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HOSTILITE DES OCCIDENTAUX A UNE PRESIDENCE MUGABE DE L’UA…

HOSTILITE DES OCCIDENTAUX A UNE PRESIDENCE MUGABE DE L’UA : LES DIRIGEANTS AFRICAINS SE LAISSERONT-ILS DICTER LEUR CONDUITE ?

Le 24e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) s’ouvre ce 30 janvier avec, sur la table, des dossiers comme la lutte contre Boko Haram, l’option politique comme solution à la crise libyenne et la situation du Nord-Mali. Mais un autre sujet va certainement alimenter les débats. Le président zimbabwéen, Robert Mugabé, pourrait devenir président en exercice de l’UA. Cette perspective ne réjouit pas tout le monde. Les Occidentaux, notamment, ont prévenu qu’ils ne seraient pas dans les meilleures conditions de collaboration avec l’UA, si Robert Mugabé venait à accéder à la présidence de l’organisation continentale africaine. Un message qui sonne comme une mise en garde faite à l’UA, à ses chefs d’Etat membres.

Mugabé n’est pas plus dictateur que certains de ses homologues africain

Ainsi, les Occidentaux ne se sont pas fait prier pour s’inviter au débat afro-africain sur la présidence de l’Organisation africaine. Mieux, ils ont fait irruption dans ce débat et veulent donner leurs orientations voire leurs directives sur le sujet. Et comme il fallait s’y attendre, des dirigeants africains ont diversement réagi à cette mise en garde à peine voilée des Occidentaux.

Robert Mugabé, faut-il le rappeler, n’est pas un enfant de chœur. Loin s’en faut. Il règne d’une main de fer sur son pays depuis plusieurs décennies, sans perspective d’alternance. En tout cas, pas de son vivant. Ses opposants ne sont pas à l’abri de brimades et d’humiliations de toutes sortes. Ce n’est pas Morgan Svangiraï, son principal challenger, qui dira le contraire. Dans le pays du vieux Bob comme l’appellent ses sympathisants, les élections se suivent et se ressemblent, avec Mugabé en maître incontesté. Tout l’appareil d’Etat est entre les mains de ses fidèles lieutenants. L’opposition est réduite à sa plus simple expression par l’argument de la force. Tout cela fait de Robert Mugabé un dictateur. Ce n’est donc pas étonnant s’il y a une hostilité à ce qu’il assume les fonctions de président en exercice de l’UA. Bon nombre de  chefs d’Etat africains, qui ne voient pas d’un bon œil une telle présidence, n’ont donc pas tort.

Seulement et c’est là où le bât blesse, Mugabé n’est pas un cas de dictature isolé. En effet, on peut dire, sans pour autant faire l’apologie de la dictature, que les chefs d’Etat africains  frondeurs  font un mauvais procès à Mugabé. Pourquoi contester le président zimbabwéen et pas les autres ? Mugabé n’est pas plus dictateur que certains de ses homologues africains comme Paul Biya du Cameroun, Obiang Nguema de la Guinée équatoriale, Denis Sassou N’Guesso du Congo et Paul Kagamé du Rwanda, pour ne citer que ceux-là. Pourtant, ces chefs d’Etat cités reçoivent tous les honneurs et les hommages de la même UA. Après tout, Obiang Nguema a bel et bien présidé l’UA en 2012. Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdoul Aziz, qui a présidé l’UA en 2014, a pris, faut-il le rappeler, le pouvoir dans son pays par un coup d’Etat militaire, avant d’opérer une certaine mue.

La dictature de Mugabé, faut-il le répéter, est exécrable. Loin de nous l’idée de dire qu’il mérite de diriger l’UA. Ce qui est en cause dans cette affaire, c’est le deux poids deux mesures. L’Occident est dans son rôle de défenseur des valeurs de démocratie et d’Etat de droit. Cela est fort louable.  Mais où étaient ces Occidentaux si épris de démocratie, quand il a fallu collaborer avec la même UA alors présidée par un satrape de la trempe de Obiang Nguema ? Visiblement, la  collaboration avec certains dictateurs ne les gêne pas outre mesure. Ils n’ont pas, en tout cas, toujours affiché la même hostilité vis-à-vis de dictateurs postulants à ce poste. Intérêt quand tu nous tiens !
L’hostilité à la présidence Mugabé de l’UA, devait être une décision purement africaine

La vérité, c’est que l’Occident a un vieux contentieux avec le président Robert Mugabé. Ce contentieux, on le sait, est lié à la réforme agraire qui a été opérée par le vieux Bob et qui a entraîné l’expropriation des  fermes, des riches propriétaires terriens blancs au profit de populations noires et pauvres du Zimbabwé.
En tout cas, l’Occident entend une fois encore exploiter cette occasion pour régler ses comptes avec le président zimbabwéen, un dur à cuire, à travers l’UA. Et les dirigeants africains risquent de devoir se laisser dicter une conduite par leurs homologues occidentaux, en jouant le jeu. In fine, cette affaire illustre, si besoin en était encore, la trop grande dépendance de l’UA vis-à-vis des puissances occidentales. La crainte que l’Occident retire ses billes n’est pas étrangère aux réactions d’hostilité de certains chefs d’Etat africains à une présidence Mugabé de l’UA. Comme quoi, pour bien des dirigeants, il vaut mieux tout simplement faire chorus avec les Occidentaux pour continuer à bénéficier de leurs « largesses ».

C’est pour cette raison que ce qui se passe est déplorable. Cette hostilité à la présidence Mugabé de l’UA, devait être une décision purement africaine. Il est heureux de voir que des chefs d’Etat de l’UA sont préoccupés par le profil de celui qui va présider aux destinées de l’organisation continentale. Mais le hic, c’est la pression de l’Occident. Mais tout ce débat autour de la question de la présidence de Mugabè à l’Organisation panafricaine,  soulève cette question : n’y a-t-il pas lieu de revoir les textes fixant les conditions d’accès à la présidence de l’organisation ?  En tout cas, il le faut.  Tout comme il se pose l’impérieuse nécessité de faire du respect des droits de l’Homme et de la démocratie, des conditions non négociables pour prétendre à ce poste. L’UA pourrait, au besoin, remettre les choses à plat, en fixant des critères à remplir par chaque Etat pour accéder à la qualité de membre de l’organisation.

La règle de droit est impersonnelle, disent les juristes. Et pour l’heure, les textes en vigueur n’interdisent pas à Mugabé, pas plus qu’aux autres dictateurs africains, d’accéder à cette fonction. Et c’est cela le vrai problème. Rien n’empêche l’UA d’adopter des règles, des conditions de bonne gouvernance qui s’imposeraient à tous les dirigeants susceptibles de la présider. Il n’y a pas d’un côté de bons dictateurs, fréquentables, et de l’autre, de mauvais dictateurs à fuir.

 

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