Interview de Fabien Assigana, Ingénieur mécanicien, pilote de ligne et homme politique

« Paul Biya est sénile et pris en otage de manière indirecte par son propre système… nous courons tout droit vers le syndrome Bourguiba au Cameroun. Ce Monsieur est mort en pensant qu’il était toujours le président de la Tunisie alors qu’il ne l’était plus depuis longtemps. »

Ingénieur mécanicien, pilote de ligne et homme politique, Fabien Assigana a le CV riche, étoffé et long comme un bras… ancien cadre à la banque mondiale et au fonds Monétaire international, il a  également pendant quatre années, travaillé comme pilote de ligne à la PANAMERICAN AIRWAYS (PANAM). Rentré au Cameroun en 1996, notre invité s’est exercé dans diverses activités d’exploitation et de transformation du bois, avant de fonder son propre mouvement politique le MOREP (Mouvement Républicain). Recalé aux dernières présidentielles pour des raisons qu’il juge fantaisistes, Fabien Assigana fut surtout, l’un des founding fathers du MRC… dans lequel il est aujourd’hui, quoique membre du directoire,  quasiment  en dissidence. L’homme politique que nous avons rencontré  ce mardi après-midi,  à son domicile sis dans un quartier estudiantin de la ville de Yaoundé, s’est volontairement prêté à notre rituel.

Fabien Assigana existe-t-il un pan de votre vie que vous n’aimerez pas que nous abordons aujourd’hui ?

A priori aucun !


S’il vous était demandé de faire  votre auto portrait, que diriez-vous ?

Je dirais que je m’appelle ASSIGANA TSIMI Moïse Fabien, je suis né le  17 février 1952 à N’long Onambélé. Après des études primaires dans mon village, je me suis inscris au collège Libermann de Douala où j’ai obtenu un Baccalauréat D en 1971. Plus tard, je me suis envolé pour la Grande Bretagne où j’ai déposé mes valises à l’université de Liverpool.

Diplômé de cette grande école d’ingénierie mécanique en 1976, je me suis retrouvé à l’université du Maryland aux États-Unis où j’ai décroché un MBA en 1984. Je devrais également préciser ici qu’avant cela, c’est-à-dire en 1982, je suis passé par la MONTREAL  Flying school (CANADA) où j’ai obtenu un  titre de pilote commercial.

Vous avez donc apparemment des formations plurielles et un CV étoffé et aussi long qu’un bras ?

 Sans fausse modestie je pense que c’est  peut-être cela !

 

Parlez-nous un tout petit peu de votre passage au fond monétaire international(FMI) et à la banque mondiale (BM) à Washington DC, que faisiez-vous  très exactement  là-bas ?

A la banque mondiale, j’étais à l’International finance corporation (IFC) où je fus de 1990 à 1996 chargé d’étudier les projets. Bien avant cela, j’étais déjà passé par le fonds monétaire international (FMI) où j’ai servi de 1988 à 1990…

 

Peut-on donc parler de Fabien Assigana comme  un économiste chevronné ?

Non ! Je ne suis pas économiste…

Vous êtes quand même passé par deux des plus grandes institutions financières de la planète…

 C’est bien vrai ! Mais je ne suis pas économiste et il n’y a pas que des économistes qui travaillent dans ces institutions financières, vous pouvez le vérifier !


Dites-nous, étant pilote commercial de formation, pouvons-nous savoir où vous avez exercé à ce titre ?

Voilà une belle question, d’autant plus que j’ai travaillé pendant quatre ans à ma sortie d’école, comme pilote de ligne à la  PANAMERICAN AIRWAYS (PANAM). Comme vous êtes friand d’informations, je devrais peut-être aussi vous dire que j’ai pareillement travaillé en France,  plus précisément chez Dufieux SA  à Grenoble où j’étais chef de département des machines spéciales.

 

Quand êtes-vous retourné au Cameroun ?

Je suis retourné au Cameroun en 1996…


Parlons d’autre chose maintenant… du MRC par exemple, où en êtes-vous avec ce parti politique ?

