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Interview du Dr François-Xavier Ndzana Abanda, Coordonnateur du Collectif Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin (CRTNM)

Interview du Dr François-Xavier Ndzana Abanda, Coordonnateur du Collectif Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin (CRTNM)

À l’occasion de la commémoration du troisième anniversaire de la disparition de l’ingénieur camerounais Tchamba Ngassam Melvin au Congo-Brazzaville, le coordonateur du collectif « Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin » nous a accordé un entretien à bâtons rompus sur le sujet.

« Nous avions appris que cette société GTG Congo ne voyait pas pour la première fois, un de ses employés disparaître. Avec la disparition de Tchamba Ngassam Melvin, ils ont opté le déclarer mort rapidement pour clore l’affaire. Or, dans le code de la famille du Congo dans son article 117, alinéa 2, il est dit qu’il faudrait attendre au moins six mois sans signe de vie de la personne portée disparue pour aller en justice demander son jugement de décès. Dans le cas de Tchamba Ngassam Melvin, l’employeur n’a attendu qu’une quinzaine de jours pour aller demander son jugement de décès. »

A l’occasion de la commémoration du troisième anniversaire de la disparition de l’ingénieur camerounais Tchamba Ngassam Melvin au Congo-Brazzaville, le coordonateur du collectif « Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin » nous a accordé un entretien à bâtons rompus sur le sujet.

Monsieur Le Coordonnateur du Collectif Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin, pouvez-vous nous dire qui est Tchamba Ngassam Melvin?

Tchamba Ngassam Melvin est un jeune ingénieur des Eaux, Forêts et Chasses de nationalité camerounaise. Il est diplômé de la faculté d’agronomie et des sciences agricoles de l’Université de Dschang au Cameroun. Il termine ses études à l’Université de Dschang en 2007.

Dans quelle structure travaillait-il?

Tchamba Ngassam Melvin commence à travailler dans la Société Geospatial Technology Group Cameroun. Une société qui a ses bureaux à Yaoundé (quartier Tsinga-Immeuble Oncle Kougang). Il est engagé comme aménagiste et travaille jusqu’en avril 2010. La société commençant à avoir des problèmes, certains employés sont obligés de voir leurs contrats rompus. D’autres plus chanceux, voient leurs contrats prolongés et sont mutés. Geospatial Technology Group possédant des succursales dans d’autres pays comme le Congo Brazzaville, Tchamba Ngassam Melvin, va se voir «affecté» au Congo Brazzaville à Pointe Noire. Il y arrive en septembre 2010. Il est alors titulaire d’un contrat de travail signé le 02 octobre 2010. Il commence à travailler. Et par chance (on ne sait vraiment pas, si s’en est une), peut être pour lui, le gérant de GTG Congo, Tiotsop Alain Bernard, ingénieur forestier comme lui, est un compatriote et de surcroît sorti de la même école à savoir, la Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (Fasa). Jusque là, tout va bien pour Tchamba Ngassam Melvin, qui séjourne à Pointe Noire durant six mois pour son travail.

 

 

Que se passe t-il donc par la suite?

Dans le cadre de la formation du personnel et du suivi et évaluation des travaux, Melvin et l’un de ses collègues ont été mis en mission de service le 06 avril 2011 pour d’une part, former l’opérateur de saisie de la cellule d’aménagement d’Asia Congo sur les techniques d’utilisation du logiciel de traitement des données d’inventaires forestiers développé par GTG Congo, et d’autre part, pour effectuer des contrôles de qualité des travaux d’inventaire multiressources en cours dans l’UFE Mpoukou-Ogoué dont Taman Industries est attributaire. Un domaine dans lequel Melvin était un des meilleurs spécialistes de la sous-région Afrique Centrale.

Après la formation de l’Opérateur de saisie à Dolisie, ceux-ci ont poursuivi leur mission à Zanaga, qu’ils ont pu atteindre entre 19h30 et 20h. Pouvez-vous nous donner la composition exacte de la mission conduite par Tchamba Ngassam Melvin?

La mission était composée de: Tchamba Ngassam Melvin (chef de mission); Wankeu Nyamsi Achille Steeve (Ingénieur camerounais des Eaux, Forêts et Chasses, sorti de la Fasa); Moussounda Denis (Chauffeur).

Quels sont les collègues qui accueillent la mission à Zanaga?

L’équipe est accueillie par leurs collègues qui séjournent déjà depuis un bon bout de temps à Zanaga. Il s’agit de: Nonga Mfossi Alain Prosper (Ingénieur camerounais des Eaux, Forêts et Chasses, sorti de la Fasa); Tetuh Elvis Tendong (Technicien supérieur des Eaux, Forêts et Chasses, diplômé de l’École des Eaux et Forêts de Mbalmayo); Kibongui Edouard (de nationalité congolaise).

