Guerre contre Boko Haram : Le Cameroun seul ou mal accompagné?

L’histoire enseigne que toutes les grandes guerres ont été gagnées grâce à la coalition des «alliés» : 1914-1918 et 1939-1945.

La France a bien exploité ses relations avec ses «amis» pour gagner la deuxième guerre mondiale. Alors que Paris était sous le feu nourri de la «blitzkrieg» allemande, le Général De Gaulle depuis Londres où il avait trouvé refuge, lance un appel le 18 juin 1940 sur les ondes de la Bbc : «La France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste empire derrière elle.» Cet appel à l’aide a eu un écho favorable, plusieurs pays sont aussitôt venus à la rescousse de l’Hexagone. Le Chef de l’Etat camerounais, a également pris cette posture le 8 janvier 2015 lors de la cérémonie de présentation de vœux de nouvel an au corps diplomatique accrédité à Yaoundé. Paul Biya a lancé un appel à la mondialisation de la guerre contre Boko Haram : «Une menace globale appelle une réponse globale.

Telle doit être la réponse de la communauté internationale, y compris de l’Union africaine et de nos organisations régionales». Des pays, «amis» du Cameroun avaient pris l’engagement d’être de la bataille. Bien avant cet appel à l’aide de Paul Biya, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et le Canada avaient signifié leur disponibilité lors du sommet sur la sécurité de Paris en mai 2014. Certains de ces pays ont respecté leurs engagements. Pendant que d’autres se contentent encore des messages de condoléances et de dénonciations. Face à cette guerre «fantôme» contre Boko Haram, il s’agit de combattre, de mener des actions et non se contenter des belles promesses. Qui fait quoi pour le Cameroun dans cette sale guerre ? Des détails sont importants pour dresser une liste de nos «vrais amis».

Russie : Des armes pour les combats
Les éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir) rencontrés sur le champ de bataille à l’Extrême-Nord ne cachent pas leur joie en parlant de l’armement acquis de la Russie. «Ce sont des armes 4G (de 4ème génération)», lance un militaire du Bir en rigolant. «Ces armes sont plus sophistiquées et la portée utile est plus importante », renseigne une source sécuritaire. En effet, à la sortie de l’audience que lui avait accordée le chef de l’Etat en janvier 2015, Nikolaï Ratsiborinski, ambassadeur de la fédération de Russie au Cameroun avait promis une aide multiforme de son pays dont des armes de dernière génération. La fédération de Russie a signé avec le Cameroun, des accords d’assistance humanitaire, de protection civile, des accords de sécurité et défense. L’équipement militaire attendu «touche l’artillerie, y compris l’artillerie de missiles, la protection aérienne, le système anti-aérien de missiles et de canons, le transport de personnel, les camions blindés et les autres équipements et armements», avait affirmé le diplomate russe. Nous sommes déjà passés au concret. Des voitures de transport du personnel, des camions blindés et des armes de guerre. Notamment des armes de type 14, 5 mini-mètres et de 12, 5 mini-mètres. La Russie est également présente sur des aspects techniques et dans le renseignement. La présence discrète de Russes est souvent constatée dans la ville de Maroua. Mais lorsqu’on fait bref résumé de la puissance militaire, technique et logistique de la Russie, on doit bien s’interroger si elle fait assez pour aider le Cameroun.

Etats-Unis : Des casques et des gilets pour l’armée
«Les Usa nous aident beaucoup dans la guerre contre Boko Haram», confie une source militaire. Quelques Américains ont été aperçus à la base de l’opération «Alpha» à Salak, une contrée de Maroua au mois de février dernier. Une source confirme bien que «des experts américains apportent un appui logistique et technique à notre armée sur le terrain de combat». Ils sont discrets, ne s’affichent pas. Des rumeurs disent que ce sont eux qui pilotent les drones à partir d’un lieu tenu secret. Un avion militaire portant l’estampille des Etats-Unis a été aperçu à la base 105 de l’armée de l’Air à Douala. Des containers y ont été déchargés, renseigne-t-on.

