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Insécurité : L’Adamaoua prise en tenaille

Insécurité : L’Adamaoua prise en tenaille

Frontalière de la Centrafrique et du Nigeria, cette région est dans le viseur des anti-Balaka et de Boko Haram.

Une région, deux frontières en ébullition, et, des populations quasi coincées entre deux feux. Jamais défi sécuritaire n’aura été aussi relevé dans l’Adamaoua doublement frontalière du Nigeria et de la République centrafricaine (Rca). Le chaos qui règne dans ce dernier pays a contraint 45 000 Centrafricains d’après le Haut commissariat des refugiés (Hcr) – à gagner le département du Mbéré, précisément les arrondissements de Djohong et de Ngaoui. Profitant de cette situation sensible, les milices anti-balaka et séléka incontrôlées, font régulièrement des incursions dans ces localités pour y perpétrer des exactions.

Il y a deux semaines environ, un groupe de bergers camerounais a été enlevé dans la localité de Yamba par des hommes armés et non identifiés. Ils, ont par la suite exigé pour leur libération, le paiement d’une rançon de 40 millions par individu. Selon nos sources, quelques jours avant, des Centrafricains armés et protégés par une armée de civils, sont entrés en territoire camerounais et ont déplacé le poste frontière situé non loin de Ngaoui. «Ils ont dit que Ngaoui est un territoire centrafricain et qu’ils allaient corriger cette injustice. Nos militaires étaient armés mais ils ne pouvaient pas tirer parce qu’il y avait des civils parmi eux», raconte notre source.

Ce climat d’insécurité est accentué ces derniers mois par une circulation illicite d’armes à feu. La grande porosité de la frontière avec la Rca, crée les conditions d’une remise en selle du phénomène des coupeurs de route, qui jadis avait fait son lit dans cette zone avec comme base arrière la Centrafrique et le Tchad. L’urgence de la prise de conscience de la gravité de la menace, a finalement dépêché le gouverneur de la région, Abakar Ahamat dans le département du Mbéré.

Du 12 au 14 mai dernier, il a sillonné quelques points sensibles de ce périmètre pour constater comme tout le monde le sous effectif de nos forces de défense et de sécurité, ainsi qu’une insuffisance de matériels roulants.  Seulement huit hommes affectés à la protection d’une frontière longue de plusieurs centaines de kilomètres. Pas vraiment de quoi rassurer les populations. Mais, le gouverneur pourrait leur dire de s’estimer heureuses car du côté de la frontière ouest de sa région, il n’y a pas autant de sollicitude de la part des pouvoirs publics.

Autorités locales

C’est que, dans le département du Mayo Banyo, qui jouxte sur près de 180 km le Nigeria où Boko Haram sème la terreur absolue, le dispositif sécuritaire révèle des carences plus graves. A titre d’illustration, à Banyo, on compte à peine cinq policiers et autant de gendarmes. Tandis que dans le poste frontalier de Bodjounkoura, seulement deux policiers sont en faction. De surcroît, ces fonctionnaires de police sont, la plupart du temps, non opérationnels et inaptes à assurer la sécurité des populations. «Nous ne nous sentons pas protégés parce que non seulement les policiers que nous avons sont en sous effectifs, mais ils passent leur temps à arnaquer les commerçants au lieu de filtrer les entrées chez nous. Il suffit que vous glissiez quelque chose pour qu’on vous laisse passer sans même vous fouiller», s’alarme une élite locale.

Pourtant à Banyo, l’on a bien conscience du danger que représente Boko Haram qui est omniprésent dans les esprits et les conversations. Devant la faiblesse du dispositif sécuritaire en place, l’on s’organise comme on peut. Et quelques initiatives sont prises ça et là par les autorités locales. Par exemple, en marge de la célébration du 20 mai dernier, les motos-taxis ont été invitées par le lamido à rejoindre le champ de bataille contre Boko Haram. «Compte tenu de ce que la plupart des déplacements entre nos deux pays se font à bord des motos, j’ai pensé qu’il est judicieux de demander à ces jeunes compatriotes d’apporter leur concours dans la guerre contre Boko Haram en renseignant les autorités sur la présence de tout intrus sur notre territoire», explique Mohaman Gabdo Yahya. Le monarque vient aussi d’interdire une mode vestimentaire dite «islamiste» et les prêches jugés proche de l’intégrisme dans les mosquées. Mais cela suffira t-il à freiner la secte islamique ? Il faut l’espérer quoique l’on puisse en douter. D’après une source sécuritaire sur place, seul un dispositif plus dissuasif est la solution à ce problème.

 

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