Impunité – Après l’histoire du viol de Mme Ngono Obia Lucrèce dans ses cellules: Où est passé le Commissaire Principal Ayissi Mbarga Aristide?

Impunité – Après l’histoire du viol de Mme Ngono Obia Lucrèce dans ses cellules: Où est passé le Commissaire Principal Ayissi Mbarga Aristide?

Deux ans après le viol d’une dame dans ses cellules en 2012, l’ancien commissaire de la sécurité publique du 2ème arrondissement de la ville de Yaoundé a été muté à Ngaoundéré, le chef lieu de la région de l’Adamaoua, avec l’onction du DGSN Martin Mbarga Nguelé

En son temps (Septembre 2012), l’histoire pathétique de Madame Ngono Obia Lucrèce, la commerçante du marché Mokolo qui avait été enfermée avec des hommes, dans une cellule du commissariat du 2ème arrondissement de Yaoundé sur instructions du chef de cette unité de police -le commissaire principal Ayissi Mbarga- avait fait les gros titres des journaux. On avait alors cru que la sanction serait exemplaire, pour ce haut fonctionnaire de police qui en violation des lois et règlements en vigueur, avait eu l’effronterie d’enfermer une dame, âgée de 45 ans à l’époque des faits, dans une seule et même cellule que des hommes.

 

 

Muté pour provoquer l’étouffement de l’affaire

 

Après une enquête diligentée par le DGSN, au niveau de la direction de la police judiciaire, où seule la plaignante avait été entendue de longs mois durant, la suite de la procédure menée par les bons soins des services compétents de la délégation générale à la sûreté nationale avait jusqu’à une époque récente, été confinée aux calendes grecques. Pire, à la faveur des récents mouvements effectués dans la police en Mars dernier, le commissaire Ayissi Mbarga avait bénéficié, malgré cette sordide histoire, d’une affectation en bonne et due forme, comme chef d’une autre unité de police, dans la ville de Ngaoundéré. Fait d’autant plus surprenant, qu’il y’a quelques années, du temps d’Alain Edgar Mebe Ngo’o, l’ancien commissaire de la police des Chemins de fer de Yaoundé, M. Patrice ESSAME, avait été suspendu pendant de nombreux mois, avec interruption salariale, pour une banale histoire d’utilisation abusive de son véhicule de service. Sinon, les temps ont-ils changé ?

 

 

Trois certificats médico-légaux comme pièces à conviction

 

A la lecture des deux certificats médicaux émis par le docteur Tocké Olive, médecin en service à l’hôpital de la cité verte, et plus précisément du premier daté du 07/09/2012, il ressort clairement que la nommée Ngono Obia épouse Bella avait bel et bien subi des sévices sexuels et physiques en milieu carcéral le 04/09/2012… après des examens cliniques appropriés, des précisions sont faites par la praticienne sur l’état de la victime, d’où une incapacité de 29 jours, sous réserve d’éventuelles complications. Dans un second temps, la situation s’étant complexifiée par la persistance des céphalées suivie de perte de connaissance, un deuxième certificat médical a été délivré à la victime le 12/10/2012, par le même traitant, avec une invalidité de 21 jours. C’est alors que la patiente avait été envoyée par son médecin à l’hôpital Jamot de Yaoundé qu’un troisième certificat médical ayant une invalidité de 60 jours, lui avait été délivré par la psychiatre, Dr Laure T. Bikoun.

 

Yves Junior Ngangue

 

 

 

 

Lucrèce Ngono Obia (commerçante violée dans une cellule du commissariat de sécurité publique du 2ème arrondissement de Yaoundé).

