Il s’appelle Mongo Beti Eza Boto… la mort du fils de la forêt!

Par Vincent Sosthène Fouda, président national du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie (MCPSD)

 

Le docteur Etoundi, les cheveux blancs poivrés, quitta précipitamment le bureau, il descendit deux par deux les marches menant au rez-de-chaussée de l’hôpital général de Yaoundé situé en plein pays Mvog Mbi au lieu-dit Ngousso. Il fouilla dans sa poche entre mouchoir jetable, mbita-cola, et autres écorces qu’on n’attendait trouver dans la poche d’un médecin, il sortit une carte téléphonique, en effet depuis le départ du professeur Nkoulou, les bureaux de médecins n’était plus doté de téléphone, restriction budgétaire oblige. Il composa un numéro commençant par 22 et attendit la main gauche dans la poche de sa blouse verte. Il était calme et peu de monde semblait lui prêter attention.

Au même moment, au carrefour dit de la poste central, à l’angle gauche menant au Mess des officiers, avant la statue de Charles Atangana Tsama en pays Mvog Tsoung’Mballa, Atemengue se dirigea vers une BMW. Il ouvrit la portière, le chauffeur ne lui prêta aucune attention, il fumait une cigarette et lisait un livre.

* Vous attendez depuis longtemps ? Demanda Atemengue l’air absent

* Pas trop, répondit le conducteur avec un accent guttural des Montagnes de l’Ouest Cameroun. Je présume que vous que vous préférez conduire vous-même.

* Oui, je vous déposerai sur le chemin, je vais du côté de Biyem-Assi en passant par Melen, alors en vous déposant à Total Melen vous trouverez plus facilement un taxi si vous allez à Meyong-Meyeme.
* Non je peux en prendre un ici.

* Il faudrait que je vous parle pendant quelques minutes, je ne peux le faire qu’en roulant. Atemengue démarra donc, en quelques minutes, ils avaient passé devant le Mess des Officier, l’hôpital militaire et le monument de la réunification, œuvre du Jésuite Angelbert Mveng et du philosophe Jean-Baptiste Obama et surtout du sculpteur Gédéon Mpando le moins connu et le moins reconnu des trois mousquetaires.

* J’ai regardé ton papier sur Mongo Beti, il y a quelques années, un vrai travail de professionnel. Je voudrais que tu le fasses disparaître des archives de la télévision nationale maintenant qu’il ne présente plus aucun danger pour nous.

Atemengue avait parlé d’un trait, sans sourciller et sans permettre à l’homme à l’accent des Montagnes de l’Ouest de lui poser de question. Ils arrivèrent ainsi au carrefour Total Melen, il se gara à l’entrée de la chapelle du lieu et lui souhaita bonne chance.

Mongo Beti avait a été admis très tôt ce matin-là, à l’hôpital général de Yaoundé, pour une dialyse, une opération bénigne pour les professionnels, il venait ici depuis deux ans. Il n’a rien remarqué d’anormal et l’absence du docteur Etoundi passa presque inaperçue dans son esprit. Il y a eu une coupure d’électricité, puis le groupe électrogène qui n’a pas démarré mais c’est des choses qui arrivent très souvent ici, lui a dit une jeune infirmière dont il tarda à remarquer la poitrine généreuse. Mais à présent, il est allongé dans l’obscurité, nu, la respiration régulière, le corps apaisé. Il fait un effort pour lever la main, il voudrait regarder le cadran de sa montre, la nuit tombe tôt sous les tropiques surtout quand il pleut.

 

Il n’y avait personne dans sa chambre pour l’aider à passer un coup de fil à la librairie à Tsinga pour prévenir sa fidèle secrétaire. Les choses vont prendre un peu plus de temps, il pourra donc passer la nuit dans cet hôpital infect…Il se mit à penser à son épouse dans la lointaine ville de Rouen où il a vécu plus de vingt ans. Il n’y avait personne pour la prévenir. Il voulait écouter du jazz, la musique classique nègre. Puis il s’assoupi.

