entretien, le grand imam d’Al Azhar a affirmé que son université, la plus ancienne université islamique encore active au monde après Quaraouiyine et l’université Zitou, était prête à accorder des bourses aux étudiants camerounais et à fonder des instituts au Cameroun.

«Al Azhar tient à soutenir le Cameroun dans tous les domaines scientifique et religieux», a signalé M. El Tayyeb. Cette démarche de l’ambassadeur camerounais s’inscrit dans le cadre du vaste chantier de la lutte contre l’extrémisme islamiste au Cameroun. Il faut se souvenir que depuis peu, le Cameroun a engagé, sur ordre de la présidence de la République, une série de réformes visant à encadrer fortement l’enseignement de l’islam sur son sol. L’objectif de ces réformes est clair : reformer l’enseignement de l’islam tel que connu depuis le début du 19e siècle.

De fait, l’Etat se méfie sérieusement de l’enseignement traditionnel mené par des marabouts qui laissent parfois libre cours à des interprétations diverses du Coran, sans toutefois pouvoir s’exprimer en arabe. De même, il entend exercer un meilleur contrôle sur les jeunes partis se former dans l’émirat de Yola ou dans l’Etat de Borno, considérés comme des centres privilégiés d’acquisition du savoir islamique quand ce n’est pas un tour de vis qu’il veut donner sur le flou persistant sur la qualité de l’enseignement reçu par nombre de fidèles musulmans dans des nombreux instituts islamiques à l’étranger.

C’est le cas ainsi des «fire preachers » qui viennent du Nigeria voisin et arpentent les mosquées du Nord ou de l’Extrême-Nord, transmettant des interprétations à la limite radicales, comme l’indique le professeur Hamadou Adama, éminent historien et auteur de nombreux ouvrages sur l’islam au Cameroun.

«VATICAN DE L’ISLAM»

Pourquoi donc avoir choisi aller vers Al Azhar ? Située en plein coeur du Caire, Al-Azhar est tout à la fois une mosquée et une université, un haut lieu de prière et d’enseignement sunnite. C’est le Vatican de l’islam, pensent même des érudits. Le seul nom d’Al-Azhar, «la florissante», exerce une fascination sur les musulmans du monde entier. Elle est à la fois un lieu de pèlerinage et la référence en matière d’enseignement de l’islam sunnite véritable. En effet, Al-Azhar accueille dans ses 70 facultés, des étudiants issus de 106 pays, dont le Cameroun.

Mais ce haut lieu d’érudisme essuie régulièrement de violentes critiques, dont la plus récurrente tourne autour de son rôle dans le terrorisme mondial perpétré au nom d’une interprétation rigoriste du Coran. On l’accuse aujourd’hui encore d’abriter des enseignants radicaux, proches de  Frères musulmans d’Egypte. Le fondateur de Boko Haram, Muhammad Yusuf, aurait d’ailleurs été à cette université via Ibrahim al-Zakzaky, le dirigeant de la Fondation iranienne pour le mouvement islamique au Nigeria. A cela, le grand imam répond : «sauf une seule exception, aucun des idéologues de l’extrémisme et du radicalisme du monde entier ne s’est diplômé à al-Azhar […].

Il est de ce fait déplaisant de voir al-Azhar continuellement accusée d’être responsable du terrorisme ». Pour lutter contre l’extrémisme religieux, cheikh al-Tayeb appelle les pays musulmans à réformer leurs programmes scolaires. Selon le responsable du prestigieux centre d’études égyptien, qui condamne fermement «les pratiques sauvages et barbares» de groupes terroristes, une mauvaise lecture des textes a fait le lit d’«insupportables interprétations de l’islam». En outre, ajoute l’imam, «nul ne peut dire si l’on pourra effacer l’extrémisme de la société facilement, ou en peu de temps. Nous nous trouvons devant un phénomène social dont les racines remontent à plusieurs dizaines d’années».