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INSÉCURITÉ TRANSFRONTALIÈRE : L’enlisement de la menace Boko Haram

INSÉCURITÉ TRANSFRONTALIÈRE : L’enlisement de la menace Boko Haram

La nébuleuse que constitue la secte islamique qui frappe à l’improviste dans les régions septentrionales du pays et singulièrement dans l’Extrême Nord induit une menace sécuritaire réelle. Malgré la riposte gouvernementale, la subsistance des exactions et attaques de cette secte, remettent au goût du jour, la question de l’efficacité de nos forces de défense, mais aussi et surtout des stratégies implémentées pour altérer la portée des actes criminels de ladite secte.

Au commencement, notre pays n’était alors qu’une base de repli pour ladite secte soumise au feu nourri de l’armée nigériane. Si la porosité de nos frontières terrestres le lui permit, elle entreprit à défaut de se sédentariser, d’établir des relais opérationnels dans la partie septentrionale du pays. Et depuis lors, s’en suivirent des rapts itératifs pour alimenter les caisses de la secte, mais aussi et surtout asseoir son influence dans un territoire où la culture de la paix aura sclérosé les forces de défense en diluant conséquemment leur réactivité.

En effet, l’aisance avec laquelle ladite secte s’est lue sur le territoire nationale avant de susciter la réaction de nos autorités militaires, aura inéluctablement favorisé son ancrage au sein de nos populations mais aussi et surtout d’en appréhender au mieux, els motivations profondes. Dès lors, desservies que sont nos populations par la paupérisation ambiante, elles ont tôt fait de prêter le flanc aux activistes de ladite secte qui leur donnait l’occasion de sortir de leur désastreuse et plutôt déplorable situation.

Et même si au départ, il ne s’est point agi de se retourner contre le pouvoir ou de qui en tient lieu, le matraquage dogmatique et pire fanatique auquel ils furent soumis, finit par saper tout sentiment nationaliste pour susciter au contraire, une aversion à l’ordre établi sous le fallacieux motif de purifier des âmes perdues. Et quand bien même la religion s’accommode mal avec la violence, elle est exaltée comme le meilleurs recours pour convertir les «mécréants». Alimentant dès lors hantise et espoir de quelque amélioration des conditions de vie des populations, ladite secte a inéluctablement pris pied dans cette partie du territoire, aidée en cela par de nombreux faits aggravants.

1- Bataille de préséance indue

Alors qu’on se serait attendu à une concertation permanente entre divers services de renseignements, on observe au contraire une guéguerre entre ces derniers qui, chacun voudrait tirer partie de la situation en se prévalant d’avoir débusqué les antres des islamistes de Boko Haram. En somme, les chefs des différentes unités de nos forces de l’ordre ou de ce qui en tient lieu, se livrent à une guerre sous jacente exacerbée par une véritable animosité entre eux. Ainsi en est-il notamment de Maxime Eko Eko, le directeur général à la Recherche Extérieure (Dgre) et Edgar Alain Mebe Ngo’o, le ministre de la Défense (Mindef) ou encore du premier cité avec Martin Mbarga Nguelé, le Délégué Général à la Sûreté Nationale (Dgsn).

Suffisant pour comprendre comment les islamistes réussissent à passer entre les mailles du filet, forts certainement de la rétention indue des informations par chacun des chefs. Or, l’urgence générée par les actes criminels itératifs de la secte islamiste aurait dû leur dicter l’altération de leurs égos respectifs qui de surcroît mettent à mal l’indispensable coordination des opérations et plus encore de la stratégie globale de lutte. A preuve, celui commis pour ce faire, Paul Atanga Nji doit composer avec des susceptibilités intégrant par ailleurs de basses considérations ethno claniques, chacun des patrons voulant exclusivement s’appuyer sur les siens quand il n’oeuvre pas simplement à banaliser les actions de ses homologues des autres corps.

En somme, «Le Renseignement n’est plus partagé entre les différents chefs, qui se regardent désormais en chiens de faïence» tant les enjeux sous jacents à la lutte contre Boko Haram aguichent les appétits, l’opportunisme et l’exacerbation des ambitions des uns et des autres. Au final, ces querelles intestines sécrètent l’inertie et l’inefficacité. Pire, les coups bas entre chefs se multiplient et engendrent une suspicion permanente qui réfrène les initiatives. Des dysfonctionnements ainsi générés alimentent conséquemment un malaise dans les rangs. Surtout que l’opacité entourant la gestion des budgets mobilisés pour cette lutte qui se veut sans merci, n’est pas de mise.

Avec de tels ingrédients, on comprend pourquoi pour l’heure la secte islamiste continue de se mouvoir avec autant de facilité et de sérénité au point de contraindre nos forces de défense non plus à de véritables offensives stratégiques, mais bien plus à une simple réactivité explosive qui atteste de leur détermination à garantir notre intégrité territoriale coûte que vaille. Du coup, les exploits récents de nos forces armées sont loin d’être la résultante d’une exploitation minutieuse du renseignement préalable alors que dans le cas d’espèce, la lutte contre toute guérilla armée se gagne par le renseignement. Et quand à défaut d’en disposer par le canal des services de renseignements, l’étroite collaboration des populations devient le recours premier des forces de défense. Mais là également, le mutisme de ces dernières certainement mu par la peur des représailles, reste de mise.

