Immigration sportive : L’exode des muscles !

Immigration sportive : L’exode des muscles !

Les derniers jeux du Commonwealth ont donné lieu à une nouvelle « fugue » d’athlètes camerounais. La dernière d’une longue série.

Les reporters qui se sont précipités hier Lundi à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen pour accueillir la délégation camerounaise en provenance de Glasgow ont dû faire le décompte. Les athlètes camerounais qui ont participé aux derniers jeux du Commonwealth ne sont pas tous rentrés au bercail. « Il en manque 20 », a déclaré sans sourciller, l’entraineur national d’haltérophilie à sa descente d’avion. Juste après avoir conquis l’unique médaille d’or camerounaise à cette compétition, l’haltérophile Marie Josèphe Fegue, 23 ans, s’est évaporée dans la nature laissant pantois le chef de la délégation camerounaise qui a immédiatement sollicité l’aide du comité d’organisation des Jeux pour retrouver cette autre « fugitive ».

Peine perdue, car ni elle, ni les deux lutteurs et cinq autres haltérophiles, qui se sont eux aussi fait la malle n’ont été retrouvé. « Attendez qu’ils rentrent. Le chef de la délégation vous donnera les détails dont vous avez besoin. Nous ne pouvons rien vous dire à ce moment. Tout ce que je sais c’est qu’au départ, la délégation comptait plus de 65 membres. Victor Agbor Nso le chef de la délégation, vous donnera plus d’informations », confiait encore il y a quelques jours une source au ministère des Sports.

A la vérité, il est illusoire de croire que ces sportifs peuvent être traqués dans un pays qui a fait de la liberté de circuler l’un de ses credo. De fait, ces athlètes sont encore en situation régulière puisqu’ils sont en principe détenteurs d’un visa de six mois, le minimum que peuvent octroyer les autorités britanniques. Et même si leur titre de voyage leur a été retiré, il est tout à fait aisé pour un immigré clandestin de fondre dans la nature d’un pays où les contrôles inopinés de titres de séjours n’existent quasiment pas. Le plan d’insertion de ces nouveaux « fugitifs » est d’autant plus crédible qu’ils sont bien conscients de ce nouvel exode de muscles qu’entretiennent hypocritement les puissances occidentales.

Souvent perçu comme un eldorado européen, le Royaume-Uni avait annoncé des mesures drastiques pour éviter l’afflux d’immigrés illégaux pendant les Jeux Olympiques. Les 20 000 personnes non issues de l’Union européenne ayant reçu un visa de six mois pour participer ou assister aux Jeux étaient interdits de se marier, d’entamer des études ou de prendre un emploi pendant leur séjour. Dans les faits, il n’en a rien été et le pays a offert un asile généreux à plusieurs sportifs africains.

Deux boxeurs camerounais, Thomas Essomba, et Blaise Yepmou, avaient ainsi fait l’objet d’une attention médiatique particulière, dénonçant les conditions de travail exécrables au Cameroun et évoquant la fureur des autorités camerounaises qui avaient promis de leur faire payer leur forfait. Ils ont finalement pu obtenir le droit d’asile en Angleterre où ils poursuivent leur carrière. Après le « brain drain », l’exode de cerveaux, c’est à un véritable « muscle drain » que l’on assiste et en la matière, les Camerounais sont de bons clients, des précurseurs. Les « fugues » de Camerounais, lors d’évènements sportifs internationaux, sont référencées dès 1976, avec le boxeur Samuel Meck.

Depuis, la saignée s’est poursuivie, au point où le pays de Paul Biya, s’affiche aujourd’hui au top des nations qui s’illustrent dans l’immigration sportive clandestine. « Il y a 16 ans, nos athlètes ont fait défection lors des jeux Olympiques. Ce fut le cas il y douze, huit, quatre ans et aujourd’hui. Si rien n’est fait, dans quatre ans, on parlera de la même chose », s’alarmait déjà Bertrand Mendouga, le président de la Fédération camerounaise de boxe après la fuite médiatisée de 7 athlètes (dont 5 boxeurs) camerounais lors des jeux olympiques de 2012 à Londres

Conditions de travail

Quelques-uns des fugueurs connaissent des lendemains heureux sous d’autres cieux, avec des nationalités différentes. A titre d’exemple, Herman Ngoudjo est champion du monde, en boxe, après avoir disparu de la délégation à Ottawa, lors des Jeux de la Francophonie. Bikamba Sakio, est quant à lui le champion du monde de « Contender ». « Regardez les conditions économiques au Cameroun et voyez comment le système est difficile pour la plupart des gens, particulièrement pour les athlètes qui ne reçoivent aucune aide de la part du gouvernement.

Londres représente une chance ; je ne suis pas du tout surpris qu’ils l’aient saisie », expliquait en 2012, l’économiste camerounais Flaubert Mbiekop au quotidien anglais the Guardian. Depuis, rien a changé. La situation s’est même empirée au point où nos sportifs n’attendent plus que la première occasion pour s’évaporer dans la nature à la recherche de meilleures conditions de travail. « Le problème que ces garçons pose est celui de leur devenir, Ils ont tout donné au Cameroun notamment en Afrique où le pays a été célébré grâce à leurs victoires.

En retour qu’est-ce qu’ils ont reçu ? Qu’est-ce que le Cameroun fait pour assurer l’avenir de ses athlètes ? » S’indigne un président de Fédération. « Le Cameroun paie au prix fort, la décrépitude généralisée de tous les secteurs. Il n’existe pas de politique pour encourager les talents. Les sportifs s’entraînent dans des conditions d’une autre époque. C’est la débrouillardise qui prend le dessus », tempête le responsable d’un club de boxe. Où en est-on avec le statut du sportif de haut niveau longtemps annoncé par les autorités camerounaises ?

Comment s’occupe-t-on de sportifs à la retraite dans notre pays ? Quid des infrastructures sportives ? Envisager une réponse, même furtive à ces questions lancinantes revient forcement à comprendre et peut être même à légitimer le grand trek de nos sportifs à qui on ne saurait dénier le droit à un mieux-être.

camernews-Marie-Josephe-Fegue

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