HABIBA ISSA : « LE CAMEROUN A LES MOYENS DE CONTENIR LES REVENDICATIONS EN ZONE ANGLOPHONE »

Dans cet entretien, elle fait, sans langue de bois, le tour des questions brûlantes de l’actualité, qu’il s’agisse de la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, de la vie de l’UPC ou des prochaines échéances électorales.

La crise anglophone continue de sévir. Quelle perception avez-vous des visites du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, dans les Régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ?
Les visites du Premier ministre pourraient être perçues sous de meilleurs auspices si, contrairement à la tripartite de 1991, le pouvoir avait donné des gages de bonne foi quant au suivi et à l’évaluation-correction des recommandations émises lors de la grande palabre nationale inclusive. Par exemple par la désignation d’un gouvernement de transition en charge de préparer des élections claires pouvant aboutir à l’adoption d’une Constitution plus capable de satisfaire toutes les parties prenantes au processus électoral.

Les leaders politiques et certains observateurs saluent cette approche. Quel est l’avis de l’UPC dont vous êtes présidente d’une faction ?
Pour commencer, je suis la présidente légitime et légale de l’Union des populations du Cameroun (UPC) élue à un congrès légal dont le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd) en son temps à pris acte en bonne et due forme. Pour moi donc, cela est clair et sans aucune ambiguïté. Maintenant, l’UPC étant un mouvement vieux de 71 ans, nous avons appris à ne nous déterminer que par rapport aux effets des actes politiques de nos vis-à-vis et surtout par rapport aux motivations réelles de ces actes, enfin par rapport à notre propre vision globale du Cameroun souverain.

Le 26 décembre 2016, lors d’une communication, le vétéran Woungly Massaga soutenait que ces manifestations sont des revendications légitimes du retour au Fédéralisme de 1961 et une conséquence de la violation des Accords de la Conférence de Foumban. Et que la vraie solution de la crise actuelle consiste à donner la parole aux Camerounais anglophones: c’est votre position?
Cette approche de cet upéciste glorieux, figure marquante, n’est pas du tout à négliger. Toutefois, d’autres pistes peuvent être explorées et plus adaptées à la réalité du moment, mais devant mettre au premier plan une vraie autonomisation permettant une élévation plus rapide du standard de vie des populations camerounaises tout en créant une saine émulation de toutes les Régions.

Lors d’une réunion informelle du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation humanitaire au Cameroun, le SG adjoint des Nations unies, Marc Lowcork, a affirmé qu’il y a urgence à accroitre l’aide humanitaire au Cameroun. A votre avis, la situation camerounaise nécessite-t-elle une intervention onusienne?
Tout dépend de ce que les uns et les autres mettent dans « l’intervention onusienne ». Le portail de la diaspora camerounaise de Belgique. Si cette intervention ressemble à toutes celles que nous avons vues en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo ou en Lybie, la réponse de l’Union des populations du Cameroun (UPC) est : non, non et non. Mais si cette aide humanitaire tend vraiment à ramener le calme et la paix au Cameroun, en prenant toutes les mesures y appropriées, elle serait la bienvenue, car on risque friser le pire si rien n’est fait.

Le gouvernement camerounais a fait une sortie le 13 mai pour fustiger l’action de certains pays qui soutiennent la thèse d’une crise humanitaire. Est-ce que le Cameroun a encore les moyens de contenir ces revendications ?
La réponse à cette question est : oui le Cameroun a les moyens de contenir les revendications. Seulement, si le système en place sort de son autisme et se met réellement au service des populations. Si en revanche les forces occultes cessent leurs manœuvres exogènes néo-colonisatrices nourries par certains compatriotes voulant mieux servir l’extérieur que ne le fait le pouvoir en place, alors nous pourrions trouver des solutions concrètes. Et sortir de ces revendications.

Est-ce que la situation qui sévit aujourd’hui dans les Régions du Nord-ouest et Sud-Ouest est largement suffisante pour que certains partis politiques boycottent la marche vers l’unité du 20-Mai?
Chaque parti a sa vision du Cameroun et adopte légitimement des postures qui lui sont propres face aux événements. L’Union des populations du Cameroun (UPC) appelle depuis août 2014 à un dialogue national inclusif avant même la survenance de la crise. Si nous avions été écoutés, le Cameroun n’en serait pas là aujourd’hui. Notre Comité directeur n’ayant pas encore siégé, nous ne sommes pas en état de nous prononcer sur la question avec précision et nous nous en tenons aux grandes lignes de notre option d’appel au calme et à la cessation des hostilités.

Mme la présidente, l’UPC est désunie aujourd’hui, plusieurs factions continuent de faire leurs chemins, c’est quoi la véritable pomme de discorde?
L’UPC est comme le Cameroun. Si on vous l’explique, et vous dites que vous avez compris, c’est qu’alors on vous a mal expliqué. Je vais quand même essayer de vous expliquer que L’UPC en elle-même n’a pas de problème, ce sont des Upécistes ou prétendus tels qui transportent leur problème d’égo et autres déviances dans ce parti. Camer.be. Si tout le monde respectait les textes directeurs de l’UPC, elle fonctionnerait normalement mais elle a cessé de fonctionner normalement depuis 1958 à cause de multiples et protéiformes infiltrations bien soutenues par les Aujoulatistes.

Les municipales et législatives, tout comme les régionales approchent, quelle est la position de votre parti?
Notre prochain Comité directeur dont vous serez au courant des dates lorsqu’elles seront arrêtées va sérieusement et valablement se pencher sur les différentes questions liées à ces échéances.

On voit plusieurs partis politiques demander la libération de Maurice Kamto. A votre avis, ça peut calmer le climat politique au Cameroun?
Je dirai simplement à ce sujet, que l’Union des populations du Cameroun milite est favorable à la libération de toutes les personnes se trouvant abusivement en détention.

Que pense la présidente de l’UPC de l’activité sans cesse du président de la République, Paul Biya, sur Twitter, qui appelle sans cesse au dialogue, au vivre ensemble?
À quoi cela servirait de se livrer à ce jeu ici ? L’info claire et nette. Nous avons dit plus haut que le pouvoir en place et le régime qui le sous-tend sont autistes. Nous avons en 2014 proposé un dialogue national inclusif qui aurait anticipé sur les événements que nous vivons, qui nous a même interrogés sur ce que nous entendions par ce concept ? Tant que le contentieux historique ne sera pas valablement liquidé et la socialisation inverse mise en mouvement, nous serons toujours à courir après les soins alors que nous avons les moyens de prévenir au lieu de guérir.