Imprimerie nationale: Les chantiers titanesques de Walter Paul Komo, le nouveau Dg installé ce 02 juin par Issa Tchiroma Bakary

Le ministre de la communication (Mincom) Issa Tchiroma Bakary a installé ce mardi 02 juin 2015, le nouveau directeur de l’imprimerie nationale, Walter Paul Komo, ancien Inspecteur coordonnateur général chargé de l’enseignement des sciences au ministère des enseignements secondaires (Minesec) jusqu’au 25 mai dernier, date à laquelle il a été porté à cette haute charge par un décret du chef de l’Etat, le président Paul Biya.

Lors de la cérémonie d’installation du nouveau Dg en présence des nombreuses autorités et des 360 employés de cette entreprises publiques en léthargie depuis plus de deux décennies avec un matériel parmi les plus obsolètes du paysage graphique camerounais, le Ministre de la communication n’a pas manqué d’attirer l’attention de Walter Paul Komo, professeur des lycées en mathématiques et ancien inspecteur coordonnateur général chargé de l’enseignement des mathématiques au Minesec, sur les nombreuses difficultés que traversent l’imprimerie nationale. « Cette institution est confrontée à deux problèmes majeurs. D’abord l’obsolescence de ses équipements. On ne peut pas être au 21e siècle avec toute la modernité que nous connaissons, avec l’avancée fulgurante des technologies et avoir dans ses ateliers des machines qui datent d’une trentaine d’années et même au-delà. Cette obsolescence est un handicap majeur et structurel qu’il va falloir corriger. Le deuxième handicap est que la structure est frustrée et ne jouit pas des privilèges que lui reconnaissent les textes organiques voulus par l’Etat », a expliqué Issa Tchiroma Bakary. Et d’ajouter qu’ « à l’instar de la Crtv et de la Sopecam, l’Imprimerie nationale fait partie des institutions sur lesquelles repose la souveraineté de l’Etat. De ce fait, l’Imprimerie nationale devrait jouir d’une situation de monopole pour l’impression de tous les documents du gouvernement. Malheureusement, tel n’est pas le cas. Le gouvernement ne doit ménager aucun effort pour instaurer l’imprimerie nationale dans ses droits ».

Une entreprise à sortir du coma

En effet, l’imprimerie nationale qu’hérite aujourd’hui cet ancien inspecteur coordonnateur général chargé de l’enseignement des sciences au Minesec est une entreprise pratiquement moribonde, un véritable gouffre financier qui n’a jusqu’ici réussi qu’à épaissir ses dettes auprès des banques de la place à des taux exorbitant afin non pas de remplacer un matériel vieux de 30 ans, mais de payer tant bien que mal, un personnel en sureffectif et oisif au quotidien du fait que les commandes sont dans cette structures, la chose du monde la moins disponible. Les bâtiments, quoiqu’ayant bénéficié d’un début de réhabilitation par l’ancien management amorphe de l’entreprise, datent néanmoins d’une certaine époque et auraient besoin d’un réel coup de neuf qui devrait tenir compte du gabarit des équipements modernes d’imprimerie à acquérir en urgence afin que les commandes affluent à nouveau comme dans un passé très lointain.

Ici, les derniers vrais grands travaux ont été enregistrés en 2011, lorsqu’il aura fallu imprimer les centaines de tonnes de matériel électoral pour les élections municipales, législatives et présidentielles. L’imprimerie nationale avait alors bénéficié d’importantes commandes du ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation (Minatd) aux côtés de la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam) qui en avait absorbé une partie. Depuis lors, il est assez fréquent que les machines, lorsqu’elles veulent bien se mettre en marchent, soient à l’œuvre.

Pour toutes ces tares qui handicapent le fonctionnement normal de l’imprimerie nationale, le Mincom Issa Tchiroma Bakary a indiqué à l’attention de Walter Paul Komo : « Vous devez vous rendre disponible, être à l’écoute de vos collaborateurs, multiplier les concertations, prendre les initiatives opportunes, assurer la gestion des ressources humaines, matérielles et financières pour accroître les rendements et favoriser la croissance. Maîtrisez les facteurs d’ordre économique, financier, technique et socio-politique de votre environnement de travail de manière à éliminer diverses pesanteurs qui pourraient compromettre les résultats escomptés ».

Les chantiers et défis du Dg

Dans les faits, il n’y a rien à attendre de Walter Paul Komo dans la mesure où le gouffre financier qu’il doit diriger est quasiment en état de putréfaction avancé. La communication reste le premier chantier de l’imprimerie nationale aujourd’hui, car de nombreux camerounais client, prospects, ignorent jusqu’ç l’existence de cette structure dont les parts de marchés ont été érodé au fil du temps jusqu’à atteindre le chiffre zéro, par sa sœur étatique, la Sopecam, mais surtout les nombreuses imprimeries, petites ou grandes, qui pullulent dans la ville de Yaoundé et au-delà.