Que se passe-t-il par la suite?

Après l’accueil des nouveaux venus, une conversation est engagée sur l’objectif de la mission qui portait sur le contrôle des travaux, puis sur des divers (nouvelles familiales et de santé). Cette conversation s’est déroulée autour d’un plat préalablement servi par la cuisinière Kambassana Kiminou Nicole de nationalité congolaise. En raison du nombre insuffisant de chambres, les nouveaux venus sont installés dans les chambres des hôtes, dans lesquels ils doivent partager les lits. C’est ainsi que Moussounda passera la nuit avec Kibongui Edouard, Wankeu Nyamsi Achille Steeve avec Nonga Mfossi Alain Prosper. Tchamba Ngassam Melvin, quant à lui, passera la nuit avec Tetuh Tendong Elvis. Eu égard à la fatigue du voyage, les arrivants se couchent tôt. Cependant, Nonga et Wankeu, sortent pour se distraire sur le site de la télévision publique situé en face du marché commun de Zanaga. De retour, chacun rejoint sa chambre. Tchamba Ngassam Melvin qui s’était endormi se réveille à l’arrivée de Tetuh Tendong Elvis. Une conversation anodine est engagée entre les deux collègues. Melvin qui ne connait pas les lieux demande où se trouve les toilettes à Elvis Tetuh. Ce qu’Elvis s’empresse de lui montrer. Ils rentrent tous dans la chambre par la suite. Selon lui, Tchamba Ngassam Melvin après ce premier tour, sortira encore 2 à 3 fois pour faire un tour dehors. Il dit qu’il ne sait pas si c’était pour les mêmes besoins. Toujours est-il qu’Elvis s’endort. A son réveil, à 3h40 du matin, il constate que Melvin n’est pas sur son lit. A moitié endormi selon ses dires, il se dit que Melvin est une fois de plus allé se mettre à l’aise, d’autant plus que la porte est entrouverte. Tetuh Elvis se rendort. Mais, à son réveil à six heures, il constate que Tchamba Ngassam Melvin n’est toujours pas sur son lit. Commence alors son inquiétude. Il va dans les chambres voisines pour voir s’il est allé terminer de passer sa nuit par là, mais, non. Tchamba Ngassam Melvin n’est pas là. Tous les collègues alertés, pensent alors qu’il serait allé faire du footing ou de la marche. Ils se ravisent cependant. Il ne pouvait aller faire du sport en babouche. C’est ainsi que l’alerte de la disparition de Melvin est donnée. Ainsi disparaît sans trace, l’ingénieur forestier Tchamba Ngassam Melvin à Zanaga. Une localité dont il foulait le sol pourtant, pour la première fois de sa vie.

Monsieur le Coordonnateur, on dirait un compte de fée!

Ah oui, malheureusement, ce sont des faits!

 

 

 

Quelles démarches avez-vous entreprises auprès des autorités camerounaises depuis la disparition de notre compatriote au Congo?

