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Interview exclusive – Abba Aboubakar (Homme politique): « J’ai décidé de rejoindre le parti du président Paul Biya, le RDPC »

Interview exclusive – Abba Aboubakar (Homme politique): « J’ai décidé de rejoindre le parti du président Paul Biya, le RDPC »

Président fondateur de la révolution Camerounaise du peuple uni (RCPU), ancien coordonnateur de la convergence sociale pour le développement, Abba Aboubakar  avait dans une correspondance publiée  en octobre 2012, invité Paul Biya à libérer le palais d’Etoudi.

 

Après plusieurs séjours dans les cellules de nos services spéciaux, l’homme politique qui dit avoir aujourd’hui rejoint les rangs du parti au pouvoir, a accordé une interview à bâtons rompus à Cameroon-Info.Net.

« Le grand nord n’est pas un bloc monolithique contrairement à ce que beaucoup pensent au Sud, il y a d’un côté les islamo-peulhs économiquement nanties et les pagno-chrétiens majoritairement pauvres. Les premiers qui se sont enrichis sous Ahidjo ainsi que sous le président Biya, ont tout intérêt à ce que les choses rentrent au Nord »

Bonjour Monsieur Abba Aboubakar, où êtes-vous passé depuis 2013, on vous a presque perdu de vue après la sommation que vous avez faite au président  Paul Biya de libérer le palais Etoudi, n’était-ce pas un coup de folie de votre part ?

Retenons pour ma première prise de parole que nous n’en sommes plus  là…

Que voulez-vous dire explicitement ?

Nous en reparlerons longuement au cours de cet entretien, ne soyez pas pressé, ne mettons pas la charrue avant les bœufs.

C’est comme vous voudrez… Mais à l’ouverture de notre entrevue, nous avons la tradition de demander à notre invité de décliner son identité, ceci étant, nous ne dérogerons pas à la règle aujourd’hui…

(Rires) Monsieur Yves Ngangue, je suis d’ailleurs l’un des fidèles lecteurs de vos interviews sur Cameroon-info.net… Ceci étant rappelé, permettez-moi de vous dire que je m’appelle Abba Aboubakar ou Abba Samuel puisque je suis chrétien, né le 26 Juin 1970  à Ngaoundéré  de feu Hamoa Hamadou Philippe qui était fonctionnaire des Eaux et Forêts, et d’Aïssatou qui est encore en vie. Je suis originaire du département du Ndjerem, région de l’Adamaoua.  J’ai fait mes études primaires à Ngaoundal, le collège à  Tibati et j’ai par la suite intégré la défunte BIAO où je fus chef de service informatique à l’agence de Ngaoundéré. En 1992, J’ai donc démissionné de cette banque pour créer la révolution Camerounaise du peuple uni (RCPU).

Il me souvient que vous aviez dans un  passé récent séjourné dans les cellules de la DGRE, que s’était-il exactement passé ?

D’abord, c’est une méprise de votre part, attendez que j’apporte des clarifications pour dire que j’avais plutôt été arrêté et séquestré dans les cellules de la DST, direction de la surveillance du territoire. Les responsables de ce service de contre-espionnage m’accusaient de subversion, d’autant plus que j’en appelais au respect de la législation. Je demandais à ce que la loi sur la reprise des élections en cas de décès d’un député soit strictement respectée au cours de la législature 2007- 2013. C’est dans cette même optique que j’avais eu la prétention, entre guillemets,  de demander au président de la république Paul Biya, que j’accusais de parjure, de libérer le palais d’Etoudi.

N’était-ce pas un coup d’Etat avorté  ? Ça c’est donc un aveu d’échec !

Je ne pense pas, puisque j’ai eu plus tard l’impression que j’ai été suivi… Dans ma revendication, j’accusais le président Biya de parjure, parce qu’à l’époque, je considérais qu’il violait la loi en s’opposant à la mise sur pied des institutions prévues par notre loi fondamentale de 1996, je veux ici parler du Sénat, de la cour constitutionnelle, de la haute cour de justice et des conseils régionaux. Ces dysfonctionnements ont  depuis lors été corrigés.

