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Interview – Hubert Mono Ndjana (Universitaire, philosophe et homme politique)

Interview – Hubert Mono Ndjana (Universitaire, philosophe et homme politique)

Auteur de douze essais philosophiques, cinq œuvres littéraires et d’une pléthore d’articles scientifiques, le professeur Hubert Mono Ndjana qu’on ne présente plus, fut l’un des tout premiers secrétaires à la communication, du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC). Déchu et quasiment en rupture de ban avec l’exécutif de son parti.

Auteur de douze essais philosophiques, cinq œuvres littéraires et d’une pléthore d’articles scientifiques, le professeur Hubert Mono Ndjana qu’on ne présente plus, fut l’un des tout premiers secrétaires à la communication, du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC). Déchu et quasiment en rupture de ban avec l’exécutif de son parti. Notre invité de la semaine qui nous a reçu dans sa somptueuse villa du quartier Ahala à Yaoundé revient ici, dans un entretien vérité, sur certains points saillants de son parcours, en tant que: Universitaire, homme politique, premier PCA de la SOCILADRA etc. Il aborde également avec nous, l’actualité de ces derniers jours: «l’opération épervier, la mort de Charles Ateba Eyene, le Rdpc les décrets présidentiels portant commutation et remise des peines, etc.) et surtout les questions de première importance, telle que la succession de Paul Biya au sommet de l’Etat.

«Ce que je n’approuve pas chez Titus Edzoa, c’est qu’il continue à dire qu’il veut être le successeur de Biya. Je voudrais profiter de cette tribune pour mettre les Camerounais en garde. Si le Cameroun doit continuer à rester en paix, un frère de Biya, c’est-à-dire un béti quel qu’il soit, ne doit pas songer à lui succéder, sinon le Cameroun risquera de basculer dans la guerre civile. Je précise que si les frères de Biya ont de l’argent, qu’ils l’investissent dans des industries porteuses, dans des secteurs rentables. Mais qu’ils abandonnent l’idée suicidaire de remplacer Paul Biya à la tête de l’Etat du Cameroun. On a beau dire que je ne fais pas du tribalisme, mais la réalité est que nous sommes dans un pays tribal. Si vous ne tenez pas compte de cette donnée et que vous choisissez de faire une politique nuageuse et éthérée basée sur la démocratie sans tribus, au point de vouloir remplacer le président Biya par un autre Béti, là vous vous trompez, sur toute la ligne ! Après trente longues années de règne, il est évident que les autres tribus n’accepteront jamais qu’un autre frère du président arrive au pouvoir après lui

Professeur Mono Ndjana, vous avez presque disparu de la circulation, après votre mise à la retraite dans les conditions que nous connaissons tous, où êtes-vous passé depuis lors ?

Je ne suis pas passé, je suis toujours là. J’ai pris ma retraite en novembre 2011, ce qui fait déjà trois ans. J’ai signé un contrat de collaboration avec l’université de Douala où je dispense des enseignements, j’encadre également la recherche de haut niveau: Master et doctorat, à l’université de Douala. Je continue à faire le même travail à l’université de Yaoundé 1, mais en tant que vacataire parce que je n’y ai pas encore signé un contrat de collaboration. J’ai qu’à même demandé à le faire, et j’attends toujours la réponse des autorités. Mais comme j’avais des étudiants rattachés à moi, je continue à les encadrer eu égard que je ne peux pas les laisser tombé sous prétexte que je suis parti en retraite, voilà donc ce que je fais, en dehors du fait que je continue à finaliser certains ouvrages que je n’avais pas pu achever.