L’ambassadeur des Etats-Unis, Michael Hoza, a, par ailleurs remis, le 19 février 2015 à Douala, des gilets pare-balles et des casques de protection aux soldats camerounais. Le lundi 20 juillet 2015, le Général Bolduc, commandant du commandement spécial des opérations Afrique des Etats-Unis d’Amérique (Socaf) qu’accompagnait Michael Hoza, a réaffirmé le soutien de son pays au Cameroun dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Il s’agira d’un partenariat stratégique dans la guerre, notamment, «le soutien dans la formation des forces de défense et de sécurité camerounaises, l’approvisionnement en équipements militaires et de surveillance de pointe et le renseignement sur les mouvements des troupes ennemis». Bien avant, le général américain David M. Rodriguez, commandant du commandement des Etats unis pour l’Afrique (Africom) avait déjà rassuré Paul Biya, le 10 décembre 2014 de l’engagement de son pays à soutenir le Cameroun. Mais une question subsiste : où sont les drones, les armes sophistiquées et les avions de combats ? Qu’est-ce qui coince ? Les Etats-Unis peuvent et ont les moyens de faire encore plus pour le Cameroun. C’est une évidence.

Israël : Priorité formation des militaires et renseignement
Israël est resté aphone sur toutes ses actions dans la lutte contre Boko Haram au Cameroun. Il n’y a pas eu par ailleurs de communication officielle du gouvernement ou d’actes qui ont laissé des traces. Et pourtant, on sait très bien que cet Etat joue un rôle incontournable dans la guerre engagée contre le groupe terroriste Boko Haram. L’aide d’Israël ne s’expose pas sur la place publique. Mais les actions sont visibles. Le Bataillon d’intervention rapide (Bir) qui constitue l’opération « Alpha» basée à Maroua-Salak, est un pur produit des experts militaires Israéliens : formation, équipements et discipline. On peut apprécier le rendement : les militaires de cette unité d’élite font des prouesses sur les lignes de l’ennemi. Les Israéliens participent à la mise en place des stratégies de combat, réorientent les plans. Ils réadaptent nos militaires aux menaces mutantes et les dotent de nouvelles stratégies. «Les formateurs israéliens, constitués d’anciens du «Mossad», sont plus aguerris dans le domaine de la guérilla urbaine que Boko Haram semble importer au Cameroun à travers des attaques kamikazes, leur appui est donc incontournable», précise une source sécuritaire. Ils savent pister des suspects, mener le renseignement et procéder aux arrestations. On sait également qu’Israël a doté le Bir de moyens techniques de détection d’engins explosifs improvisés, de détection d’armes à feu. Du matériel qui semble encore insuffisant pour la reconquête de la sécurité dans l’Extrême-Nord.

Grande-Bretagne : Des moyens humains et financiers
Le 18 juin 2015, à la sortie de l’audience que lui a accordée le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, le directeur Afrique au Foreign and Commonwealth Office (ministère britannique des Affaires étrangères) de Grande-Bretagne, Nic Hailey a signifié l’engagement de son pays à gagner la guerre contre Boko Haram aux côtés du Cameroun. «La menace terroriste nous concerne tous», avait laissé entendre le diplomate britannique. Cette visite visait la mise sur pied d’un travail de coordination d’action entre les deux pays de la ligne de front (Nigeria, Cameroun, Tchad, Niger Benin) et leurs partenaires dans cette lutte. Mais, il est aussi question de voir de manière plus pointue, l’appui que son pays pourrait apporter au Cameroun. Nic Hailey a révélé que Londres contribue actuellement à la formation des militaires camerounais. Lors du sommet de Paris sur la sécurité en mai 2014, aux côtés de la France, la Grande-Bretagne s’est engagée à apporter un soutien humain et logistique. Après Paris, Londres a abrité la rencontre des experts pour la mise en place des détails techniques. Ce royaume est par ailleurs disposé à accorder des financements pour l’implémentation de la force mixte internationale pour combattre la pieuvre Boko Haram. Mais sur le terrain, les actions ne sont pas encore visibles. Les moyens humains, la logistique et les financements n’ont pas encore été mis à la disposition du Cameroun. Sauf si la discrétion a été souhaitée pour ce don.