 

« J’étais abasourdie, une fois à l’intérieur, certains gardés-à-vue fumaient du cannabis, ne pouvant pas supporter cette odeur, et puisque j’avais étrangement envie de faire pipi, je venais d’emprunter un couloir qui mène au lieu indiqué (toilettes de la cellule), lorsque deux bonhommes m’ont abordé, l’un d’entre eux m’a intimé de me taire, aussitôt celui-ci m’a mis la clé 14… pendant que l’autre me pénétrait. Après plusieurs va-et-vient, celui qui me violait a éjaculé sur ses mains, tout en me forçant d’avaler son sperme. »

 

 

Le temps qui passe a visiblement fait son effet. Passée la période des violentes crises post traumatiques et malgré les souvenirs qui restent vivaces, Madame Lucrèce Ngono Obia que nous avons retrouvée dans un domicile privé au quartier Messa à Yaoundé, après plusieurs rendez-vous manqués, nous a accordé un entretien sur les circonstances de son viol survenu en 2012 dans les cellules du commissariat du 2ème arrondissement de la cité capitale.

 

 

Comment allez-vous Madame Ngono ?

 

Je ne vais pas bien, deux ans après le viol dont j’ai été victime, dans une cellule du commissariat du 2ème arrondissement, je suis toujours traumatisée. J’ai encore quelquefois des ennuis graves, allant des maux d’estomac jusqu’au trouble de sommeil.

 

 

Où se trouve très exactement votre affaire avec Ayissi Mbarga Aristide, l’ancien commissaire du 2ème arrondissement ?

 

Mon affaire ne se trouve nulle part, ni au tribunal encore moins chez le délégué général à la sûreté nationale, M. Mbarga Nguelé qui m’avait pourtant reçu une fois avec mon bourreau. À l’issue de ce tête-à-tête, il avait été convenu qu’il m’appellerait, jusqu’à présent rien. Même les résultats de l’enquête menée à sa demande par la direction de la police judiciaire sont toujours portés disparus.

 

 

Vous avez il y a quelques temps, saisi le procureur du tribunal de grande instance du Mfoundi par le truchement de votre conseil Me Etoungou Nko’o Henri, qu’en est-il exactement ?

 

Rien ! Malgré le soit-transmis n°000000472/DGSN/SG/DPJ/C adressé à cette autorité (au procureur du TPI) en date du 13 juin 2013.

 

 

Madame Ngono avez-vous comme l’impression que certaines forces occultes essayent de noyer l’histoire de votre viol ? Pourquoi n’a-t-on pas confié votre enquête à la gendarmerie dans un souci d’équité et d’impartialité ?

 

Qu’est-ce que j’en sais, c’est la direction de la police judiciaire qui avait été chargée de mener l’enquête. Après l’enquête, rien ne s’est plus passé…

 

 

Y a-t-il eu confrontation entre le commissaire principal Ayissi Mbarga Aristide et vous-même, à un moment donné de l’enquête ?

 

Jamais ! Je sais seulement qu’un jour, la dame commissaire de police, chargée de nous auditionner avait en ma présence, téléphoné quelqu’un qui se trouvait à la présidence de la république, voici exactement ce qu’elle disait : « votre protégé a un grave problème ici hein ! C’est si grave qu’on risque de le déshabiller ».

 

 

Puisqu’il a quitté le commissariat du 2ème arrondissement, où se trouve actuellement votre bourreau ?

 

Il aurait aux dernières nouvelles été affecté à Ngaoundéré, c’est tout ce que je sais.

 

 

Madame Ngono même si ce serait fastidieux et particulièrement bouleversant pour vous, pouvez-vous nous narrer dans les moindres détails, les circonstances de votre viol?

 