Dites-nous quelques mots relativement à la disparition de Charles Ateba Eyene…

Vous savez ! J’ai gardé le silence jusque là, parce que les mots me manquent pour dire ce que la disparition de Charles Ateba Eyene a causée en moi. Voyez-vous ! Ateba Eyene était mon avocat, par rapport à l’injustice et à l’ingratitude que j’ai subies dans ce régime, malgré mon engagement. C’est Ateba Eyene qui était mon porte-parole, il en parlait de façon passionnée si bien que j’étais moi-même parfois ému. Ça me touchait particulièrement de le voir prendre faits et cause pour moi relativement à la situation injuste que je vis. Il est parti et je devrais dire ici que j’ai perdu quelqu’un de très important. Je suis très touché à la seule idée que je n’entendrai plus jamais sa voix et je déplore la disparition d’un homme comme celui-là, qui était la caisse de résonance de toutes les injustices de ce pays. Il est passé comme un météore, j’attends seulement ses obsèques pour que nous nous retrouvions en cercle d’amis. Sa mort m’a beaucoup attristé, je pense qu’on aurait pu faire tout ce qui est possible pour empêcher ce qui est arrivé. Parce que pendant que Charles crevait, d’autres personnalités bénéficiaient d’une évacuation sanitaire au même moment. Je me dis que quelqu’un n’est pas plus citoyen qu’un autre dans un régime démocratique, il faut considérer les droits de tous les citoyens au même pied d’égalité et donner à chacun sa chance. Surtout qu’Ateba Eyene n’était pas un inconnu, un anonyme. C’était une personnalité qui compte et qui compte à un titre plus élevé que certains qui sont en altitude aujourd’hui, parce qu’il faisait quelque chose de visible. Il est parti, je ne voudrais pas blasphémer c’est tout !

Professeur, pensez-vous qu’il y’a eu négligence et qu’on aurait pu sauver Ateba Eyene ?

Je le pense naturellement…

Avez-vous démissionné des rangs du parti au pouvoir ? Après le rejet de votre candidature lors des dernières sénatoriales, la rumeur dit que vous avez décidé de claquer la porte…

Je suis toujours membre du RDPC, ceux qui se rappellent que je reste membre de ce parti me font participer aux travaux du RDPC. Il y’a deux semaines exactement, j’ai tenu une conférence, à la conférence élargi de sous-section ici à Ahala où j’avais été invité par le président de la sous-section, le président de la section étant le ministre André Mama Fouda.

Professeur Mono Ndjana, est-ce que ce n’est pas très réducteur pour vous de vous retrouver dans des conférences de sous-section alors que vous fûtes dans un passé récent, secrétaire à la communication et à la culture du parti de Paul Biya ? Concrètement, qu’est-ce que le RDPC vous a apporté dans votre vie, en tant qu’homme…

Le RDPC m’a apporté quelque chose, mais pas directement… par ricochet, la paix que ce parti continue à assurer dans notre pays, et la démocratie qu’elle a drainée dans son sillage

On ne mange pas la paix…

Ce sont là, des choses dont j’ai bénéficié par ricochet

Qu’est-ce que le RDPC vous a apporté directement ?

Directement, le RDPC ne m’a rien apporté dans ma vie en tant qu’homme, rien !

Il se dit que les hiérarques du parti, Paul Biya avec, ne vous auraient jamais pardonné, le fait que vous ayez solennellement demandé à l’actuel chef de l’Etat de ne pas se représenter en octobre 2011 ? C’est ce qui aurait même nous dit-on, motivé le rejet de votre candidature aux dernières sénatoriales…

En demandant solennellement au candidat naturel de ne pas se représenter. J’usais là de mon droit de liberté…

Ne déviez vous pas en assumer les conséquences ?

Avant que je ne demande au président Biya de ne pas se représenter, qu’est-ce que les hiérarques du parti auxquels vous faites allusion m’avaient donné auparavant ? Pendant que ceux qui portent des écharpes aujourd’hui, avaient peur de mettre le nez dehors, moi j’y étais. J’étais dans les rendez-vous avec Fru Ndi, Bello Bouba, Issa Tchiroma… j’étais dehors avec les gens qui voulaient brûler la ville, et je les contrais face à face. Je me suis également illustré à travers des travaux d’un niveau intellectuel incommensurable.

