Grippe aviaire: pourquoi la résistance

L’épizootie continue de décimer les cheptels, malgré la batterie de mesures de biosécurité prises par le gouvernement.

Près de 5 000 poulets abattus et incinérés. C’est le bilan enregistré dans deux fermes avicoles à Foumbot, département du Noun, il y a quelques jours. Alors que tout le monde la croyait en perte de vitesse, la grippe aviaire a fait un retour dans la région de l’Ouest. Les résultats d’analyses effectuées par le laboratoire national vétérinaire annexe de Yaoundé sur certaines bêtes mortes ont confirmé la présence du virus influenza aviaire (grippe aviaire) dans les fermes avicoles de Jean Meli et Charles Tsague à Foumbot. Cette situation a amené le gouverneur Augustine Awa Fonka à prendre un arrêté pour interdire la vente de la volaille dans tous les marchés de ce département. Comme ce fut déjà le cas pour les départements du Koung-Khi et de la Mifi dans la région de l’Ouest, sans oublier les autres villes du pays où la circulation de la volaille, du matériel d’élevage, des produits et sous-produits d’élevage demeure également interdite.
L’arrêté du gouverneur de l’Ouest prescrit aussi l’abattage systématique, l’incinération de tous les oiseaux suspects ou infectés dans un rayon de 3 km et enfouissement des carcasses, la désinfection obligatoire de tous les bâtiments d’élevage de volaille et sites identifiés dans un rayon de 3 km et l’observance d’un vide sanitaire jusqu’à nouvel avis a aussi été préconisé. Bien avant la résurgence de la grippe aviaire dans la région de l’Ouest, un foyer hautement pathogène à virus A (H5N8) a été détecté dans le cadre de la surveillance épidémiologique chez des oiseaux dans la région de l’Extrême-Nord le 02 janvier 2017.  C’était suite au constat des mortalités importantes de paons bleus (Pavo cristatus) dans un élevage exotique de volailles dans l’arrondissement de Tokombéré, département du Mayo-Sava, à proximité de la frontière avec le Nigeria. Le ministre de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales avait alors notifié le 15 février 2017 à l’Organisation mondiale de la santé animale ce foyer de grippe aviaire.
Aujourd’hui, près d’un an après le déclenchement de la maladie, force est de constater que la grippe aviaire continue de sévir. Bien que la surveillance épidémiologique existe et que des mesures de biosécurité ont été prescrites, la grippe aviaire détruit toujours autant les fermes et laisse, atterrés, les producteurs. En septembre 2016, l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic) estimait les pertes engendrées par l’épizootie à près de 16 milliards de F au niveau national. Plus de la moitié desdites pertes auraient été enregistrée dans la région de l’Ouest, qui représente près de 80% de la production avicole nationale (avec un cheptel avoisinant quatre millions de sujets et une production d’œufs qui avoisine le milliard).

L’explication

Dr Idrissou Bapetel: « Il faut réglementer l’entrée dans les fermes »

Délégué régional de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales de l’Ouest

Quelles mesures de biosécurité avez-vous prises depuis le début de la maladie ?

Comme mesures de biosécurité, il y a d’abord la lutte contre la maladie, qui consiste à assainir les foyers et prévenir les autres contaminations. Dans ce sens, nous avons réussi à désinfecter et à assainir tous les foyers qui ont été déclarés positifs dans la région de l’Ouest. Nous n’attendons aujourd’hui que le feu vert de la hiérarchie pour le repeuplement de ces fermes afin qu’elles reprennent leurs activités. Maintenant, pour les nouveaux cas, nous sommes en train de travailler. Nous avons assaini la ferme de Charles Tsague à Mangoum. Il ne reste plus que celle de Jean Meli, qui est une très grande ferme avec de gros bâtiments. La litière qui est là est très épaisse. Il nous faut une main d’œuvre adéquate pour travailler le plus rapidement possible. Néanmoins, on a déjà fini deux bâtiments sur cinq en enlevant les fientes et en les brûlant. Progressivement, on va terminer les trois autres.

Que préconisez-vous aux éleveurs ?

En termes de biosécurité, nous préconisons aux éleveurs d’éviter le contact de leur ferme avec des intrus, des visiteurs. Une ferme n’est pas une foire. On ne doit pas accepter que n’importe qui entre dans une ferme. Il faut vraiment réglementer l’entrée dans les fermes. Si vous avez une ferme, il faudrait que les gens qui y travaillent se douchent à l’arrivée, se désinfectent, et l’idéal serait même qu’il y ait une cantine dans la ferme de sorte que les travailleurs se restaurent sur place, et quand ils sortent le soir, ce ne soit que pour revenir le lendemain et prendre les mêmes mesures de la veille pour entrer. Ça, c’est au niveau interne. Au niveau externe, lorsque vous allez vendre vos cartons d’œufs ailleurs, il faudrait que des mesures soient prises pour le retour du camion, qui doit être désinfecté avant d’accéder à la ferme. Il est aussi proscrit d’utiliser les mêmes matériels d’emballage qui rentrent dans la ferme. Voilà autant de mesures que nous préconisons au niveau des éleveurs. Malheureusement, les gens pensent que la grippe aviaire est une vue de l’esprit alors que ça menace l’économie nationale aujourd’hui.

Qu’est-ce qui peut expliquer que la grippe aviaire fasse encore de la résistance ?

Il faut que toutes les parties prenantes jouent le jeu. Que ce soit nous les vétérinaires, les opérateurs économiques, les éleveurs, les commerçants de volaille, les plumeurs de volaille, etc., tout le monde doit respecter les mesures de biosécurité. Maintenant, il y a un partenaire très important, ce sont les forces de l’ordre. Ce partenaire est très important parce qu’au niveau des checks-points qui sont installés dans tous les départements de la région de l’Ouest, c’est lui qui devrait nous aider à détecter toute violation des mesures prescrites par les autorités. Si tout le monde joue le jeu, on devrait sortir de cette crise rapidement.