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Grégoire S. Owona: Ainsi pensait le maître Biya

Le Ministre du Travail a privé ses collaborateurs d’une présentation de vœux, préférant s’étendre sur les maux qui minent le pays.

 

II aurait pu, à la différence d’un prénom, s’appeler «Si Greg Owona», que les auditeurs de la Cameroon Radio Television (Crtv), station du Centre, auraient cru à une confusion, pensant à Sébastian Owona, le présentateur de l’émission à succès «Bebelè Daia». Que non! Un Sébastien peut en cacher un autre, et un adepte de la vérité en révéler un autre. C’est cet exercice que s’est essayé cette semaine le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Sébastien Owona. Plus connu pour être, depuis 1992, le secrétaire général adjoint (Sga) du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), «Greg» est sorti des sentiers battus, en décidant de ne pas organiser une cérémonie de présentation des vœux pour l’année 2014 pour le compte de son département.

Le Miss a préféré, de façon inédite, convoquer une réunion annuelle des responsables centraux de son ministère, question de leur exprimer son mécontentement: indiscipline, retards dans le traitement des dossiers, fuite des responsabilités, libertinage, dysfonctionnements, incohérences, usage abusif des véhicules de l’Etat. Et, par conséquent, pas d’indemnités lors de ladite réunion. Belle sanction d’un parent, lorsque l’enfant s’est écarté de la norme. Sonnette d’alarme ou simple suivisme? Le Sga du comité central du Rdpc n’a-t-il pas fait sien, le discours du Chef de l’Etat à la nation, le 31 décembre dernier, question de respecter la discipline du parti et d’en faire sa publicité, en reprenant, mots pour maux, son maître?

Paul Biya, lui, a sanctionné à travers l’«Opération épervier». Mais, depuis son arrivée à la tête du Ministère du Travail, le 9 décembre 2011 (25 mois), le personnel ne se souvient pas avoir entendu parler de sanctions relatives aux comportements contre-productifs que le Ministre a énumérés mercredi dernier. Une autopsie ayant pour palliatif de simples annonces. Le prétexte est tout trouvé; le contexte aussi, et surtout. Notamment cette imminence, supposée ou non, d’un remanie-ment ministériel. Si Paul Biya n’a épargné personne dans son diagnostic du 31 décembre, Grégoire Owona dirait-il, comme le philosophe: «L’enfer, c’est tes autres»?

Le natif de Ngomezap, un arrondissement du département du Nyong et So’o, dans la province du Centre en 1950, sans se présenter comme l’une des créatures de Paul Biya, comme l’un de ses collègues ministres, a jus¬qu’ici affiché son enthousiasme militant en faveur de son leader au point de, souvent, prendre la tête du carré du parti lors du défilé du 20-Mai pendant que ses camarades du Rdpc sont à l’abri du soleil, à la tribune présidentielle.

Greg, c’est aussi ce militant, certes éternel second depuis 22 ans, mais qui, selon certaines sources, bénéficie de l’attention du président national A qui il peut susurrer des choses. C’est ce quelque chose qui lui a rapporté, au sein du parti, des reconnaissances telles qu’aller rencontrer, à Bamenda, le leader de l’opposition, John Fru Ndi ou de diriger la commission chargée de vider le contentieux né au sein du Rdpc, lors des dernières investitures aux législatives et municipales.

Pressions

Grégoire Owona n’est-il pas celui-là qui a eu le courage d’aller désavouer le richissime homme d’affaires Victor Fotso, haut cadre du parti en avril 2013 à la veille des élections sénatoriales? Victor Fotso avait demandé à voter blanc. «Nous ne savions pas que les consignes de vote sont une chose qui sort aussi vite, aussi décidé, dans la presse», avait rétorqué Grégoire Owona. In fine, le Rdpc avait voté pour le Sdf.

C’est toujours lui qui a donné la riposte à son ancien camarade, Marafa Hamidou Yaya, lorsque ce dernier a publié sa cinquième lettre:

«J’espère profondément que le peuple camerounais qui est convié à ce funeste dessein n’est pas dupe et ne servira pas de courte échelle à ceux qui, parce qu’ils sont face à la justice, veulent se muer, du jour au lendemain, en sauveur du Cameroun».

Greg est un fervent défenseur du régime, parfois contre-courant d’autres camarades. Qui ne se souvient pas de cette passe d’armes, à peine voilée, avec son chef hiérarchique, le Sg Joseph Charles Doumba en 2003, avant le remplacement de celui-ci par René Sadi et dont les accolades semblaient plutôt piquantes? A la politique comme en affaires? Grégoire Owona, que l’on présente comme un homme de tous les milieux – il est régulièrement aperçu parmi les artistes, en Blue jeans, ou parmi les sportifs – doit être habité par le souci d’apporter sa pierre à la construction de certains secteurs en marge de la politique politicienne. L’ingénieur informatique s’est également essayé à la presse pendant les années 90 avec le quotidien Peuples d’Afrique, qui mourut après deux petites éditions. Il fut, de 1988 à 1992, député du Wouri à l’Assemblée nationale et n’a pas que des amis dans les milieux sus-évoqués.

En mai 2013, il est accusé, en même temps de Philippe Mbarga Mboa, Ministre chargé de Missions à la présidence de la République, d’avoir exercé des pressions sur les membres de la Commission de recours des élections afin qu’ils invalident la candidature d’Iya Mohammed à la présidence de la Fédération camerounaise de football. Dans le cadre de son mandat au gouvernement, certains voient sa main dans une démarche sournoise, visant à fragiliser les organisations syndicales. Ses relations avec les médias se conjuguent en une sorte de «je t’aime, moi non plus».

Grégoire S. Owona a donc pris un risque, l’autre jour en s’écartant de la logique des vœux de nouvel an. Un peu comme il le fit en 2006 pour rétablir son honorabilité devant les tribunaux, au lendemain de la publication de «listes» de présumés homosexuels par certains journaux. Les politistes, pour leur part, le voient évoluer dans un système où le meilleur risque est de ne pas prendre de risques, dans un contexte frileux où le moindre acte désintéressé donne parfois lieu à des interprétations farfelues.

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