Professeur, est-ce que vous n’êtes pas à l’origine de vos propres déconvenues, il se susurre que vous n’avez jamais voulu intégrer les loges, malgré les multiples sollicitations qui vous ont été faites en ce sens…

On avait demandé à m’initier, mais j’avais décliné l’offre. Le négociateur m’avait d’ailleurs promis monts et merveilles, je lui ai dit d’aller chercher ailleurs si c’était la condition pour être récompensé.

Ne serait-ce pas la raison pour laquelle Mono Ndjana est mal-aimé et presque voué aux gémonies de la république ?

Mal-aimé ! Le mot est bien choisi… je ne suis pas aimé. A voir la manière dont j’ai quitté l’université de Yaoundé 1 que j’ai pourtant servie pendant 30 ans avec honneur et fidélité, alors que je n’avais jamais violé une fille, que je n’avais jamais détourné de l’argent, alors que je n’ai jamais vendu une UV, ni même une licence, votre mot « mal-aimé » trouve là tout son sens. Parce que j’ai essayé de dénoncer un réseau de faux doctorats on m’a chassé comme un malpropre, on m’a chassé afin que ça ne s’ébruite pas. Mais ça s’est ébruité parce que mon honnêteté intellectuelle m’empêche de cacher qu’il y’a un réseau de faux doctorats. L’un dont je suis au moins sûr à 100% est celui attribué à une dame. Je l’ai dénoncé au niveau du doyen, au niveau du recteur j’irai même jusqu’à le dénoncer au niveau de l’Unesco puisque rien n’a été fait. Ça montre clairement que le pays est pris en main par une clique de gens qui commettent le mal exprès.

Est-ce que vous ne donnez pas là raison à tous ceux qui pensent qu’à la croisée des chemins, le Cameroun ne serait plus gouverné ? Sinon la faute à qui ? 

C’est peut-être vrai…

Mais il faut faire porter le chapeau à Paul Biya, n’est-ce pas lui qui nomme les ministres ?

Je n’ai aucune preuve palpable que c’est Paul Biya qui nomme les ministres…

A travers vos multiples dénonciations, est-ce que vous ne gênez pas dans votre propre camp, vous aurez peut-être mieux fait d’adopter le principe de l’omerta comme les autres… nous avons essayé de reconstituer votre parcours, au terme de notre reconstitution, nous avons remarqué que vous avez été chassé partout où vous êtes passé. D’abord à l’office du baccalauréat du Cameroun, à l’université, enfin très récemment à la Sociladra, que vous avez pourtant forgée de vos propres mains. Qu’est-ce qui ne va pas professeur ?

Surtout à la Sociladra ! J’ai créée la Sociladra et je l’ai portée de mes bras en louant un local de ma propre poche au marché central, parce qu’au lendemain de la création de cette structure dont je suis devenu le responsable, il n’y avait rien. J’ai même initié un voyage à Paris pour aller faire reconnaître la Sociladra par la SISAC, et j’ai reçu la réponse par courriel avec la mention «admis» pendant que les candidatures de certains grands pays étaient rejetées.

N’avez-vous pas bénéficié d’un privilège lié à votre nom ? Vous avez qu’à même publié une quarantaine d’ouvrages littéraires et scientifiques, vous êtes aussi un homme de lettres mondialement reconnu…

Malgré cela j’ai été évincé… Bien que réélu pour la 2ème fois, j’ai choisi de démissionner, ce qui n’est pas courant dans notre pays. Lors de la 3ème élection, la machine s’est de nouveau mise en branle pour m’évincer, il y avait des ministres dans la bande. Figurez-vous qu’on a fait voter des enfants de dix ans et des pseudos artistes, sous la barbe des procureurs généraux et même en présence du secrétaire général du ministère de la culture, des représentants de la commission de médiation, c’est-à-dire nos superviseurs.

Vous avez tantôt parlé des ministres qui ont soutenu la dame, pouvez-vous nous donner des noms ?