Tchamba Ngassam Melvin est porté disparu depuis le 8 avril 2011 à Zanaga (district du département de la Lékoumou) au Congo Brazzaville. Aussitôt sa disparition signalée, les autorités consulaires camerounaises au Congo Brazzaville ont été informées. Deux jours après, elles saisissaient la justice congolaise par l’intermédiaire du Procureur général de la Cour d’Appel de Pointe Noire, localité dont dépendait Zanaga judiciairement. Le Collectif Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin (CRTNM) rentre en jeu, au retour de ses parents de leur séjour infructueux au Congo Brazzaville en mai 2011. Le CRTNM commence à travailler sur la médiatisation de cette mystérieuse disparition dont personne ne parle. Ainsi, les médias nationaux et internationaux sont abordés et saisis, sans oublier la presse congolaise. Le CRTNM se rend vite compte que l’employeur de notre compatriote Geospatial Technology Group Congo (GTGC) n’a fait aucun effort dans ce sens, pour rendre cette mystérieuse disparition visible dans les médias congolais. Bien évidemment, cela était à dessein. Le CRTNM va s’employer par la suite à faire du lobbying. C’est ainsi, qu’on rencontrera le Délégué général à la Sûreté nationale du Cameroun,Martin Mbarga Nguelé . La famille et le CRTNM seront reçus par le DGSN en novembre 2011. Ce lobbying se poursuivra avec les responsables du ministère des Relations extérieures, le ministre n’étant pas facile à rencontrer. Ainsi, au moins six correspondances seront adressées à l’endroit du ministre des Relations extérieures. La dernière correspondance adressée le 13 mai 2013, relevait les zones d’ombre et les violations du code de la famille du Congo Brazzaville par l’employeur de Tchamba Ngassam Melvin, GTG Congo. Nous avions saisi la Commission Nationale des Droits de l’Hommes et des Libertés (CNDHL). A cet effet, son Président, Dr Chemuta Banda nous a accordé une audience en juin 2013. Il faut dire que la CNDHL a pris position pour une reprise des enquêtes au Congo, en demandant au ministre des Relations extérieures de suivre ce dossier. C’est vrai que le CRTNM a du attendre plus de six mois, pour que la CNDHL prenne enfin position. C’était d’ailleurs la seconde correspondance adressée à cette institution. Ce qui est vraiment très long en termes de délai d’action. Le CRTNM a saisi aussi le ministère de la Justice. Le dossier transmis au département des Affaires criminelles et des Grâces, suit encore son cours. Avouez, que cela ne va pas vite! La Police judiciaire a été également saisie. Au début, celle-ci nous avait fait comprendre qu’elle ne pouvait pas agir, compte tenu de l’extraterritorialité de l’affaire. Ils étaient cependant, prêts à auditionner des témoins ayant vécu cette affaire et se trouvant en terre camerounaise. C’est ainsi que le nommé Nonga Mfossi Alain Prosper, présent lors de la disparition de Melvin a été auditionné. Deux autres Camerounais présents lors de la disparition ne travaillant plus pour GTG Congo seront également auditionnés dans les semaines à venir. Je reviendrais plus loin sur le rôle trouble des compatriotes travaillant à GTG Congo dans cette mystérieuse disparition. Interpol, bureau du Cameroun a également été saisi. Nous avions aussi pensé que le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique pouvait être saisi. Ce qui a été fait. Mais, nous n’avons pas eu de suite. Nous sommes d’ailleurs en ce moment entrain de chercher à obtenir une audience chez le ministre en charge de cette jeunesse. Nous pensons que ce dernier pourrait aider le CRTNM a plaidé la cause de la reprise des enquêtes au Congo. Le Conseil national de la Jeunesse a également été saisi. Nous pensions effectivement, que cette mystérieuse disparition d’un compatriote au Congo, lui donnait ainsi l’occasion de défendre la jeunesse, mais, nous continuons d’attendre leur réponse. Il aurait été tout à fait normal, que par un communiqué officiel, son Président prenne position pour dénoncer cette mystérieuse disparition d’un jeune compatriote au Congo Brazzaville.

Que vous a dit le ministre des Relations extérieures ?

C’est vrai que je ne suis pas un spécialiste du langage diplomatique. Je vous laisse plutôt, apprécier la réponse du Minrex en date du 26 juin 2013:

«Monsieur le Coordonnateur,

J’ai l’honneur d’accuser réception de votre lettre de référence et d’objet en marge. De source crédible relayée par nos Services Extérieurs, les autorités congolaises compétentes auront fait montre de bonne foi tout au long des procédures de recherche de notre compatriote Tchamba Ngassam Melvin depuis sa disparition en 2011.

Cependant et à toute fins utiles, votre requête en sollicitation d’intervention a été transmise à l’Ambassade du Cameroun au Congo Brazzaville.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Coordonnateur, l’expression de ma parfaite considération ».

A mon tour, de vous poser la question, que pensez-vous de cette réponse?

Et pourtant, le code de la famille du Congo Brazzaville est très clair. L’article 117 alinéa 2, dispose que si une personne est portée disparue, il faut attendre six mois sans nouvelle de celle-ci pour aller en justice demander son jugement de décès. Or, dans le cas de Tchamba Ngassam Melvin, son employeur, après à peine une dizaine de jours, est allé en justice demandé le jugement de décès. Ce qu’il a d’ailleurs obtenu. Les articles 109 à 115 du code de la famille du Congo Brazzaville, sont plus sévères. Ils disposent qu’il faudrait attendre au moins deux années sans nouvelle de la personne portée disparue, pour la déclarer décédée. Et dire donc que les autorités congolaises ont agi de bonne foi, nous laisse perplexes et songeurs. Je dirais même dans un courroux indescriptible. Mais, comme je vous l’ai dit plus haut, je ne suis pas un spécialiste du langage diplomatique. Il est fort probable que je sois donc complètement hors de la plaque.

 

 

 

Au niveau du Congo Brazzaville, qu’est ce qui a été fait jusqu’ici ?