 Avant de répondre à votre question, laissez-moi  vous rappeler que je suis l’un des membres fondateurs du MRC. Par ailleurs, il y a lieu ici de préciser qu’en tant que candidat du MOREP (Mouvement Républicain) j’ai été recalé aux présidentielles de 2011 à cause de la politique d’embuscade du RDPC. La raison évoquée pour m’écarter c’était qu’il manquait un document dans mon dossier. Que j’avais fait légaliser ma copie d’acte de naissance, à un endroit plutôt qu’à un autre. A l’époque, j’avais même aussi prouvé par A+B que la candidature de M. Biya était illégale… d’autant plus qu’un article du code électoral précisait qu’une candidature ne pouvait être présentée que par le candidat lui-même ou à défaut, par un cabinet d’avocats. Or, il se trouve qu’à l’élection d’octobre 2011, la candidature de Paul Biya avait été présentée par un certain René Emmanuel Sadi, en violation de la réglementation en vigueur. Lorsque j’ai porté l’affaire devant la cour suprême siégeant comme conseil constitutionnel. M Dipanda Mouellé avait à l’occasion souligné que mon recours ne pouvait aboutir, parce que ma candidature avait déjà été jugée irrecevable. Mais figurez-vous surtout qu’après cet incident, cet article avait purement et simplement été supprimé du code électoral. Au sortir de ce différend, je me suis donc  dit qu’il fallait mûrir une réflexion, afin que naisse un large regroupement de partis politiques au Cameroun. Après plusieurs tentatives de coalition avec quelques uns, je me suis rendu compte que certains promoteurs de partis politiques, considéraient leurs mouvements comme un champ de bananes. C’est ainsi que toutes les tentatives de rapprochement avec Ayah Abine, Garga Haman, Olivier  Bilé,  et les autres n’ont pas produits les fruits escomptés. Plus encore, il m’était même apparu que tous ces hommes politiques avaient un ego si surdimensionné que chacun d’entre eux ne venait que pour être président.

 

Dites-nous, Fabien Assigana comment est né le MRC ?

La parturition du MRC est un travail de longue haleine… la première personne que j’avais rencontrée avant la création du parti c’était Alain Fogué, qui était avant cela, le président du Mouvement Républicain Populaire (MRP).  Quand j’ai discuté de « coalition » avec lui pour la première fois, il m’a informé qu’il était déjà en contact avec le professeur Maurice Kamto qui partageait pleinement notre opinion. J’avais trouvé cela fantastique… et tous les trois, nous avons travaillé étroitement de façon à échafauder quelque chose. Au départ, nous nous sommes dit, connaissant les méthodes du régime de Yaoundé, que si le professeur Maurice Kamto voulait créer un parti politique, il lui serait très difficile d’obtenir toutes les autorisations nécessaires. Pour simplifier les choses, d’autant plus qu’on s’était dit que si nous allions tous au MOREP, il fallait que ce parti change de nom ; et que si c’était plutôt au Mouvement Républicain Populaire, il fallait que le MRP change également de nom ; nous avons donc en dernière option, décidé de créer un nouveau parti politique. Et eu égard que mon parti le MOREP, s’appelait déjà mouvement, j’ai choisi le mot mouvement, « M » comme devant être le premier mot, le professeur Maurice Kamto a insisté pour que le terme « Renaissance » soit retenu et Fogué a terminé en y ajoutant Cameroun… c’est donc ainsi qu’est né le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC).

 

Comment s’est donc déroulé la légalisation de ce nouveau parti politique, les responsables du ministère de l’administration territoriale savaient-ils que le MRC deviendrait le parti du professeur Maurice Kamto ?

(Rires) Non ! Nous avons joué de ruses, le nom de Maurice Kamto n’apparaissait nulle part dans les documents officiels. Il est clair que si nous l’avions fait figurer quelque part, le MRC n’aurait jamais pu être légalisé. D’ailleurs, lorsque l’information leur ai parvenu, il se faisait déjà tard. Il me souvient même qu’à l’époque, nous avons fait une conférence de presse dans le noir au Hilton Hôtel parce qu’il nous avait été demandé de vider les lieux.

 

Monsieur Assigana, pourquoi le professeur Kamto fait-il si peur au régime ?

Kamto fait assurément peur… au Cameroun on aime bien les rebelles. Kah Walla est devenue une bulle médiatique parce qu’elle a claqué la porte du SDF et Maurice Kamto parce qu’il a quitté le gouvernement. Je pense également qu’il faisait peur étant donné que le régime savait que dans le cadre de ses fonctions de ministre délégué à la justice, il avait sûrement eu accès à certains dossiers sensibles.

D’après les informations que nous avons eues, vous serez en très mauvais termes avec le professeur Kamto, il se dit qu’il vous aurait même viré du parti, le confirmez-vous ?