2- Le rôle trouble des élites

En son temps, la bataille contre les coupeurs de route fut gagnée grâce à l’implication des chefs traditionnels locaux et notamment des élites qui «sont un maillon incontournable dans le renseignement ». Or, depuis l’avènement du phénomène Boko Haram, celles des régions septentrionales auront jusqu’à très récemment adopté un mutisme coupable, au point que leur subit activisme ayant conduit à la libération des religieux italiens et de la nonne canadienne s’assimile à un aveu de collusion avec l’ennemi. Auraient-elles été davantage emportées par leur cupidité, tant il est vrai que les négociations ou plus exactement la libération des otages était assujettie au versement d’importantes rançons ? Dans tous les cas, le peu d’intérêt dont elles firent montre jusqu’alors n’aura guère permis de circonscrire plus tôt la portée des actes criminels de la secte islamiste Boko Haram et à assurer conséquemment plus d’efficacité des à nos forces de défense sur le terrain. Plus grave est certainement la propension au racket des populations qui en rétorsion, prennent plutôt fait et cause de certains membres présumés de Boko Haram arguant fort à propos que les éléments de nos forces de défense véreux s’en mettent plein les poches à leur détriment. Sinon, comment penser que ladite secte ait réussi à faire libérer les siens alors incarcérés à Maroua, en réussissant par ailleurs à étaler sur le carreau certains de nos éléments des forces armées ?

A ce propos, nul n’ignore que l’attaque récente d’une brigade de gendarmerie résulte de la voracité financière du commandant de celleci qui exigeait 15 millions de F Cfa pour libérer un haut dignitaire de la secte. Et quand par extraordinaire quelque élite croit tenir le bout bon, il brouille les pistes et actionne seul les leviers pour obtenir quelque accalmie de la secte islamiste à défaut de la libération en grandes pompes de «pseudos otages» qu’on contrait au silence absolu quant au lieu de détention et même le descriptif des ravisseurs. C’est le cas e le dire, si l’on s’en tient au fait qu’aucun des otages libérés jusqu’ici n’a pu donner le portrait robot d’un des ravisseurs qu’ils auront portant côtoyé des dizaines de jours durant.

Peut-être se gardent-ils en réalité de trahir la collusion plus que plausible de leurs sauveteurs d’avec els ravisseurs ce qui établirait de manière nette la similitude entre les premiers et les seconds cités. Une éventualité pourtant mise en exergue par des «batailles» autour de l’argent mobilisé pour la libération des otages de Boko Haram dans les régions septentrionales. Mais loin d’explorer à fond cette piste, les chefs des différents services de renseignements ont délibérément choisi de la faire assimiler à une rumeur insidieuse. Mal leur en a pris, tant il est vrai que le Chef de l’Etat est désormais convaincu que ce qu’il y aurait une instrumentalisation du renseignement par différents réseaux, avec l’aide des services de renseignement français mobilisés dans le cadre de la  libération de la famille Moulin – Fournier et du prêtre Georges Vandenbeusch. Aussi peut-on comprendre que les élites desdites régions aient été contraint au simulacre de positionnement du week-end dernier ayant curieusement abouti à la libération des religieux italiens et la nonne canadienne.

3- Urgences

Fort de ce qui précède, il est clair qu’il faille attaquer Boko Haram sur tous les fronts en optant pour le même mode opératoire que ladite secte islamiste qui se fond dans la nature et épouse conséquemment l’environnement nouveau où il voudrait se mouvoir. En somme, il s’agit de mobiliser comme l’aura fait le Chef de l’Etat, d’importantes unités de nos forces de défense qui, opérant dans l’incognito, pourraient plus aisément débusquer les membres de celle-ci. Dans cette optique, il serait opportun d’associer à cette guerre totale, certains réservistes de l’armée qui ont l’avantage de se démarquer des batailles de positionnement auxquelles se livrent les chefs. Bref, il s’agit d’instaurer une Task Force opérationnelle disposant de son propre service de renseignements où seraient actifs des éléments choisis par celui à qui est confiée la gestion de ladite Task Force.

Il y va de la rapide dilution des effets pervers observés pour les batailles évoquées tout au long de cet article ce d’autant plus qu’en marge d’une telle option, il sera difficile d’envisager une écrasante victoire sur les islamistes du Boko Haram. Bien évidemment ; Paul Biya sait sur quoi compter en déclarant la guerre à cette secte et les premiers résultats y afférents commencent à tomber et ce, sur tous les plans. Surtout que les élites des régions septentrionales ont de fait étalé leur complicité passive ou agissante, avec la dernière libération en date des otages. Comme quoi, on l’aura trompé pendant quelque temps, il voit un peu plus clair à présent sur les moyens de terrasser cette secte.

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