Lorsqu’on donne des enveloppes à quelqu’une pour soutenir sa candidature, il n’y a pas de décharge. Si je donne des noms, ce serait prêter le flanc à la rumeur. Or, ma rigueur scientifique me l’interdit. La dame qui m’a remplacé à la tête de la Sociladra a bénéficié des subsides d’un ministre originaire de la même région qu’elle. Figurez-vous surtout que cette bonne dame n’avait jamais publiée de sa vie, elle l’a fait ces derniers temps pour se légitimer.

Professeur Mono Ndjana, n’est-ce pas le même ministre qui vous a évincé de l’université ?

Souffrez Monsieur Ngangué, que je ne réponde pas à cette question…

Avez-vous au moins perçu vos salaires, en tant que PCA de la Sociladra ?

Pendant mon séjour à la Sociladra, je n’ai rien perçu en termes de salaire. J’étais censé recevoir 950.000 Cfa, par mois, conformément à la volonté de l’assemblée générale. Je totalise donc, environ 84 mois d’impayés. J’ai pour cela, écrit aux autorités pour qu’elles voient comment me désintéresser, mais personne ne répond à ce genre de courrier. Maintenant, quand je les vois se passionner pour la nationalité de Ndedi Eyango, est-ce que c’est ça l’essentiel ! On peut bien gérer les droits d’auteur au Cameroun sans être Camerounais. Il y’a des étrangers qui gèrent des grandes sociétés ici avec honneur et gloire, alors qu’il y’a des fieffés Camerounais qui foutent des sociétés en l’air. Vraiment, il faut distinguer l’essentiel du contingent et de l’accessoire, voilà un vrai problème, que je pose à travers vous : où sont mes salaires ? Faudrait-il que j’ameute la foule ? Faudrait-il que j’organise des mouvements pour me faire entendre ? Où sont mes 84 mois de salaires ? Il faut qu’ils me répondent qu’à même…

Le président de la république a récemment signé des décrets portant commutation et remise des peines, cette décision a permis à quelques grands prisonniers, à l’instar de l’ex Sgpr Titus Edzoa et à son ami le franco-Camerounais Michel Thierry Atangana (l’homme par qui le bonheur serait arrivée) de recouvrer leur liberté, dites-nous quelques mots là-dessus…

Ce que je dis, je le pense très profondément ! Ce que fait la communauté internationale est antidémocratique et contre l’éthique. En s’appuyant sur les droits de l’homme pour faire libérer quelqu’un qui est un des leurs, c’est une façon de massacrer la souveraineté du peuple, parce que l’argent que ces criminels économiques ont pris, c’est l’argent du peuple… et en se mobilisant pour libérer ces individus qui ne sont pas innocents, ces individus qui ont grugé le peuple, je trouve que cette communauté internationale va frontalement et fatalement contre les intérêts du peuple Camerounais et là, je ne comprends pas où se trouve l’éthique publique. Le président de la république ne pouvait pas résister à l’assaut de la communauté internationale appuyée par l’ONU. Je dénonce donc très solennellement l’action de cette communauté parce qu’elle n’a pas le droit de venir ici plaider la cause des criminels économiques. Le Cameroun n’ira jamais se mêler des histoires des criminels économiques incarcérés en France ou ailleurs… la démocratie dans son essence étant le gouvernement du peuple, la communauté internationale s’oppose fatalement à ce peuple en se mobilisant pour faire libérer ceux là même qui l’ont grugé et volé. Comment peuvent-ils choisir un ou quelques individus au détriment de tout un peuple ? La tendance qui est entrain de s’observer, est une tendance malheureuse contre le peuple Camerounais qui n’aura que ses yeux pour pleurer.

Est-ce que l’opération épervier ne prend pas du plomb dans l’aile à travers ces décrets qui pour la première fois, fait jusque là inédit, concernent également les détourneurs des deniers publics ?

J’ai toujours déploré le fait qu’au Cameroun, les choses se font sur la base de ce que j’ai naguère appelé la philosophie de l’esquisse. Imaginez un grand artiste, Pablo Picasso par exemple qui prend son pinceau et fait en quelques secondes des tracés sur une toile, sans toutefois achever son tableau. C’est vrai que j’ai vu des esquisses se vendre à des centaines de millions. Mais je réitère que nous ne devons pas adopter la philosophie de l’esquisse.