 Je n’ai aucun problème avec Maurice Kamto. Quand j’étais candidat à l’élection présidentielle de 2011 j’avais déjà dit que je n’avais aucun problème avec Paul Biya.

 

Ce n’est pas tout à fait la même chose… sinon pourquoi êtes-vous parti de votre poste de conseiller spécial du président du MRC ?

Quand nous avons crée le MRC, c’est moi-même qui l’avais proposé au poste de président, et par la même occasion j’avais été désigné vice-président. Plus tard, le professeur Kamto m’a proposé le poste de conseiller spécial que j’ai bien évidemment accepté. Dans nos textes, il était bien précisé que le président du MRC n’avait qu’un seul conseiller spécial et des conseillers. Mais il se trouve qu’à cette fonction je n’avais jamais été consulté, pas une seule fois. Plus grave, un jour alors que nous étions à la réunion du parti, on a appelé le conseiller spécial, j’ai cru que c’était moi mais à ma grande surprise quelqu’un d’autre s’est levé… à ce moment précis, j’ai décidé de rendre mon tablier de conseiller spécial et de redevenir un simple membre du directoire, l’équivalent du bureau politique dans le RDPC. En fait, je me suis dit qu’en quittant cette fonction où j’avais le droit de réserve, je recouvrirai ma liberté de ton et de conscience.

 

Pourquoi voulez-vous challenger le professeur Kamto  aux présidentielles de 2018, alors que vos textes disent qu’il est le candidat naturel du  MRC à cette élection ?

Les textes du parti ont été arbitrairement amendés… à l’origine, nous nous étions entendus que la désignation du candidat du parti à l’élection présidentielle passerait par les primaires. Après les dernières élections législatives et municipales, j’avais demandé la tenue d’une convention extraordinaire pour que nous puissions rectifier le tir, d’autant plus que quelques uns ont voulu transformer nos échecs en victoires. Cette convention allait aussi nous permettre de tirer les choses au clair. Le MRC est géré dans l’opacité la plus totale… lors des réunions  c’est l’improvisation permanente. Aucun ordre du jour n’est préalablement arrêté, c’est à quelques minutes de l’évènement que le professeur Kamto s’enferme pour griffonner quelque chose. Il faut faire de la programmation en politique, sur ce terrain là, rien ne se fait au hasard. C’est d’ailleurs à ce titre que j’avais initié des déjeuners politiques, ici chez-moi… un barbecue où avait assisté de nombreux responsables  de la société civile. Malheureusement, Maurice Kamto n’y était pas venu. Autre chose, avant le double scrutin législatif et municipal, j’avais demandé au Professeur de ne pas se présenter à Yaoundé, mais plutôt chez lui à Baham… qu’il gagnerait plus en crédibilité s’il obtenait un mandat émanant de son terroir. Il s’en était offusqué au point où il avait un de ces jours, allégué qu’il croyait désormais à ce qu’on lui avait dit sur moi, c’est-à-dire que j’étais une taupe du RDPC.

 

Voulez-vous donc confirmer votre décision de challenger le professeur ?

Malgré la modification des termes de l’article 24 des statuts de notre parti, je serai candidat aux primaires.

 

Vous ne pourrez tout de même pas être candidat à une compétition électorale qui n’existera pas, parce que le professeur Kamto est déjà le candidat naturel du MRC…

De quoi a-t-il peur ? Il sait pertinemment que je ne peux pas faire le poids face à lui, mais enfin ! Voyez-vous… le professeur Maurice Kamto est quelqu’un de très ombrageux, il veut exclure des rangs du parti, tous ceux qu’il soupçonne de convoiter son fauteuil. C’est très regrettable venant d’un universitaire de son calibre. De surcroit, il veut « Bahamiser » le parti. L’unique élu du MRC l’honorable Lazare Souop en fait d’ailleurs les frais. Ce député rapporte néanmoins quand même 15 millions de FCFA au MRC par an…


Voyons les choses autrement,  Fabien Assigana… depuis quelques mois, le professeur Maurice Kamto effectue une tournée en occident, nul doute que c’est dans la perspective des présidentielles de 2018, que pensez-vous de cette opération de charme ?