Les autorités congolaises ont été aussi saisies à savoir : le ministre des Affaires étrangères et de la Francophonie; le ministère de la Justice et des Droits humains; les autorités consulaires congolaises en France.

L’ambassadrice du Congo Brazzaville au Cameroun, Gisèle Bouanga Kalou nous a accordé une audience en juin 2013. Elle nous a rassuré que le gouvernement congolais poursuivait les enquêtes pour déceler la vérité sur cette mystérieuse disparition. Nous pensons repasser dans les tous prochains jours du mois de mars, demander le compte rendu de ces enquêtes. Nous avons aussi saisi les organisations non gouvernementales des Droits de l’Homme du Congo, ainsi que la société civile. Notamment:

l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH); le Comité National des Droits de l’Homme (CONADHO), la Rencontre pour la Paix et les droits de l’Homme (RPDH), les leaders des partis politiques du Congo Brazzaville ont aussi été contactés, tant ceux résident au Congo, que ceux de la diaspora. Très souvent, leur réponse a été qu’ils ne souhaitaient pas se mêler à cette mystérieuse affaire. Le CRTNM a organisé une campagne sur les profils des hautes personnalités congolaises sur les réseaux sociaux. C’est ainsi que des centaines de messages ont été déposés sur les pages Facebook du Président Sassou Nguesso, de sa conseillère en communication, Claudia Sassou Nguesso. Cependant, nous n’avons jamais eu de suite.

Comment êtes-vous arrivé à la tête du Collectif Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin?

Tchamba Ngassam Melvin disparait au Congo Brazzaville pendant que je suis mes études doctorales à Toulouse en France. Je ne le connais pas et je ne l’ai jamais rencontré de ma vie. Je ne connais non plus aucun membre de sa famille. Il se trouve que je suis à cette période, coordonnateur du Réseau Fasa Alumni, entendez par là, le réseau des diplômés de la Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l’Université de Dschang au Cameroun; un réseau professionnel qui compte huit cent Ingénieurs Agronomes et Forestiers, soit les 3/5 du potentiel diplômé de cette faculté depuis 1999. On se situe ainsi avec la réforme universitaire de l’année 1993. Le réseau Fasa Alumni ayant pour mission de faciliter l’employabilité de ses membres et, naturellement aussi, la défense des intérêts de ces derniers, lorsque ceux-ci sont menacés. Vous comprenez ainsi que le CRTNM s’appuie beaucoup sur le socle du Réseau Fasa Alumni. Ne voulant pas restreindre la cause Tchamba Ngassam Melvin au Réseau Fasa Alumni, nous avions préféré mettre sur pied le Collectif Retrouvez Tchamba Ngassam Melvin. Ainsi, cela permettait à ceux qui n’appartiennent pas au réseau de défendre la cause Tchamba Ngassam Melvin. Je dois d’ailleurs vous dire, qu’il y a de nombreux non Camerounais qui sont membres du CRTNM. De part mon engagement et les actions menées, je suis donc devenu naturellement coordonnateur de ce collectif. Je dois ajouter que je l’étais déjà étant hors du pays.

Que comptez-vous faire à l’occasion du 3ème anniversaire de la disparition de notre compatriote?

Une fois de plus, nous comptons informer à nouveau, l’opinion nationale et internationale de cette disparition mystérieuse de notre compatriote au Congo Brazzaville. Une disparition qui reste toujours inconnue pour le grand public. Nous comptons à nouveau, saisir les autorités camerounaises et congolaises pour demander une reprise des enquêtes au Congo Brazzaville. Nous pensons aussi faire une marche pacifique au niveau de l’ambassade du Congo Brazzaville au Cameroun pour manifester notre courroux de ne pas voir les enquêtes reprendre. Une conférence de presse sera organisée aussi à cet effet. Il faut dire qu’une première avait déjà été organisée le 08 septembre 2011 à Yaoundé. Nous comptons sur le fait que dans un souci patriotique, les médias camerounais puissent faire un large écho de cette triste commémoration du troisième anniversaire de la disparition de notre compatriote. C’est d’ailleurs aussi l’occasion ici pour moi, de dire merci aux médias camerounais qui nous ont beaucoup aidé dans ce combat depuis trois années. Avec ce troisième triste anniversaire, nous pensons qu’il serait temps que notre gouvernement puisse enfin, par un communiqué officiel, informer le peuple camerounais, que nous avons un jeune ingénieur forestier Camerounais au nom de Tchamba Ngassam Melvin, qui est porté disparu mystérieusement au Congo Brazzaville depuis 36 mois. Nous ne pensons pas que cela soit trop demandé à notre gouvernement!

