Haro sur les faux médicaments au Cameroun

Le Cameroun sort d’une période de rupture de stocks du vaccin contre la tuberculose, comme c’est souvent le cas avec d’autres médicaments essentiels. Aux ruptures de stocks s’ajoute la mauvaise qualité des médicaments.

« S’il y a rupture de stock, cela veut dire qu’il y a un problème dans le suivi » – (Bonajo,habitante de Douala)

Le vaccin contre la tuberculose est de retour dans le système sanitaire camerounais depuis quelque temps. Mais la colère des victimes à propos de la récente rupture de stock ne s’est pas encore dissipée.

Colère et indignation

C’est le cas pour cette jeune mère rencontrée à Douala.  « Dans un pays, qu’on dise qu’il y a rupture, ça veut dire que le suivi a des problèmes. C’est vraiment lamentable« , s’indigne Bonanjo.

Si le retour du vaccin antituberculeux est considéré comme le résultat d’un coup de pouce de la présidence de la République, le vaccin contre la polio sauvage, en cours d’administration dans la ville de Douala et d’autres localités du Cameroun, reste au centre d’une polémique. « La période que nous traversons en ce moment dans ce pays donne à chacun une raison d’avoir peur. Même ces vaccins-là, on n’a pas trop confiance parce que nous voyons tellement de choses qui se passent ici. Vraiment, ça donne à chacun une bonne raison de se méfier », explique cette restauratrice peu confiante.

Les faux médicaments sur la sellette

Il y a environ deux ans, la rupture des stocks d’antirétroviraux, dont 150.000 personnes dépendraient aujourd’hui au Cameroun, avait aussi déclenché un profond émoi.

En plus de ces ruptures, le Cameroun souffre de la présence de médicaments périmés ou ayant des dates de péremption trop proches. Au niveau de la Centrale nationale d’approvisionnement en médicaments et consommables médicaux (CENAME), qui gère plus de 200 molécules, le docteur Frédéric Mistral Samba indique que de nouveaux véhicules viennent d’être acquis et 1750 mètres carrés aménagés pour renforcer les capacités de stockage et de distribution.

« Quand les espaces sont engorgés, ce n’est pas facile parce que les lots qui expirent peuvent se retrouver au fond et coincés. Mais là, il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits par le directeur général », renseigne le médecin.

« Pour 2018, par exemple, la CENAME a prévu d’acheter des médicaments à hauteur de 15 milliards de francs CFA. Ce qui ne veut pas dire que ce sont les besoins des Camerounais. Si on fait une enquête sur les besoins réels, on sera peut-être à trois ou quatre fois plus que ces 15 milliards. Parce que quand on regarde le marché du médicament dans sa globalité et la part de la CENAME dans ce marché-là, je ne pense pas que nous représentions 20 % », précise le docteur Joseph Vaillant, directeur général de l’institution.

Environ 80% des médicaments en circulation au Cameroun ne sont donc pas certifiés par l’autorité de santé publique qui, malgré cela, fait parfois face à des ruptures de stocks sur la part minoritaire qu’elle distribue.

Ceci explique les vaccins et médicaments contrefaits qui circulent, ainsi que de vrais médicaments périmés ou encore conservés dans des conditions désastreuses, mettant en péril la santé publique.