Mais vous parlez là, du président de la république ?

Quand on a commencé à arrêter ces criminels économiques, le peuple content a applaudit des deux mains… et subitement on laisse choir le pinceau !

Professeur Mono, est-ce que l’opération épervier telle que implémentée jusqu’à l’heure actuelle n’est pas une opération à tête chercheuse ? De nombreux détourneurs des deniers publics pavoisent tranquillement, pendant que d’autres moins veinards sont mis aux arrêts…

Quand je l’ai parfois déploré, mes contradicteurs m’ont souvent rétorqué qu’on ne pouvait pas arrêter tout le monde le même jour. Au demeurant, je pense qu’il faut tout balayer ou ne rien balayer du tout. Si toute la société est pourrie, il faut faire une révolution en jetant les gens en prison. Il y’en a qui font des révolutions sanglantes comme celle de 1789, mais celles-ci ne sont plus de mise. Je pense sincèrement qu’il faut jeter tous les délinquants économiques en prison, quitte à injecter du sang neuf dans les veines de la haute administration. Rassurez-vous ! On ne va pas créer un vide, parce qu’il y’a beaucoup de diplômés qui chôment dans nos rues. Il y’a des titulaires des licences en chimie, des titulaires de Master qui font le call box, parfois même la mototaxi qui sont des métiers dangereux qui ne correspondent pas à leur profil. Beaucoup de détourneurs d’aujourd’hui avaient été recrutés parmi les 3000 autrefois dans les années 1982, ils sont de nos jours devenus des ministres extrêmement puissants. Si vous prenez les diplômés d’aujourd’hui, ils feront aussi de bons ministres. Il faut toujours unir le binôme de la faute et de la sanction dans un pays, vous n’aurez jamais des honnêtes citoyens, si vous ne développez pas la culture du châtiment…

Paul Biya est-il suffisamment propre et fort pour mener une opération d’assainissement des mœurs publiques ? Quelques uns disent qu’il serait lui-même extrêmement riche… il se susurre d’ailleurs que c’est la raison pour laquelle, il se serait toujours opposé à l’application de l’article 66 de la constitution portant sur la déclaration des biens

Même s’il est riche. Un président ne peut qu’être riche…

Est-ce normal, dans un contexte comme le nôtre où des familles entières vivent avec moins d’un dollar par jour ?

Je ne vois aucune corrélation, je l’ai dit et je répète qu’un président ne peut qu’être riche.

D’après certaines indiscrétions, citant le magazine panafricain « Jeune Afrique » Paul Biya n’aurait officiellement pour salaire que 130.000 Fcfa ?

Ce n’est pas possible ! Ou alors il n’est pas dans les barèmes de la fonction publique, 130.000 Fcfa ne correspond pas à nos grilles indiciaires. Déjà à l’indice 600, vous êtes à plus de 150.000 Fcfa. Partant de ce postulat, il est clair que «Jeune Afrique» ne maîtrise absolument rien, sur la fonction publique Camerounaise. Moi qui suis un fonctionnaire recruté après Biya, je ne peux pas gagner plus que lui. Biya doit objectivement gagner plus que moi.

Tout compte fait, notre président ne doit-il pas avoir un salaire officiel, comme ça se voit sous d’autres cieux ?

Plusieurs avantages sont attachés à la fonction de chef de l’Etat… un président de la république n’a pas besoin de tremper dans des petits vols, c’est la raison pour laquelle je vous disais plus haut que Paul Biya ou un chef d’Etat quel qu’il soit, ne peut qu’être riche. S’agissant d’une de vos questions, relativement à l’opération épervier, je dirai que l’actuel chef de l’Etat a tous les moyens et les qualités appropriés pour mener une opération d’une telle envergure.