Avez-vous rencontré la société civile camerounaise?

La société civile a aussi été approchée par le CRTNM. Au cours d’une assemblée générale extraordinaire organisée à Bafoussam, le 02 août 2013, la société civile à travers sa plate forme PLANOSCAM, a pris une position officielle demandant la reprise des enquêtes au Congo Brazzaville. Vous pouvez lire en bas de page, le lien de leur déclaration. Je profite d’ailleurs aussi de cette tribune, pour leur dire merci, notamment à sa Présidente nationale, Christine Andela. Il faut dire la Commission indépendante Contre la Corruption et la Discrimination (COMICODI) a beaucoup œuvré également aux côtés du CRTNM pour la manifestation de la vérité de cette disparition. Je ne saurais compter toutes les correspondances que son Président (Médiateur universel) a initiées. Je profite une fois de plus de cette tribune, pour dire merci à son Président, le Dr Shanda Tomne Jean Claude.

Avez-vous rencontré les leaders politiques Camerounais?

Nous pensions que personne n’était de trop, pour rendre visible la cause Tchamba Ngassam Melvin. Les leaders politiques et les élus du peuple ont été approchés indépendamment des chapelles politiques. Mais, les résultats restent mitigés.

Et les autorités traditionnelles, n’avez-vous pas pensé qu’elles pouvaient jouer un rôle important?

Les autorités traditionnelles n’ont pas été oubliées dans notre quête à plaider la cause Tchamba Ngassam Melvin. C’est ainsi que nous avions effectué une tournée dans la région Ouest Cameroun aux mois d’août et septembre 2013, pour rencontrer certains Chefs traditionnels. Nous avions commencé, naturellement, par le Chef Supérieur Bangoulap, Sa Majesté Jean Marie Yonkeu Kuika, qui est le Roi dont fait parti le village de Tchamba Ngassam. Il nous a beaucoup aidé dans les démarches traditionnelles, mais aussi à rencontrer d’autres chefs traditionnels. Sa Majesté Jean Philippe Rameau Sokoudjou, Roi des Bamendjou a été aussi sensibilisé pour la cause. De même que nous avons rencontré le Chef Supérieur Bangangté, Sa Majesté Seidou Molluh Pokam. Nous nous sommes entretenus, avec d’autres Chefs traditionnels au téléphone. Nous ne saurions les citer tous. Il est d’ailleurs à rappeler que ce fut Sa Majesté Jean Marie Yonkeu Kuika qui a présidé le « Fund raising » tenu à Bafoussam le 8 novembre 2013. Nous lui disons encore merci pour sa disponibilité et sa sollicitude.

Avez-vous personnellement saisi le Président de la République?

Nous pensons qu’ayant saisi les Ministres des Relations extérieures, de la Justice, de la Jeunesse et le Président du SENAT, le Président de la République devrait être naturellement au courant! Nous avions néanmoins préparé dans ce sens une correspondance.

Il nous est revenu que la somme de six cent mille francs (600.000 Fcfa) avait été transférée à un Congolais qui affirmait être aux côtés de Tchamba Ngassam Melvin, l’avez-vous retrouvé?

Effectivement un monsieur s’était rapproché de la famille Tchamba quelques jours après sa disparition. Je pense une dizaine de jours. Après sa disparition Cette personne avait contacté Marlyse Carole Ngassam, la cadette de Melvin via internet (Messenger) et par téléphone par la suite. Il disait être un des geôliers de Tchamba Ngassam Melvin. Il s’était dit disposé à aider la famille Tchamba à faire évader leur fils pour le Cameroun. Il demandait alors une somme de six cent mille francs (600 000 Fcfa) pour organiser leur évasion. Cette somme pour lui, ne représentait pas le prix à payer, mais couvrait juste les frais leur permettant de s’évader. Le gros de sa récompense devait être fixée dès leur arrivée au Cameroun; car disait ce dernier, il n’était pas question pour lui de rentrer vivre au Congo Brazzaville, de peur d’être lyncher par ceux qui l’employaient. La famille échangeait donc avec lui à travers Marlyse Ngassam. Ainsi, une première somme de trois cent cinquante mille francs cfa (350 000 Fcfa) avait été expédiée via Express Union au Gabon. Il faut dire que le prétendu geôlier avait estimé envoyer une tierce personne déchargée l’argent à Libreville au Gabon, de peur de se faire arrêter. C’est ainsi qu’une dame, déchargea cette première avance. Par la suite la seconde tranche (deux cent cinquante mille francs, 250 000 Fcfa) fut envoyée par le même canal. La même dame déchargea une fois de plus. et après cela, la famille n’eût plus de nouvelles. Le prétendu geôlier leur ayant dit qu’on lui avait enlevé la garde de Melvin, ses employeurs trouvant que sa proximité avec lui s’était accrue. La famille n’eût plus de nouvelle par la suite. Vous comprenez aussi que ce fut un argent perdu! Était-ce un arnaqueur voulant seulement profiter du malheur de la famille Tchamba pour se faire de l’argent? Durant cette période, le CRTNM n’était pas encore entré en jeu. Nous aurions dit à la famille Tchamba d’informer la police si nous étions déjà en action. La famille et le CRTNM ont porté plainte au bureau Interpol du Cameroun à Yaoundé. Ayant les coordonnées de la dame ayant déchargée l’argent à Libreville au Gabon et celles du prétendu geôlier, le bureau d’Interpol du Cameroun a envoyé des requêtes au Congo Brazzaville et au Gabon afin de rechercher ces deux personnes. Malgré les nombreuses relances, ces deux pays n’ont jamais réagi aux sollicitations d’ Interpol Cameroun. On se demande bien, pourquoi?