Pensez-vous avoir eu raison aujourd’hui ?

C’est à vous de juger !  Le sénat existe, c’est un fait fragrant…

Mais le conseil constitutionnel et les conseils régionaux restent quand même toujours attendus…

Ne soyons pas pressés Yves ! François Mitterrand disait que laissons le temps au temps, cette maxime était valable pour la France, elle l’est aussi  pour le Cameroun. Rome ne s’est bâti en un jour.

Vous avez apparemment mis beaucoup d’eau dans votre vin, c’est très curieux, venant d’un opposant impénitent comme vous… il me souvient que vous aviez maintes fois été arrêté et séquestré, il nous revient même à l’esprit qu’il avait été dit que vous aviez été arrêté au Nigéria par nos services spéciaux…

C’est vrai ! Je n’ai d’ailleurs jamais pu retrouver mon équilibre psychologique, mon épouse et mes enfants ont été maintes fois traumatisés. Heureusement que mon épouse ne m’a pas quittée.  Les services secrets débarquaient chez moi chaque fois que ça leur chantaient. Le matin, à midi, voire à minuit.  J’ai été traqué, arrêté et gardé au secret plusieurs fois de suite… j’ai d’ailleurs eu à porter cette affaire devant le comité des droits de l’homme de l’union Africaine  où elle suit toujours son cours, malgré les multiples atermoiements.

Nous sommes un peu surpris, pourquoi n’avez-vous pas saisi les chancelleries occidentales pour une demande d’asile politique ?

Non ! Ce n’est pas mon genre, j’aime beaucoup le Cameroun, si un jour je mourrai se sera ici… à vos côtés, mais jamais ailleurs, puisque le combat, le vrai combat c’est ici au Cameroun.

Parlons maintenant d’un sujet brûlant, en tant que ressortissant du grand nord, pensez-vous qu’il existe un Boko Haram Camerounais ?

Effectivement ! Il existe un Boko Haram Camerounais, je sais de quoi je parle, d’autant plus que ce Boko Haram tire ses racines du changement intervenu à la tête de l’Etat  le 06 novembre 1982.

Est-ce qu’il n’y a pas amalgame…Boko Haram à ce que je sache est un mouvement obscurantiste (Nigérian) qui s’oppose à la civilisation occidentale

Je ne voudrais pas réveiller les vieux démons ni remuer le couteau dans  la plaie, mais je fais un lien entre les évènements du 6 Avril 1984 et ce Boko Haram  Camerounais dont je fais ici allusion.  

Il y a un an, Jeune Afrique  le magazine panafricain paraissant à Paris faisait état de l’enlèvement et de l’exécution de Guérandi  Goulongo Mbara, l’ex capitaine de l’ancienne garde présidentielle,  par les agents de la DGRE qu’en pensez vous ?

Il ne m’appartient pas de commenter l’enlèvement,  l’exécution ou non  de ce compatriote par les services spéciaux de notre pays. Je n’ai pas suffisamment de faits ni d’éléments pour apprécier. Toutefois, au lieu de faire de vaines spéculations sur ce cas là, il faut réaffirmer ici que c’est à la famille de Guérandi de réclamer la vérité.

Mais Guérandi est un Camerounais comme un autre, de notre point de vue et puisqu’il est une personnalité publique, ce dernier n’appartient plus à sa seule famille nucléaire…Parlant de votre cas, il nous souvient que les médias et les ONG s’étaient mobilisés pour réclamer votre libération…lorsque votre épouse avait lancé son fameux cri de détresse en 2011

Mon cas et le sien ne sont pas comparables, moi contrairement à Guérandi je réside officiellement au Cameroun… Lui il résidait m’a-t-on dit, tantôt à Ouagadougou, parfois même à Paris. Lorsque j’avais donc disparu, il est clair qu’il n’y a que le gouvernement qui pouvait m’avoir enlevé. Je ne veux pas confirmer ni infirmer les allégations de Jeune Afrique, parce que  les tenants et les aboutissants de cette affaire m’échappent.