France : Soutien multiforme, mais suffisant ?
Que fait concrètement la France pour le Cameroun dans le cadre de la guerre contre Boko Haram ? En visite d’Etat à Yaoundé le 03 juillet, les propos du président français, François Hollande, suggéraient un soutien multiforme de son pays. Dans le détail, l’appui de l’Hexagone au Cameroun s’articule autour de trois aspects : le partenariat de défense, l’assistance humanitaire et l’aide au développement. Sur le plan militaire par exemple, c’est bien dans le cadre de ce partenariat de défense signé avec notre pays, que Paris déploie – à la demande des autorités camerounaises – son aide en matière de renseignements, de formations spécifiques, et de coopération structurelle. S’agissant spécifiquement de l’aspect renseignement, et à titre d’illustration, les officiers français et camerounais collaborent sous la responsabilité du commandant de la 4e région militaire interarmées (Rmia4) pour l’échange et la coordination du renseignement d’ordre tactique et opératif entre les forces armées camerounaises et la cellule de coordination et de liaison (Ccl) installée à Ndjamena.
Quoique multiforme, l’appui de la France est-il pour autant suffisant ? Pas certain. Puisque certaines promesses de Paris tardent à se concrétiser. C’est par exemple le cas de cette fameuse conférence de donateurs promise par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en février dernier lors de son passage à Yaoundé. Cette collecte de fonds devait permettre au Cameroun de supporter les charges financières importantes qu’occasionne la guerre contre Boko Haram. François Hollande a certes promis que son pays allait « intensifier » sa coopération notamment dans le domaine du renseignement. Mais l’hôte du chef de l’Etat n’a fait aucun cas de cette fameuse conférence de donateurs.

Chine : Argent, et exercices militaires conjoints
L’Empire du Milieu a ouvert une ligne de crédit de 200 milliards Fcfa dans les livres de la Exim Bank of China au bénéfice du Cameroun. Le contrat y relatif, parafé en 2011 côté Cameroun, par le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), prévoit que le consortium chinois (Polytechnologies) fournit des équipements militaires dont la demande est exprimée par le ministère de la Défense. Sur cette ligne de crédit, le Cameroun a déjà acquis entre autres, de l’artillerie sol-air, des engins blindés, notamment des chars, deux patrouilleurs de 60 mètres pour la surveillance des côtes maritimes, divers types de matériels pour la gendarmerie nationale, et quatre hélicoptères de combat.
La présence chinoise aux côtés du Cameroun se manifeste aussi au travers des exercices militaires conjoints. Deux frégates de la marine chinoise, le Yang Cheng et le Luo Yang, accompagnés d’un bâtiment de soutien ont stationnés dans les côtes camerounaises, à Douala, dans le cadre d’un exercice militaire en compagnie de la marine nationale. A l’instar de la France, et bien qu’évident, le soutien de l’Empire du Milieu au Cameroun dans le cadre de la lutte contre Boko Haram est-il à la hauteur des attentes du gouvernement ? Difficile à dire, même si dans le sérail, des voix s’élèvent pour réclamer du partenaire chinois davantage de soutien notamment dans le cadre du Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (Onu) où il est membre permanent.

Allemagne: Du matériel militaire en appui
Début février dernier, la chancelière allemande Angela Merkel, interrogée par la presse au sujet de la contribution de l’Allemagne dans la guerre contre Boko Haram condamnait des « crimes terribles et brutaux qui sont commis au Nigeria contre la population civile, mais aussi au Cameroun ». Depuis, Berlin est manifestement passé du stade de l’indignation à celui du concret. Ce pays a offert 120 véhicules tactiques à l’armée camerounaise. Il s’agit précisément de véhicules de deux types, tous de fabrication allemande, et qui ont fait leurs preuves sur des théâtres d’opérations militaires à l’instar de l’Afghanistan. A en croire le directeur des matériels militaires interarmées, le colonel Jean Jacques Fouda, l’aide de Berlin se compose de 60 jeep Wolf de marque Mercédès et de 60 camions Unimog dont certains sont armés de quadri tubes de 14,5 mm.
Pour le ministre délégué à la présidence de la République, Edgar Alain Mebe Ngo’o « cet important don intervient dans le cadre de l’appui à la lutte contre la secte islamiste Boko Haram et de la participation des forces de défense camerounaises à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilité de la République centrafricaine (Minusca) ». Dans le sérail, le don de la République fédérale d’Allemagne a été apprécié, même si certains ont tôt fait de préciser que « par rapport à son potentiel et à son histoire avec le Cameroun, le pays d’Angela Merkel pouvait faire mieux ».