La société Geospatial Technology Group Congo ne serait pas à son premier coup, parait-il… pouvez-vous nous dire quelques mots là-dessus?

Nous avions appris, d’après nos investigations, que cette société, GTG Congo, ne voyait pas pour la première fois, un de ses employés disparaître. Avec la disparition de Tchamba Ngassam Melvin, ils ont opté le déclarer mort rapidement pour clore l’affaire. Or, dans le code de la famille du Congo dans son article 117, alinéa 2, il est dit qu’il faudrait attendre au moins six mois sans signe de vie de la personne portée disparue pour aller en justice demander son jugement de décès. Dans le cas de Tchamba Ngassam Melvin, l’employeur n’a attendu qu’une quinzaine de jours pour aller demander son jugement de décès. Autre zone d’ombre, en octobre 2012, Tchamba François (père du porté disparu), a reçu un appel téléphonique de l’avocat de GTG Congo. Ce dernier lui demandait de se rendre au Congo Brazzaville afin, disait-il, de «signer des papiers attestant qu’il reconnaissait le décès de son fils», et que par la suite, «la Société GTG Congo verrait comment procéder à l’indemnisation au civil la famille». Le Collectif Retrouvez TCHAMBA NGASSAM Melvin, mis au courant de cette procédure, a demandé à la société GTG Congo de fournir des preuves du décès de Tchamba Ngassam Melvin, ce qui n’a pas été fait à ce jour. Naturellement, François Tchamba, ne s’est plus rendu au Congo Brazzaville. La Police judiciaire camerounaise travaillant actuellement sur certaines pistes, il ne me revient pas de relever au public toutes les hypothèses actuellement à vérifier.

Quelles relations entretenez-vous avec la famille de votre collègue?

Le CRTNM travaille main dans la main avec la famille Tchamba. Toutes les actions entreprises sont faites avec l’accord de la famille.

Votre Collectif ne doit-il pas se rendre au Congo pour tirer les choses au clair?

Effectivement, nous avons envisagé nous rendre au Congo Brazzaville pour voir de près ce qui s’est passé. Rencontrer des témoins ayant vécu de près ou de loin cette mystérieuse disparition. Mais, comme vous pouvez l’imaginer, le CRTNM n’a pas assez de moyens financiers. Ce sont ses membres qui cotisent pour permettre de faire un certain nombre choses. Je pense aux déplacements dans la ville de Yaoundé, hors de la région centre, le téléphone, les frais d’impression et les photocopies des documents. Nous sommes toujours prêts à nous rendre au Congo, si d’aventure des âmes de bonne volonté pouvaient financer ce déplacement. Si d’aventure, il y avait assez de moyens financiers, les avocats qui s’occupent de cette affaire Me Christopher Nveh Ndong (basé à Yaoundé) et Me MOTCHEBOUNG Yves Lucien (basé à Douala), devraient également se rendre au Congo Brazzaville.

Pourquoi n’avez-vous pas songé à engager des détectives privés?

L’envie est bel et bien là. Mais, nous sommes limités par les moyens financiers. De plus, nous pensons que c’est à l’État du Cameroun de prendre la défense de ses citoyens à l’extérieur du pays. L’État camerounais est ainsi à même d’être plus fort qu’un collectif pour demander à son homologue congolais, dans ce genre de situation, de faire reprendre les enquêtes. Au besoin, cette deuxième enquête devrait regrouper les forces d’intelligence des deux pays, comme cela se fait souvent dans ce genre de circonstances sous certains cieux.