Nna Mindzié, poussa la porte de la chambre 312 de l’hôpital général, Alexandre son dimant brut qu’elle a toujours voulu tailler dormait paisiblement. Il n’avait plus mal, alors elle décida d’attendre. Elle n’avait pas vu son fils depuis de nombreuses années, elle lui prit donc la main et se mit à lui chanter une berceuse qu’il connaissait depuis sa venue au monde.

Tara angowoé ma ai mfolo mon Mefolo afololofo, mekad kad Mefolo afolofolo, mewoal’a fia, Mebara meke toe : dmintié mi mon ; E dzom aso mod a abum : mbol minité Mebara leko toé : mebil’a mo. Ye mengai elog ekom, elog abie ? Ye mene a ekom ene teg ai mon a mo ? Tena wabeze dzob se, obebege ngon. Dzob lekar dim se, ngon efaag, Dzob lekar dim se, ngon efaag, Dzob ane meseimba ane nnem ai zan Kada angadzo ai nia na te wake beme Obombogo ngon ebe, oza’ y’ etun Etun ebeme ntie, ma ai wa etom Kada mekol e, mvaa te ai mekol Ongenga ongos e, mesameza ebul Folo folo mon e Eye ye nkoa Nkog wadi biyié Okarege yoé hia Hia y ‘etere : Y’one Biloa nga Atangana Ntsama, Ene ane a nda he mintet mintet : Eba bakooa ngon, eba bakoa owondo Eba behog bekele bog minson E ee, a nena eee !

[ Traduction française ] Mon fils va m’exténuer par ce chant de nourrice Je chante, je chante, je chante et je me lasse Je chante je chante, je chante et je me l’abandonne De nouveau je le ramasse par tendresse maternelle Comme on est sensible au fruit de ses entrailles ! Derechef je le ramasse et le caresse entre mes mains Ai-je mangé l’herbe de la stérilité pour celle de la fécondité ? Suis-je de cette stérilité qui n’a point d’enfants dans les mains ? Ne copie pas le soleil, imite plutôt la lune Le soleil disparait alors que la lune brille Le soleil est aussi mystérieux qu’un sorcier brigand de minuit Le crabe a dit à sa mère : tu n’iras pas tarder. Tu passeras deux mois et tu reviendras dans le troisième. Si tu tardes davantage, tu auras affaire à moi. Le crabe a des pieds, mais l’ablette n’en a pas La crevette géante ne s’attrape qu’au neuvième coup d’épervier Bercer bébé, bércé bébé, Champignon du tronc d’arbre Tronc d’arbre moisi où pousse le champignon roux, Où germe le champignon, Serais-tu Biloa épouse d’Atangana Ntsama Dont la maison est pleine d’ouvrières ? Celles qui moule le pistache pendant que d’autres moulent l’arachide Tandis que d’autres vont chercher des cœurs de palmiers Eee, a nena eee

C’est la berceuse des filles Etenga, elle l’avait reçu en héritage de sa mère Awala Mengue quand elle partît de Nkil-Ntsam pour le lointain village d’Akom-Etam au pays des Mvog-Manzé chez les Benë.
Durant le long exil de son fils, il lui est arrivée parfois de penser qu’il serait plus facile de baisser les bras, d’abandonner tout espoir. Mais ces jours-là, elle pense à son époux parti tôt, alors elle se dit, il faut que mon époux sache que je suis là pour ses enfants, pour Odilia, pour Amalia et pour Alexandre. Alors elle prend son panier à dos, parcours ses forêts, scrutent les limites, surveille si un de ses beau-frère ne lui a pas pris deux mètres de terrain, terrain pour lequel son époux aimant est parti sitôt.
Le docteur Etoundi, ne revint pas, si oui personne ne le vît, il avait oublié qu’il avait laissé là-haut dans cette chambre un patient. (A suivre)