Parlons  sans détour, pensez-vous que Guérandi Mbara soit mort ou gardé au secret ?

Je dis et je maintiens qu’il appartient à la famille de Guérandi de revendiquer, je ne voudrai pas m’aventurer sur un terrain glissant d’autant plus que je ne maîtrise pas les contours de cette affaire. S’il vous plaît, souffrez que je ne me prononce plus dessus.

Revenons encore sur le rapprochement que vous avez fait tout à l’heure sur le Boko Haram Nigérian, celui d’Aboubakar Shekau et sur le Boko Haram du Cameroun qui reste sans véritable visage… ni tête de proue

Pourquoi vous entêtez-vous à me faire dire ce que vous voulez entendre ! Il y a un Boko Haram Camerounais, je l’assume…

Le but de notre rubrique étant d’éclairer la lanterne de l’opinion, donnez-nous donc les noms des responsables du Boko Haram Camerounais…

Je suis de plus en plus solidaire avec le président Paul Biya pour éradiquer cette secte pernicieuse. Laissez-moi aussi vous rappeler que Boko Haram, contrairement à ce que quelques uns pensent est une idéologie, un courant de pensés qui a pour pivot la reconquête du pouvoir par le grand nord.

C’est très superficiel comme réponse…

Figurez-vous que je n’invente pas les réponses, je réponds à vos questions

Reparlons donc du Boko Haram Camerounais…

Vous savez !  Le grand nord n’est pas un bloc monolithique contrairement à ce que beaucoup pensent au Sud, il y a d’un côté les islamo-peulhs économiquement nanties et les pagno-chrétiens majoritairement pauvres. Les premiers qui se sont enrichis sous Ahidjo ainsi que sous le président Biya, ont tout intérêt à ce que les choses rentrent au Nord.

 

 

Qu’est-il advenu de la révolution Camerounaise du peuple uni (RCPU) votre parti politique, on n’en entend plus parler ?

Nous avons un conseiller municipal, mais le véritable problème par rapport au fonctionnement de la RCPU c’est que j’ai décidé de rejoindre le parti du président Paul Biya, le RDPC.

Pourquoi ce revirement à 180°, hier vous demandiez au président national du RDPC de quitter le palais d’Etoudi, aujourd’hui vous affirmez avoir rejoint les rangs de son parti, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ?

Décidément vous voyez le diable partout, qu’est-ce qui ne tourne pas rond lorsque je déclare avoir rejoint le RDPC…

C’est curieux et bizarre en même temps, il y a également une terrible coïncidence puisque que le RDPC procèdera dans les prochains jours au renouvellement de ses organes de base ou sommier politique, ça occulte mal un positionnement de votre part…

 Je ne suis pas entré au RDPC en vue de convoiter quoique ce soit, je ne suis candidat à rien. J’ai  plutôt à cœur d’accompagner la vision de développement de notre pays, impulsée par le président  Biya.

Abba Aboubakar accepterait-il d’entrer au gouvernement ?

Je n’en n’ai pas la prétention. Qui plus est, ça relève du pouvoir discrétionnaire du président de la république.

Les Camerounais tomberont des nues en  lisant votre interview, beaucoup auront la peine à vous croire, voulez-vous  ici confirmer  que vous n’avez  aucun calcul politique ?

Avec le déclenchement des opérations de renouvellement des organes de base du parti, je maintiens qu’il n’y a pas de dividendes politiques cachés. Je répète ici une fois de plus que je ne suis candidat à rien. Je  me mettrai en mouvement si toutefois, je suis missionné  par les instances dirigeantes de mon parti le RDPC.  

Pensez-vous que les Rdpcistes et leur président seront dupes au point de vous confier des missions sécrètes ?