Avec qui Tchamba Ngassam Melvin a t-il échangé pour la dernière fois? 

Dans le procès verbal et le rapport de la justice congolaise dont nous avons reçu des copies, il est dit que sa sœur cadette Marlyse Carole Ngassam était celle qui a échangé pour la dernière fois avec lui au téléphone. La société téléphonique MTN Congo dans son listing de la puce de Tchamba Ngassam Melvin, signale que cette communication a eu lieu à 00h18. Sa sœur cadette reconnaît effectivement qu’elle était en conversation avec son grand frère. Mais, à un moment, elle a senti comme si on avait arraché le téléphone à son grand frère subitement. Nous pensons que la piste de tous les appels effectués par Tchamba Ngassam au cours ces deux dernières nuits auraient pu servir à l’évolution de l’enquête. De même que les enquêteurs auraient pu aussi sortir les listings de tous les collègues qui étaient avec Tchamba Ngassam dans cette maison, où ils passèrent cette courte nuit! On aurait pu savoir avec qui ils avaient eu leurs conversations durant cette période. Dans des cas similaires, nous savons ce que ce genre d’éléments peut apporter dans la manifestation de la vérité. Nous espérons qu’avec la reprise des enquêtes, toutes ces pistes pourraient être exploitées.

Comment jugez-vous l’attitude du gouvernement camerounais?

Les autorités consulaires du Cameroun au Congo Brazzaville se sont impliquées au lendemain de cette disparition. Le 13 avril 2011, Le Premier Conseiller à l’ambassade du Cameroun (Monsieur Marc Antoine Batha), saisissait déjà officiellement le Procureur général de la Cour d’Appel de Pointe Noire. Par la suite, le dossier a été transmis à leur hiérarchie à Yaoundé. Cependant, nous pensons qu’il aurait fallu qu’une équipe spéciale soit montée pour une enquête de terrain en collaboration avec les autorités congolaises. Le gouvernement camerounais, comme c’est le cas dans d’autres pays en pareilles circonstances, ne donne pas de feedback à la famille sur ce qui se passe sur le terrain. Encore que nous ne savons pas si les enquêtes ont repris sur le terrain, car comme je vous l’ai dit, le gouvernement congolais, six mois après la disparition d’une personne sans nouvelle, la considère comme morte. Ce d’autant plus que l’employeur de notre compatriote s’est déployé à faire violer cet article et à obtenir un jugement de décès. Mais, pourquoi cette précipitation à obtenir un jugement de décès? C’est donc au gouvernement camerounais de faire relancer les enquêtes.

Qu’attendez-vous aujourd’hui, près de trois années après la disparition de Tchamba Ngassam Melvin?

Nous attendons que le gouvernement camerounais fasse pression sur son homologue congolais pour une reprise des enquêtes liées à cette mystérieuse disparition. Nous estimons que trop de zones d’ombres entourent la première enquête. Nous souhaitons que le gouvernement puisse réagir par un communiqué officiel signalant la disparition mystérieuse de ce compatriote au Congo Brazzaville par le journal officiel et les médias d’État (CRTV Radio et TV, Cameroon Tribune). Nous pensons que le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement a, là aussi, une occasion de faire un communiqué officiel. Nous espérons aussi, qu’il serait temps que la famille de Melvin et le CRTNM puissent être reçus au plus haut niveau de l’État pour porter cette mystérieuse disparition, à qui de droit.

Une pétition citoyenne a été mise en ligne depuis plus de dix mois, qu’en est-il exactement à ce jour?

Une pétition citoyenne a été effectivement mise en ligne depuis le 12 mars 2013. L’objectif était de recueillir cent mille signatures et de les donner aux Présidents congolais et camerounais afin qu’ils puissent permettre une réouverture des enquêtes au Congo. Naturellement, nous pensions que nous allions obtenir facilement les cent mille signatures en une semaine, comme cela se fait dans des cas pareils sous d’autres cieux. Mais, dix mois après, nous ne sommes qu’à mille trois cent (1300) signatures.

Ne pensez vous pas avoir surestimé vos possibilités d’atteindre facilement cent mille signatures? Les Camerounais n’ont pas encore l’habitude des pétitions et Internet n’est non plus à la portée de tous!

