Huiles végétales raffinées: 50.000 emplois directs en péril au Cameroun

Des importations frauduleuses mettent à mal l’industrie locale.

Les ministres des Finances et du Commerce au front pour faire respecter la réglementation en vue de la protection de la santé du consommateur.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes au moment où les producteurs (Socapalm, Sodecoton, Safacam, Pamol, Cdc, etc) et les transformateurs que sont Maya et Cie, Azur S.A, Nosa, Sanet, etc) décident de lancer une contre-offensive commerciale pour assainir la filière des huiles végétales raffinées au Cameroun. Elle qui a investi 520 milliards de Fcfa, emploie près de 50.000 personnes, mais connaît des obstacles à sa compétitivité, à son développement harmonieux, du fait de la faible production nationale structurellement déficitaire. Face à ce tableau sombre, «la filière mérite une attention particulière des pouvoirs publics, de la société civile et des médias, à ce moment où notre pays subit les effets pervers de la crise financière internationale et depuis quelques temps, des importations faites en violation de la réglementation en vigueur», indique Jacquis Kemleu Tchabgou, le secrétaire général l’Association des raffineurs oléagineux du Cameroun (Asroc).

En outre, cette industrie de raffinage et de savonnerie souffre suffisamment aux frontières du Cameroun. En effet, un quasi arrêt des exportations de savon vers le Nigeria et même le Tchad est observé en raison de la guerre contre la nébuleuse Boko Haram et vers le Congo Brazzaville et le Congo Kinshasa pour cause d’instabilité chronique en Centrafrique. Les agro-industries et les planteurs villageois d’huile de palme brute, de graine de soja et de coton ne parviennent plus à écouler la matière première qu’ils produisent. Du coup, la mise en œuvre de la politique du chef de l’Etat par le ministère de l’Agriculture et du développement rural à travers l’encouragement du développement des plantations villageoises et industrielles pour booster l’industrie locale prend du plomb dans l’aile, le chômage pointant de ce fait à l’horizon.

Concurrence déloyale
Cette filière porteuse est malheureusement aussi victime de la concurrence déloyale des huiles végétales raffinées de toutes sortes introduites sur le marché national par des importateurs véreux, en violation de la réglementation en vigueur. Une contrebande qualifiée de « crime économique » par les acteurs de la filière. Les principaux segments de la production et de la transformation sont ainsi paralysés. La filière des oléagineux a permis avant l’inondation de l’espace commercial camerounais par des huiles végétales non conformes, d’assurée l’approvisionnement régulier de l’industrie et du marché local en huiles végétales brutes et raffinées (l’offre en huiles raffinées est de 18.000 t et la demande se situe entre 10.000 et 12.000 t).
En outre, 50.000 emplois directs ont été créés dans les segments de la production et de la transformation, tout comme ceux des services intermédiaires existant, etc. Malheureusement, depuis la non application intégrale de la décision du ministre des Finances qui instaure un prix de référence de 1500 Fcfa/kg à l’importation de toute huile végétale au Cameroun, des entreprises de la filière ont commencé tant au niveau des huileries (1ère transformation) que des raffineries (2e transformation) à fermer certaines de leurs usines et à mettre en chômage technique des employés, regrette le secrétaire général de l’Asroc Jacquis Kemleu Tchabgou. «La baisse des recettes pour tous se situant désormais autour de 50%», précise-t-il. Il a par ailleurs affirmé, au cours d’une conférence de presse donnée le 28 juillet à Yaoundé, que «la mesure d’autorisation d’importer des huiles végétales raffinées non enrichies à la vitamine A, de façon incontrôlée, a contribué à détruire le tissu industriel camerounais en cours de constitution et fait perdre au trésor public des impôts issus des industries fermées.»

Importations frauduleuses
Face à la situation de crise actuelle dans la filière des oléagineux, le Premier ministre, saisit de la question par les acteurs de ladite filière, vient une fois de plus de prescrire un train de mesures visant à stabiliser le secteur. Il s’agit de l’annulation sans délais de toutes les autorisations d’importations d’huiles végétales raffinées à la valeur transactionnelle, l’application stricte de la décision du ministre des Finances du 27 mars 2009 fixant le prix de référence pour la taxation des huiles végétales importées au Cameroun, y compris en régulation sur les cargaisons déjà entrées sur le territoire national de manière irrégulière et notamment celles des sociétés African foods distribution importatrices des huiles de palme et de soja raffinées de marque brôli et de la Compagnie des produits pétroliers de l’Equateur importatrice de la fameuse huile soja raffinée et du beurre jadida clairement remis en cause il y a quelques temps et de l’huile de palme Vikor.
Le chef du gouvernement a également prescrit l’application intégrale de la norme NC 77 2002-03 Rev.1 (2001) relative aux huiles végétales portant un nom spécifique, enrichies à la vitamine A, rendue d’application obligatoire par l’arrêté conjoint N°2366 Minsante/Minimidt/Mincommerce du 24 août 2011. D’autres mesures concernent également la mise en route du comité technique de pilotage et de coordination pour la fortification alimentaire (destinée à résoudre un problème de santé publique) présidé par le ministre de la Santé publique qui a initié et piloté la révision de la norme NC 77 2002-03 Rev.1 (2001), l’organisation sans délais sous la conduite du ministère du Commerce, d’une «opération coup de poing», des descentes sur le terrain à l’effet de mettre un terme à la situation qui prévaut. Enfin, des contrôles systématiques des containers de brocante afin de détecter des cargaisons d’huiles raffinées qui y sont dissimilées.
Selon un message-fax de la Primature datant  du 3 juin 2015, «la mise en œuvre immédiate de ces mesures permettra de sauver la filière des oléagineux dont certaines usines sont en cours de fermeture avec risque d’une crise sociale liée à la mise au chômage des milliers d’employés et de garantir la santé et la sécurité des consommateurs de ces produits de première nécessité hautement sensibles». Les instructions du chef du gouvernement ne doivent par conséquent qu’être urgemment mises en application. Les ministres des Finances et du Commerce ont décidé de s’y employer. Leur engagement démontre à quel point les pouvoirs publics restent déterminés, comme du reste tous les acteurs de la filière, à faire respecter les normes afin de mettre davantage sur le marché des produits de bonne qualité en vue de la protection de la santé du consommateur et de la préservation de l’environnement.