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Intellectuels camerounais, cessez-le-feu !

Intellectuels camerounais, cessez-le-feu !

« … au moment où on rêve de la relève, des leaders d’opinion qui semblent, chacun à sa manière et à son niveau, incarner la subversion du statu quo se livrent à des joutes épistolaires fratricides qui pour le moins inquiètent quant à la qualité de ladite relève… « 

Ils sont nombreux aujourd’hui les Camerounais qui déplorent l’emprise des vieux, voire des vieillards, sur la vie sociopolitique du Cameroun. Mais au moment où on rêve de la relève, des leaders d’opinion qui semblent, chacun à sa manière et à son niveau, incarner la subversion du statu quo se livrent à des joutes épistolaires fratricides qui pour le moins inquiètent quant à la qualité de ladite relève. Hier c’était Franklin Nyamsi et Calixte Beyala. Aujourd’hui, c’est Patrice Nganang et Mathias Owona Nguini. Au-delà de ces cas saillants la réalité est que les médias sociaux à dominance camerounaise, où l’éthique de la discussion est piétinée à volonté, nous livrent ce spectacle désolant au quotidien. Que viennent faire l’insulte et le dénigrement dans un débat entre intellectuels ? Comment passe-t-on si facilement d’une divergence de lectures des événements du quotidien camerounais (et quoi de plus normal pour des intellectuels !) à un dérapage épistolaire aussi violent ? Quels sont les enjeux d’une telle tendance à ce moment bien précis de l’histoire de notre pays. Je m’en mêle, en effet, parce que ces compatriotes sont de ma génération, celle qui doit assumer ses responsabilités pour la reconstruction du Cameroun.

Même si dans une certaine mesure on admire les intellectuels camerounais pour leurs capacités à s’approprier et à débattre de l’actualité politique à l’échelle continentale, -les ivoiriens s’en souviennent encore-, les dérapages comme celles qui opposent certains nos meilleurs leaders d’opinion de l’heure ne sont pas de nature à nous rassurer, non pas parce qu’ils n’ont pas droit à la divergence d’opinions, mais bien parce que le ton et le contenu font frémir. D’abord ils ne doivent pas oublier qu’il y a beaucoup de jeunes qui les prennent pour modèles et c’est une responsabilité qu’ils se doivent d’assumer avec crainte et tremblement. Dans un pays en perte de repères et en mal de modèles, c’est une grosse responsabilité. Ensuite, à l’allure où vont les choses, notre génération risque d’hériter des querelles et des démons des générations précédentes dont nous décrions la qualité de la gouvernance. Mais au fond, quelle est la véritable pomme de discorde ? Serait-ce la ligne de démarcation entre le bon grain et l’ivraie ? Le Cameroun aurait-il besoin d’une démarche de vérité et réconciliation sur des périodes violentes de son histoire récente, spécialement les années de braise marquées par les douleurs d’enfantement de notre démocratie avortée ? Le moins qu’on puisse dire est que ces querelles sont le symptôme d’un malaise qui n’augure pas d’une transition générationnelle apaisée.

Quant à l’hydre du tribalisme qui déchaine tant de passions et innerve les accusations et contre-accusations, quelle violence ? En définitive qui de nous est tribaliste et qui ne l’est pas ? Ce procès d’intentions qui ne saurait se substituer au tribunal de la conscience est une voie sans issue. Un intellectuel tribaliste n’a pas de sens, le tribalisme étant une maladie de l’esprit potentiellement homicide. Et quand on est universitaire en plus, on est d’office un artisan de l’universalité comme horizon de réconciliation de l’humanité en quête de vérité. Décidément, nous n’arrivons pas à nous défaire de cette grille de lecture ethnique qui empoisonne et menace toute tentative de synergie au Cameroun. Mais ne nous y trompons pas, si notre génération emprunte cette voie, elle n’aura rien à apporter au Cameroun. Elle risque même d’être pire que celle que la vieillesse et la mort contraignent aujourd’hui à lâcher progressivement la gestion de la cité au Cameroun.

Pire encore, cette polarisation sur fond de clivages ethnico-idéologiques fragilise les forces du changement que nous semblons incarner. L’opposition camerounaise en est morte. Finalement en nous dénigrant mutuellement nous jouons pour les forces de l’inertie que nous semblons combattre. Le Cameroun a besoin de tous ses enfants et c’est en nous donnant la main que nous arriverons à construire un autre Cameroun. Espérons que ces divergences n’incarnent que des tendances idéologico-politiques qui pourront meubler le débat politique dans un Cameroun démocratique que nous appelons de tous nos vœux, mais la forme et le fond ne sont pas citoyens. Alors chers compatriotes, c’est à genoux que je vous le demande, cessez-le-feu ! Que chacun à la mesure de ses talents apporte sa modeste pierre à l’édifice. La tâche est immense et il n’y a pas d’énergies à gaspiller dans les divisions. Le tribunal de l’histoire finit toujours par faire la part des choses entre le bon grain et l’ivraie, entre les héros et les imposteurs. En général, il ne se trompe pas.

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