Il se murmure pourtant que dans «les Vampires du Godstank», votre roman paru aux éditions Carrefour en 2006, vous décrivez le Cameroun et Paul Biya ?

J’avais néanmoins précisé en guise d’avertissement que toute coïncidence avec les faits, les lieux ou les personnages existant ou ayant existé ne pouvait qu’être fortuite… n’oubliez pas aussi qu’un roman est une œuvre de fiction

Y’a-t-il une évolution par rapport à la thématique des textes musicaux au Cameroun, après votre cinglant «les chansons de Sodome et Gomorrhe» ?

Il y’a une réelle évolution, il n’y qu’à écouter Ange Ebogo Emérant, son fils Tonton Ebogo… ou bien d’autres encore.

Hubert Mono Ndjana est-il un homme riche ?

Je dois vous l’avouer, je n’ai pas de biens matériels … non pas parce que je ne peux pas les avoir, mais parce que d’un, j’ai investi sur mes enfants. De deux, j’aurai bien pu contracter des crédits auprès des banques, comme certains l’ont fait pour se bâtir des maisons, un peu partout. Je vous fais d’ailleurs une confidence, je vis d’une cacaoyère qui ne donne pas grand-chose et j’ai en tout et pour tout, deux maisons : l’une au village, et l’autre ici à Yaoundé (celle-ci même). Il y’a un fétichisme de l’enrichissement au Cameroun à telle enseigne que je me demande, comment des gens ont pu s’enrichir aussi fabuleusement, alors que notre pays était en crise.

Quelques mots sur la conférence de presse du professeur Titus Edzoa, qui dit toujours être membre du Rdpc…

Mais il est du RDPC…

Comment est-ce possible, on se souvient justement qu’il avait posé sa candidature contre le candidat naturel de votre parti, c’est un crime de lèse-majesté, synonyme d’auto exclusion ?

Effectivement !

Voulait-il briguer la magistrature suprême en octobre 1997, sous la bannière d’un autre parti ?

Ça je n’en sais rien ! Je ne fais pas partie de ses confidents…

Dites-nous donc quelques mots sur la conférence de presse du professeur Titus Edzoa, après sa libération…

Ce que je n’approuve pas chez Titus Edzoa, c’est qu’il continue à dire qu’il veut être le successeur de Biya. Je voudrais profiter de cette tribune pour mettre les Camerounais en garde. Si le Cameroun doit continuer à rester en paix, un frère de Biya, c’est-à-dire un béti quel qu’il soit, ne doit pas songer à lui succéder, sinon le Cameroun risquera de basculer dans la guerre civile. Je précise que si les frères de Biya ont de l’argent, qu’ils l’investissent dans des industries porteuses, dans des secteurs rentables. Mais qu’ils abandonnent l’idée suicidaire de remplacer Paul Biya à la tête de l’Etat du Cameroun. On a beau dire que je ne fais pas du tribalisme, mais la réalité est que nous sommes dans un pays tribal. Si vous ne tenez pas compte de cette donnée et que vous choisissez de faire une politique nuageuse et éthérée basée sur la démocratie sans tribus, au point de vouloir remplacer le président Biya par un autre Béti, là vous vous trompez sur toute la ligne ! Après trente longues années de règne, il est évident que les autres tribus n’accepteront jamais qu’un autre frère du président arrive au pouvoir après lui.

Que pensez-vous de l’avènement du Sénat ?

Comme vous l’avez tantôt affirmé, j’ai moi-même essayé de devenir sénateur, juste pour m’amuser ! Mais une fois de plus, alors que j’avais espéré un retour de la balançoire, ma candidature a été rejetée. Je pense sincèrement que la mise sur pied de cette institution peut être salutaire en cas de vacance au sommet de l’Etat. A moins qu’elle ne serve de caution aux opérations mafieuses, le moment venu.