Kamto est parti en tournée avec son petit groupe… je n’en ai jamais été informé. Je l’ai appris par les médias comme tout le monde. A cause de lui, plusieurs de nos anciens camarades sont aujourd’hui partis… c’est le cas de notre ancien vice-président M. Djibril, un ex diplomate Camerounais à Tripoli dont le fils a été égorgé par Boko Haram. Puisque le parti ne l’avait  pas assisté,  après ces évènements douloureux,  il a décidé de claquer la porte.

Sortons maintenant du MRC pour parler d’autre chose, comment avez-vous perçu la visite éclair de François Hollande au Cameroun ?

Moi je dis ! Trop de bruits pour rien, c’est un non évènement. Voilà quelqu’un qui est président d’un pays et qui vient ici la nuit pour trois heures et on parle de signature de contrat. Je ne trahis pas un secret ici en affirmant que ces contrats avaient déjà été signés par l’Agence Française de développement. François Hollande voulait juste s’arrêter à l’aéroport, mais le régime l’a persuadé que compte tenu du sentiment anti Français qui règne au Cameroun, il ne fallait pas agir de la sorte. Quand d’aucuns disent qu’il a parlé des massacres à la Sanaga Maritime et au pays Bamiléké, c’est de la rigolade !

N’était-ce pas un fait  historique ?

Ce n’est pas pour cela que François Hollande est venu au Cameroun. Certains pensent qu’il serait plutôt venu libérer les 09 Français incarcérés au SED, ces personnes avaient été capturées par l’armée dans le grand Nord alors qu’elles combattaient aux côtés de Boko Haram. C’est aussi la raison pour laquelle, Hollande avait envoyé Fabius,   ensuite Cazneuve… n’est-ce pas aussi curieux que les armes de Boko Haram soient toutes Françaises ? Que Madame Robichon dise la vérité aux Camerounais…

Assigana mais la France a toujours été aux côtés du Cameroun dans cette guerre, elle nous a d’ailleurs toujours témoigné son soutien indéfectible…

Ne soyez pas naïf ! C’est de la poudre aux yeux…  la diplomatie disait Goldberg, c’est l’art de faire et dire les choses les plus vilaines de la manière la plus élégante. Boko Haram utilise les chars et les armes sophistiqués de fabrication Française.


En tant que Camerounais comment jugez-vous l’actuel gouvernement ?

Je fais de la politique pour apporter le changement. L’actuel gouvernement est une catastrophe pour la majorité des Camerounais qui voit leur pouvoir d’achat se dégrader de  jour en jours. Gabegie, mal gouvernance, détournements de deniers publics, enrichissement sauvage et incontrôlés sont quelques uns de ses sports favoris.


Qu’est-ce qui de votre point de vue, peut bloquer la publication du nouveau gouvernement ?

Paul Biya est sénile et pris en otage de manière indirecte par son propre système… nous courons tout droit vers le syndrome Bourguiba au Cameroun. Ce Monsieur est mort en pensant qu’il était toujours le président de la Tunisie alors qu’il ne l’était plus depuis longtemps.


Quand vous parlez de sénilité est-ce que vous n’en faites pas un peu trop, on l’a même vu cohérent et en super forme au cours de la conférence de presse qu’il a donnée avec son homologue Français…

Je garde encore à l’esprit cette image que des milliers de Camerounais n’ont pas probablement vue. Lorsque l’avion du président Français a atterri, Paul Biya avançait vers le tarmac pour l’accueillir, et  il a brusquement sursauté parce qu’un objet, se trouvait sur le sol juste devant lui…ce sont les inconvénients du  direct, mais cette image n’a plus jamais été diffusée. Dernièrement, il y a deux semaines de cela, un dimanche, on a mis les Camerounais à plat ventre parce que la voiture de M. Biya avait eu une crevaison non loin d’ici. Lorsque l’incident s’est produit alors qu’il se rendait à Mvomeka’a,  étant entendu que tout le monde est sorti pour le filmer, les gardes  armes aux poings ont intimé aux personnes présentes  de se coucher à plat ventre, faute de quoi elles  risquaient de se faire tirer dessus, c’est regrettable ! 


Dites-nous quelques mots sur la visite annoncée du président Buhari au Cameroun…

Je retiens en tant qu’observateur que lors de son discours d’investiture, M. Buhari n’a pas cité le  Cameroun au rang des pays qui subissaient les attaques de Boko Haram, ceci est symptomatique. Il y a également un précédent important, ce même Buhari était totalement opposé aux accords de green tree lorsque Obansajo était au pouvoir.