Le Dg devra également faire face à une concurrence féroce, low-cost et très compétente en provenance des chinois qui envahissent également ce secteur, dont un situé au marché central de Yaoundé, face Tsekenis, qui en un an à peine, s’est installé également du côté de Douala et rafle quasiment 30% des commandes pour ce qui est de l’impression numérique, domaine dans lequel l’imprimerie national devrait entrer sans hésiter.

Un autre chantier très lucratif cette fois, sera le recouvrement, par la force s’il le faut, des nombreuses créances de l’imprimerie nationale, abandonnées par l’ancienne équipe par complaisance, du simple fait du management de l’opacité ou par laxisme. Les caisses de l’imprimerie nationale sont affreusement vides, pourtant la structures à de l’argent dans les poches de nombreux anciens clients dont certains ont certainement pris la poudre d’escampette ou se opérer leurs mue.

Mais tout ceci n’est rien à côté du trop-plein de personnels qui « travaillent » à l’imprimerie nationale. Une immense partie des dettes de l’imprimerie nationale est due aujourd’hui, aux tonnes de charges salariales qui d’ailleurs s’accroissent tous les mois alors que es 360 employés, y en beaucoup qui se tournent les pouces au bureau, dans les ateliers ou les usines des fois qu’ils s’y rendent. La solution ici consisterait à couper dans le lard, en virant sur des bases justes ou scientifiques après audit de l’imprimerie nationale, les employés les moins utiles, ceux méritant le départ à la retraites ou ceux n’ayant par exemple qu’une seule compétence.

C’est ce que fit en 2006 la société Cameroon postal service lorsque, en 2005, le gouvernement recruta un expert-comptable aujourd’hui décédé, Chrétien TALELO. Patron du cabinet CTAEI et par ailleurs expert informatique et expert judiciaire pour le compte du gouvernement, il avait été chargé de définir les bases du licenciement des nombreux employés de Campost qui étaient alors au nombre de 3200 à l’époque. Au bout d’une année de travail acharné, le cabinet CTAEI, avaient permis à l’Etat de renvoyer au quartier, après payement de leurs droits, près de 1 400 personnels jugés inutiles ou pléthorique pour la Campost.

Les pressions impressions du nouveau Dg

Sur les nombreux défis qui l’attendent au sommet de l’imprimerie nationale, une sorte de « cadeau empoisonné » que vient de lui refiler le président de la république, Son Excellence Paul Biya, Walter Paul Komo s’est exprimé dans un entretien avec la Crtv centre. « On ne saurait parler de cadeau empoisonné. Je suis un fonctionnaire de l’Etat camerounais et je suis amené à assumer toute fonction qui m’est attribuée par les autorités du pays. En particuliers, mon passage du ministère des enseignements secondaires (Minesec) où j’étais Inspecteur coordonnateur général chargé de l’enseignement des sciences, à l’imprimerie national où je suis nommé directeur, est une véritable promotion. J’en profite d’ailleurs pour remercier le chef de l’Etat pour cette marque de confiance, qui a été faite à mon endroit. Je n’ai pas rougi, si tant est qu’un noir puisse rougir », a indiqué le nouveau Dg, qui a poursuivi en insistant sur   l’urgence de pallier à « l’état de vétusté avancée de l’outil de production de l’imprimerie nationale. Le ministre de la communication a évoqué dans son discours, des machines qui ont été acquises il y a 30 ans, donc qui ne correspondent plus à la technologie actuelle en matière d’imprimerie. Il s’agit donc là de très grands défis que je suis amené à relever, heureusement le gouvernement lui-même en est conscient. Le gouvernement est prêt à m’apporter toute l’aide nécessaire à cette imprimerie, de réaliser les missions qui sont les siennes ». Il conclura en disant : « si on veut vraiment suivre un cheminement mathématique, la première équation sera à l’imprimerie nationale, de faire un état des lieux, vraiment en profondeur. Mais avant, je rends un vibrant hommage autorités qui ont géré l’imprimerie ces derniers temps, pour l’effort accompli pour rénover les bâtiments. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour le personnel, pour ces hommes, pour ces femmes devant les machines, devant les ateliers, devant de la paperasse en train de travailler, avec cette ferme conviction que le gouvernement n’est pas loin, le gouvernement à penser à nous et nous allons nous-y mettre et ça c’est quelque chose qui m’a frappé. Donc, avec cette volonté que j’ai trouvé au niveau de l’imprimerie nationale au niveau des hommes et des femmes, avec cette passion de réussir, de ne pas lâcher, de ne pas flancher, je pense que voilà les ingrédients qui vont me permettre de partir d’un bon pied ».

Petit bémol, au sujet du titre Docteur en mathématiques à lui attribué lors du discours d’installation, Walter Paul Komo dira aux confrères de la Crtv : « Je suis professeur des lycées en mathématiques, je ne sais pas d’où est venue cette qualification que l’on m’a attribué là-bas ». Un signe peut-être de la modestie de ce nouveau Dg, ce qui augurer des lendemains meilleures pour l’imprimerie nationale à condition que les tares congénitales au système gouvernant en place ne phagocytent pas ce mathématicien désormais dans la peau d’un imprimeur.