En fait, nous étions partis sur un calcul simple. Le réseau Fasa Alumni comptant huit cent membres inscrits, nous nous sommes dit que cela faisait déjà 800 signataires. Et sachant qu’un Ingénieur actif sur la toile, devrait avoir au moins dans son carnet d’adresses deux cent contacts. Nous avions pensé, que si ce dernier arrivait à convaincre le 1/4 de ses contacts, cela ferait 800 x 50, ce qui donne quarante mille signatures. Ajouté à cela, les autres aînés de la profession issus des anciennes écoles (INADER, ENSA), cela ferait encore 5000 signataires. Cette première projection faite, nous étions déjà à près de cinquante mille signatures. Et sachant que les autres compatriotes allaient signer, plus les non Camerounais, les cinquante mille autres signatures manquantes, allaient vite être atteintes. Hélas, dix mois après, nous ne sommes qu’à 1300 signatures. Nous espérons toutefois, qu’avec cette interview, par un sursaut d’orgueil, et les Camerounais et non Camerounais comprenant mieux ce qui se serait passé, signeront la pétition. Ainsi, nous attendons les cent mille signatures. C’est vrai que dix mille, vingt cinq mille signatures sont déjà, un chiffre intéressant montrant l’importance que les signataires accordent au problème posé.

Êtes-vous déçu de l’attitude du peuple camerounais face à ce drame ?

Je me dis que nous n’avons peut être pas bien communiqué pour présenter cette mystérieuse disparition au peuple camerounais. De plus, l’outil Internet que nécessite la signature de la pétition, n’est pas encore très courant pour le Camerounais moyen. C’est vrai que personnellement, depuis que je suis engagé dans ce combat sur la manifestation de la vérité, j’ai fait plus de quarante mille messages sur la toile. Nous espérons vivement que cette tribune que vous nous offrez aujourd’hui, permette de faire connaître ce drame que vit la famille Tchamba. Pour rappel, Tchamba Ngassam Melvin était marié et père de deux adorables filles. Elles sont âgées aujourd’hui de 3 et 5 ans. Celle âgée de trois ans n’a pas eu la joie de connaître son père, car, elle n’avait que trois mois, lorsque ce dernier est parti au Congo Brazzaville. C’est vous dire que nous devons penser à ces enfants et à cette jeune dame qui ne sait quoi dire à ces enfants, au moment où elles demandent les nouvelles de leur père.

Avez-vous une preuve de vie de notre compatriote porté disparu au Congo Brazzaville?

Jusqu’ici, nous n’avons malheureusement aucune preuve de vie de Tchamba Ngassam Melvin. Vous savez, s’il a été enlevé, son enlèvement n’a pas été revendiqué. Mais, il existe des enlèvements ou des séquestrations sans revendication. Il est possible que Tchamba Ngassam Melvin soit dans ce cas. Dans notre intime conviction, nous pensons qu’il aurait pu se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Cependant, nous espérons avoir un déclic qui pourrait surgir à tout moment. Un témoin ayant vu quelque chose pourrait toujours à un moment donné, suite au remord ou autre raison, faire part à la justice ou à la police de ce qu’il aurait vu dans cette mystérieuse disparition.

Monsieur le Coordonnateur du CRTNM, qu’est ce qui fonde votre engagement pour ce cas qu’on pourrait qualifier de cas désespéré?

Vous savez, il faudrait toujours avoir espoir dans ce genre de situation. Quelque soit ce qui est arrivé à ce compatriote, nous souhaitons savoir ce qui s’est passé exactement. Cela pourrait éviter d’autres drames.

Au suivi de cette affaire, ne pensez-vous pas déjà rédiger un livre pour mieux édifier le public ?

La rédaction d’un livre n’est pas la priorité du CRTNM en ce moment. Nous pensons plutôt consacrer tous nos efforts pour savoir exactement ce qui s’est passé dans la nuit du 7 au 8 avril 2011 à Zanaga au Congo Brazzaville. Une nuit au cours de laquelle, notre compatriote Tchamba Ngassam Melvin est porté disparu jusqu’à ce jour sans trace. Et pourtant, d’après les témoignages, aucun coup de feu n’a été entendu, ni même le rugissement d’un animal féroce. Cependant, si jamais, au bout de ce combat, nous venions à savoir la vérité sur ce drame, nous pourrions alors en ce moment, envisager de raconter tout ce récit dans un livre.

Votre dernier mot!

Je souhaite vivement que les enquêtes sur cette mystérieuse disparition au Congo Brazzaville, reprennent. Je souhaite aussi que nos compatriotes puissent signer cette pétition. Cela ne vous prend pas 20 secondes. Il suffit juste d’écrire votre adresse mail, votre pays de résidence et votre nom.

Le nombre de signataires élevé devrait quand même montrer que les Camerounais tiennent à cœur de faire la lumière sur cette affaire.