Innovation: Jeu et enjeu de la 3G au Cameroun

Le commun des utilisateurs Camerounais de l’internet à l’heure des Smartphones, tablettes et autres surfaces connectées n’a sans doute pas idée des importants enjeux qu’il y a derrière le passage de la technologie de téléphonie mobile à la troisième génération (3G).

Alors que la 2G ne permettait que l’échange de la voix ou des données, la 3G rend possible un échange de grands volumes de data (données) en même temps que la voix, avec une vitesse accrue selon qu’on est en zone urbaine ou en zone rurale sous la couverture réseau de son opérateur.
Depuis le début de l’année 2015, tous les opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun ont l’agrément pour déployer la 3G. On note une ruée vers l’acquisition de Smartphones, ces téléphones à écran tactile qui sont devenus, des signes extérieur de « réussite » ou de « distinction ». Mais combien perçoivent les enjeux de la 3G. Le Smartphone est de mode, il fait chic. C’est aussi un espace de divertissement et de bavardages interminables via les outils (applications) populaires que sont Facebook, WhatsApp. Avec les risques d’addiction à l’échelle individuelle, et par entrainement et accoutumance, à une échelle plus globale insoupçonnée. En Tunisie, on estime que 1/3 des fonctionnaires passent leur temps de travail sur…Facebook !
Benchmark : 3 millions de F CFA pour une application clé en main
Qu’est-ce qu’on y consomme ?
Des photos, des commentaires, et depuis quelques temps des vidéos drôles qui se déclenchent simplement par l’affichage sur l’écran du fil d’actualités du réseau social bleu. Une nouvelle forme de socialisation virtuelle qui rogne sur les relations humaines réelles.
Qu’en profite le Cameroun ? Pas grand-chose, les entreprises qui rendent possibles ces « bavardages » ou ce réseautage sont situées à des milliers de kilomètres où elles payent leurs impôts et leurs salariés. Et pourtant, la 3G, c’est une autoroute du développement…de contenus locaux.
Comme pour la télévision, la presse, et les radios, Internet et de manière spécifique nos téléphones, ont aujourd’hui besoin de contenus locaux, d’abord, et des contenus à valeur ajoutée de qualité surtout ! Il ne s’agit pas de réinventer la poudre, il s’agit de camper des niches de développement d’outils, de services, de produits et de contenus locaux, qui pourraient s’appuyer d’ailleurs sans rougir, sur des technologies existantes et venues d’ailleurs. 237online.com
N’imaginons donc pas un WhatsApp Camerounais (ce qui serait démentiellement coûteux et superfétatoire). Imaginons plutôt un « WhatsApp » qui regrouperait les individus par affinités, par géolocalisation (Facebook vient d’ailleurs de lancer cette fonctionnalité, trop tard pour nous !). Des applications ou réseaux locaux, spécifiques auraient certes des avantages: ils créeraient des emplois locaux, génèreraient des recettes fiscales locales, favoriseraient la création d’autres start-up dans sa chaîne de production. 237online.com On aurait un motif de fierté qui ne soit pas, pour une fois, du …sport. La 3G, combinée à des téléphones et tablettes puissants, rend possible d’avoir des vidéos Camerounaises à volonté, des films, des émissions de télé, des applications Androïd, Windows, iOS spécialisées dans les secteurs de la communication, du divertissement, de la culture, de la productivité, de la santé, de la sécurité.
Il est dans l’intérêt de l’Etat, des opérateurs privés, qu’il y ait des « voitures » immatriculées au Cameroun y circuler (applications, contenus multimédia locaux), afin de densifier le trafic, et de susciter la construction de nouvelles autoroutes de l’information (4G). Pourquoi aller sur Youtube pour chercher des vidéo clips locaux, des émissions de télé locales, alors qu’une application pourrait exclusivement agglomérer ceux-ci et les rendre payant pour le public Camerounais, de la diaspora ou d’ailleurs.

Une armée de start-up
L’enjeu est donc l’éclosion d’une économie numérique locale qui se déploierait sur cette autoroute de la 3G et lui donnerait un sens patriotique, économique, et finalement intelligent. Le choix est là :
rester d’éternels consommateurs de ce que d’autres produisent ou alors, proposer à la consommation d’ici et d’ailleurs, ce que l’on peut produire ou que l’on peut produire le mieux ? C’est ce qu’on appelle en théorie économique les « avantages comparatifs ».
Une application qui permettrait d’avoir son plat de « ndolè », son « beignet haricot » sur place par payement mobile…aurait plus d’avantages comparatifs qu’une application McDo. Il restera la question du financement de ce nécessaire écosystème diversifié de start-up dans l’industrie numérique. Il ne faudra pas compter à court terme sur les banques camerounaises, uniquement friandes du financement des « commerçants », frileuses lorsqu’il s’agit de prendre le risque de produire localement (oui, l’investissement a toujours été un risque, y compris le risque de…réussir).
D’autres mécanismes de financement alternatifs comme le « blending », le « crowdfunding » sont à expérimenter. L’investissement financier est en effet conséquent :
le benchmark pour une application mobile de qualité clé en main en offshore est d’environ 3 millions de F CFA. Son déploiement, son fonctionnement, sa maintenance ont un coût. Parce que l’application en elle-même peut être considérée comme une voiture : il faudra encore trouver des salariés que sont un chauffeur, laveur ; y mettre du carburant (contenus) ;
en assurer la maintenance (gestions des bugs et des mises à jour); il faudra en payer l’assurance, la vignette et autres documents (impôts).
On peut donc comprendre pourquoi malgré le potentiel, l’environnement Camerounais ronronne encore en matière de start-up, dont le risque d’insuccès dans les 5 premières années est encore plus important que pour les PME ordinaires. Ce risque est insécable de la nature-même d’une start-up du numérique : elle fait dans l’innovation, or le public Camerounais est structurellement peu perméable à l’innovation. L’économie est tertiaire et il est plus facile d’acheter pour revendre des biens physiques ou tangibles courants (ce que font les commerçants), plutôt que d’offrir des services
(par essence peu ou prou tangibles), et plus encore dans des domaines nouveaux. Ensuite, le numérique tel que expérimenté en ce moment, rime avec gratuité apparente ; apparente parce que Facebook se monétise à travers la publicité et le data mining, WhatsApp lui, avec ses plus de 10 milliards de messages envoyés chaque jour, reste en principe sur le modèle de l’achat de l’application au bout de la deuxième année d’utilisation. Sans une surface financière épaisse, difficile donc pour une start-up camerounaise de résister à l’absence de monétisation à très court terme de ses services ou produits. Dans ces eaux hostiles, la bouée de sauvetage est la levée d’une véritable armée de start-up dont l’écosystème tout en diversification, en conjonction et en complémentarité, attaquerait le marché en rang serrés et de toutes parts pour bousculer, à la fois les habitudes des consommateurs et l’environnement économique.

François Bimogo
FounderStarTOP, network of innovators