On parle de plus en plus de la création d’un poste de vice-président de la république, il se raconte d’ailleurs qu’un projet de loi serait même déjà ficelé pour les besoins de la cause…

S’il y’a un vice-président, c’est lui qui va remplacer le président de la république. Pour le moment, nous sommes encore là dans les conjectures et eu égard à ma rigueur scientifique, je n’aime pas accorder de crédit à la rumeur…

Professeur, n’oubliez pas que dans notre contexte, la rumeur est parfois la version informelle de la vérité, les stratèges du régime adorent bien les fameux ballons d’essai. Ceci étant dit, que pensez-vous de l’opposition Camerounaise ?

L’opposition Camerounaise est essoufflée…

Nous voulons parler de la nouvelle opposition incarnée par votre collègue, le professeur Maurice Kamto…

Le moment venu, le professeur Kamto aura fort à faire avec les rivalités de proximité qui ne le laisseront pas faire. N’oubliez pas aussi qu’il a cheminé avec le président Biya, il a été au gouvernement.

Professeur, mais on n’apprend pas à gouverner dans la rue…

Maurice Kamto est en grande partie populaire, parce qu’il a choisi de démissionner, mais je devrais vous assurer que le moment venu, il aura fort à faire avec ses frères qui ont longtemps cheminé avec le RDPC… et qui se sont fait beaucoup d’argent à travers ce parti.

L’un de nos précédents invités dans la grande interview, nous avait confié, parlant de la succession du président Biya que certains militaires projetaient d’assassiner des personnalités de premier plan, qu’en pensez-vous ?

En géopolitique, il faut tenir compte de tous les paramètres… mais je voudrais dire aux Camerounais qu’ils doivent éviter un format de succession qui puisse être explosif… si ces militaires projettent des assassinats, ça veut dire que le Cameroun va basculer dans une guerre civile et un chaos indescriptibles. Eu égard au degré de richesse et de puissance d’un certain nombre de nos compatriotes, je ne doute pas un seul instant que quelques uns, iront même jusqu’à louer des mercenaires, voire des armées d’autres pays du continent, pour qu’ils viennent combattre au Cameroun… je ne souhaite pas qu’on n’en arrive là. C’est la raison pour laquelle, j’ai solennellement interpellé mes frères, afin qu’ils puissent conjurer l’idée de polluer l’atmosphère, en se déclarant candidats à la succession de Paul Biya !

Que pensez-vous de la légalisation de l’homosexualité ?

L’homosexualité est une aberration ! Je ne comprends toujours pas, comment des êtres humains normaux, peuvent éviter la voie normale, celle de la procuration, pour emprunter la voie des déchets…

Qu’est-ce qui à votre avis peut bloquer la publication du gouvernement attendu, viendra t-il enfin de Mvomeka’a où Paul Biya s’est réfugié depuis quelques jours ?

Le président a eu raison de différer la publication de son gouvernement, on a vu vous les médias lui forcer la main, en allant jusqu’à lui donner des noms…

Revenons sur Charles Ateba Eyene, certains pensent que ses ouvrages n’avaient aucune valeur sur le plan scientifique, ils évoquent surtout le fait que le défunt n’avait publié chez aucun éditeur de renom…

Ateba Eyene était à la base un communicateur, il a écrit des livres un peu comme les journalistes écrivent sur Sarkozy Hollande, etc. Mais il venait d’intégrer le monde de la recherche… je crois surtout qu’avec les thèmes développés dans ses livres, tel que l’avant-dernier qui parle de la franc-maçonnerie il ne pouvait jamais avoir un éditeur, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a toujours opté pour l’autoédition.

Professeur, est-ce que ce n’est pas risqué pour les profanes que nous sommes, de s’attaquer à ces loges, la Franc-maçonnerie par exemple ?

Feu Omar Bongo m’a-t-on dit, affirmer ouvertement que quand, on n’est pas franc-maçon, quoiqu’on fasse; on est invisible. Je pense que ce sont des lobbies extrêmement puissants qui peuvent parfois recourir au meurtre. Déjà que, la Franc-maçonnerie pratiquée en occident est bien différente de celle pratiquée sous les tropiques.

 

 

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