Le 04 septembre 2012, autour de 14 heures, j’étais dans mon hangar au marché Mokolo, lorsque j’ai vu le commissaire Ayissi Mbarga venir, accompagner de ses gros bras (Ndr, les vandales). Moi je ne savais même pas de quoi il s’agissait, quand ils ont commencé à casser chez les bouchers. Ensuite, ils se sont rués sur les comptoirs des femmes qu’ils ont commencé à casser. Puisque j’étais le chef de hangar, je me suis dirigé vers le commissaire Ayissi pour lui dire exactement ceci : « chef ! Est-ce que vous ne pouvez pas nous laisser un petit temps, pour que nous puissions enlever nos marchandises ? Comme cela, dés demain matin, les hangars seront vides». Aussitôt, il m’a demandé de me référer à notre chef secteur Madame Djina Marie épouse Ossanga. M’étant rendue auprès d’elle, tout en lui disant que j’avais été envoyée par le commissaire Ayissi Mbarga, elle m’a répondu par : « Je ne peux pas accepter ça ! Je t’avais dit que j’allais te montrer, le moment est venu… ». Avant cet évènement, Madame Ossanga et moi-même, avions été candidates à l’élection des chefs de secteur, peu après je m’étais désister tout en lui donnant mes voix. Mais après son élection, elle s’était mise à fabriquer les comptoirs qu’elle revendait à 20.000 FCFA la pièce, au courant de cette situation je me suis ouvertement désolidarisée d’elle.

 

 

Madame Ngono, votre malheur ne vient-il pas du fait que vous vous soyez attaquée à certains intérêts occultes ?

 

Effectivement ! Je l’ai su plus tard, puisque le commissaire Ayissi Mbarga percevait un énorme pourcentage sur chacun des comptoirs vendu, Madame Ossanga était dans le coup, ça je ne le savais pas aussi. Puisqu’il y’a 09 hangars au marché Mokolo, et étant donné que chaque hangar a au moins 400 comptoirs… multipliez tout simplement 400 x 20.000 FCFA, pour notre seul hangar. Ceci étant, il est évident que mon entêtement à mettre un terme à cette situation ne pouvait que me causer de gros ennuis.

 

 

Parlez-nous plutôt de votre arrestation proprement dite, comment s’est-elle déroulée ?

 

30 minutes environ après ma conversation avec Mme Ossanga et alors que celle-ci était répartie au commissariat avec Ayissi Mbarga et sa bande, la cheftaine de secteur (Ndlr, Mme Ossanga) est revenue au marché avec des gros bras et deux policiers en me disant que le commissaire m’appelle. Puisqu’il n’y avait aucune convocation, j’ai opposé mon refus, c’est face à cette situation que mes bourreaux se sont jetés sur moi et ont entrepris de m’entrainer de force au commissariat du 2ème arrondissement.

 

 

Qu’est-ce qui s’est passé par la suite ?

 

Y étant arrivée autour de 15 heures ou 16 heures, le commissaire Ayissi a demandé que je sois entendu sur procès-verbal. C’est pendant mon interrogatoire, que j’avais appris que c’est Mme Ossanga était allée dire au commissaire que je l’avais menacée de mort.

 

 

L’avez-vous vraiment menacée de mort ?

 

Jamais ! Sinon, pourquoi je devais la menacer de mort ? C’était tout simplement une astuce pour me foutre en cellule… quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage.

 

 

Allez-y donc, continuez…

 

Pendant que j’étais entendu sur procès-verbal, une policière qui nous suivait a suggéré à l’enquêteur de dire au commissaire qu’il n’y avait rien de bien grave. Malheureusement, c’est à ce moment précis qu’Ayissi Mbarga est sorti de son bureau en disant à l’enquêteur qu’il avait donné des instructions fermes pour que je sois garde-à-vue.

 

 

Avez-vous été immédiatement jetée en cellule ?

 

Non ! Après l’interrogatoire, l’enquêteur m’a entraîné au poste de police, d’autant plus qu’il affirmait que la cellule des femmes était pleine de marchandises… aussitôt l’un de ses collègues lui a suggéré de m’enfermer dans les toilettes afin que je ne m’évade pas.

 

 

Qu’est-ce qui s’est donc passé par la suite ?

 

Avant que l’enquêteur ne me conduise vers les toilettes, je lui ai supplié de me laisser partir, que j’allais revenir le lendemain, il m’a répondu, par un: non ! C’est ainsi que j’avais été enfermée dans les toilettes. Il y avait les urines partout, avec des odeurs insupportables si bien que je n’ai pas fermé l’œil toute la nuit durant. Y étant à peine entrée, j’ai eu des nausées, et mon ventre me faisait si mal que je me suis mise à vomir.