Je vous laisse assumer la responsabilité de vos propos…

Dites-nous quelques mots sur la nomination des nouveaux généraux…

Je suis ravi de ces nominations car le moment a été bien choisi pour cela. C’est ici le lieu pour moi d’adresser mes félicitations aux heureux promus. Nous peuple Camerounais, sommes fiers de notre armée. Courage et bonne chance à ces valeureux officiers supérieurs !

Revenons maintenant sur la promotion de deux fils du grand nord au grade de général de brigade, tout d’abord Jacob Kodji qui est originaire du Mayo Tsanaga et  Bouba Dobekreo qui est un natif du Mayo Danay ?

Je me réjouis énormément de la  promotion de ces deux Généraux d’obédience pagno-chrétienne.

Abba Aboubakar est-il pour ou contre une éventuelle candidature de Paul Biya à la présidentielle de 2018 ?

Je ne trouve aucune objection ! Si le président Biya croit jouir de toutes ses capacités physiques pour se représenter en 2018 pourquoi pas ?

S’il vous était donné de faire un bilan à mi parcours du mandat des grandes réalisations, que diriez-vous ?

Malgré le climat de guerre et de terreur qui règne dans le grand nord, du fait des nombreuses exactions causées par cette secte diabolique Boko Haram, le mandat des grandes réalisations suit positivement son bonhomme de chemin. Nous voyons progressivement les barrages sortir de terre, mais aussi notre fameux port en eau profonde de Kribi.

Puisque vous rejoignez donc le RDPC, devrait-on conclure que le RCPU est mort de sa belle mort, c’est-à-dire dissout ?

Je ne m’intéresse plus au fonctionnement du parti, mais je maintiens que le RCPU a un conseiller municipal.

Etes-vous pour ou contre une éventuelle entrée d’Aminatou Ahidjo au gouvernement ?

Je pense que le retour d’Aminatou au Cameroun et surtout son adhésion au RDPC est une très bonne chose, cette situation a eu l’avantage de décrisper l’atmosphère et de réconcilier ces deux grandes familles de notre pays. J’apprécie énormément son initiative, car la division n’est appropriée pour le moment.

Est-ce que les propos de Germaine Ahidjo ne vous donnent pas tort, on se souvient encore de son « Je n’ai pas envoyé Aminatou à Yaoundé »

Je répéterai simplement que la division n’est appropriée pour le moment, il appartient aux Camerounais de tout bord de s’unir pour combattre Boko Haram.

Vous n’avez pas répondu à notre question tout à l’heure, pensez-vous qu’Aminatou Ahidjo diplômée en communication mérite un strapontin ministériel ?

Il ne m’appartient pas de porter ce type de jugement… c’est au président d’apprécier.

Dites-nous quelques mots sur l’opération épervier, opération de liquidation politique ou véritable opération d’assainissement des mœurs publiques ?

Nul ne peut applaudir des deux mains, ce fléau qui fait des ravages dans la société… Il faut de mon point de vue continuer à combattre la corruption.

Que pensez-vous du cas Marafa Hamidou Yaya que certaines chancelleries occidentales considèrent comme un prisonnier politique ?

Le cas Marafa ne fait pas exception, ce n’est pas parce qu’il fait le ramdam par voie de presse. Si la justice a estimé qu’il est coupable des faits de détournements, en tenons-nous à cela.

Dites-nous quelques mots sur le passage de Yaou Aïssatou au tribunal criminel spécial ?

Son cas n’est pas un cas spécial, puisque l’affaire est encore en instruction, permettez que je ne me prononce pas dessus.

Pour le mot de la fin, que pensez-vous de cette terrible citation de Charles Maurice Talleyrand de Périgord, le meilleur moyen de renverser un gouvernementc’est d’en faire partie

Le RDPC ce n’est pas le gouvernement Monsieur Yves Ngangue… Je pense que la nuance entre ces deux entités est très grande.

Mais vous pouvez d’abord intégrer le RDPC, pour ensuite vous retrouver au gouvernement…

Vous êtes responsable de vos propos et c’est vous qui le dites !

 

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