 

Le second jour, on m’a fait sortir de cellule pour le poste de police, il était très exactement 07 heures 30 minutes, lorsque le commissaire Ayissi Mbarga qui passait par là, m’a aperçu… il a une fois de plus ordonné qu’on me remette immédiatement en cellule. Aussitôt, les policiers qui étaient au poste de police lui ont affirmé que la cellule des femmes était pleine de marchandises. Malgré tout, il n’a rien voulu entendre.

 

 

Voulez-vous donc par là insinuer que ce commissaire a ordonné qu’on vous mette dans la même cellule que les hommes ?

 

C’est ce qui a été fait, dés qu’il a affirmé qu’il ne voulait rien entendre… ses éléments m’ont jeté dans la cellule des hommes. J’étais abasourdie. Une fois à l’intérieur, certains gardés-à-vue fumaient du cannabis, ne pouvant pas supporter cette odeur, et puisque j’avais étrangement envie de faire pipi, j’ai emprunté un couloir qui menait au lieu indiqué « toilettes de la cellule », lorsque deux bonhommes m’ont abordé. L’un d’entre eux m’a intimé de me taire. Aussitôt celui-ci m’a mis la clé 14… pendant que l’autre me pénétrait. Après plusieurs va-et-vient, celui qui me violait a éjaculé sur ses mains, tout en me forçant d’avaler son sperme.

 

 

Avez-vous été violée par les deux brigands ?

 

(Larmes) non, c’est un seul, d’entre eux qui m’a violé, l’autre s’étant tout simplement contenté de m’attraper par le cou.

 

 

Qu’avez-vous fait par la suite, il fallait bien informer le commissaire de cet incident…

 

Lorsqu’on m’a sorti de la cellule, j’ai voulu tout raconter au commissaire, mais chaque fois que j’essayais d’ouvrir la bouche pour parler, il me demandait de me taire. Il a même menacé de me battre avec les mains, quand j’ai insisté… en désespoir de cause, je me suis résignée. C’était un complot !

 

 

Un huissier a-t-il fait le constat, après votre sortie de ce commissariat ?

 

Dés que j’avais été libérée, mon petit frère a amené un huissier qui a effectivement dressé un PV. Avant ma libération, le commissaire Ayissi Mbarga a exigé que l’on me fasse signer un document, dont j’ignore encore la teneur. Le jour de mon arrestation, j’avais laissé ma marchandise et même la totalité de ma recette journalière sur-place, jusqu’au jour d’aujourd’hui je ne sais pas ce qu’il en est advenu.

 

 

Que vous a dit le DGSN, Martin Mbarga Nguelé ?

 

Il m’avait dit qu’il savait que le commissaire Ayissi Mbarga avait beaucoup d’ennemis à Mokolo, il m’avait justement demandé si je n’en faisais pas partie. Je lui avais rétorqué qu’avant cet incident je n’avais pas d’antécédents avec ce Monsieur. J’avais aussi rencontré le délégué du gouvernement Tsimi Evouna… après le déclenchement de ce dossier du viol, j’avais reçu la visite des bandits dans mon domicile, ils étaient venus sûrement voler les documents de l’affaire… ma porte avait été cassée, Dieu merci que je les avais caché dans un endroit sûr.

 

 

Madame Ngono, vous avez été à l’hôpital Jamot suite au stress post traumatique, le médecin qui vous suivait, le docteur Laure Etaba Bikoun qui est psychiatre, vous a donné un certificat médico-légal de 60 jours d’invalidité, après les deux premiers délivrés à l’hôpital de la cité verte par Dr Tocké Olive, vous êtes-vous totalement remise ?

 

Pas totalement, d’autant plus que je continue à être assistée psychologiquement.

 

 

Après le viol, avez-vous fait des examens appropriés, le test du VIH ou celui de la Syphilis, par exemple. ?

 

Bien-sûr, tous les examens effectués après ce viol ont été déclarés négatifs.

 

Interview réalisée par Yves Junior Ngangue

 

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