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Gouvernement: Paul Biya sacrifie Philémon Yang

Philémon Yang est un homme qui a certainement conscience. Et ce, depuis le discours du 31 décembre 2013 du Chef de l’Etat. Celui qui était encore considéré comme son dernier rempart l’a clairement livré à la vindicte populaire. Paul Biya a critiqué son Premier ministre en des termes peu diplomatiques. «Nous avons encore sans aucun doute, des marges de progression pour améliorer l’efficacité de notre politique économique.

Nous disposons d’une stratégie pour la croissance et l’emploi, qui indique la voie à suivre pour atteindre nos objectifs. Mais d’où vient-il donc que l’action de l’Etat, dans certains secteurs de notre économie, paraisse parfois manquer de cohérence et de lisibilité?», a lancé le Chef de l’Etat à des millions de Camerounais, certes, mais au chef du gouvernement, en premier. Celui-là même qui est censé coordonner l’action gouvernementale, même si dans les faits, cela n’est pas établi.

Une manière pour le prince de désavouer cet ancien ambassadeur du Cameroun au Canada, qu’il a lui-même porté à la tête du gouvernement le 30 juin 2009. La posture de Paul Biya est semblable à celle d’Abraham dans les évangiles et le Coran, qui avait sacrifié son fils Isaac ou Ismaël afin de démontrer toute son obéissance au Seigneur.

Ainsi, l’homme du 6 novembre 1982, croit se voir dans l’obligation de sacrifier l’un de ses plus proches collaborateurs afin de montrer au peuple qu’il a encore des ambitions. Pour cela, les mots ne manquent pas: «La plupart de nos grands projets mettent en jeu, à un stade ou à un autre de leur mise en œuvre, les compétences de divers services. Je ne suis pas sûr que l’indispensable coordination entre ceux-ci ait toujours lieu. Il nous faudra sans aucun doute améliorer les choses de ce point de vue».

Ou encore : «Pourquoi, dans bien des cas, les délais de prise de décision constituent-ils encore des goulots d’étranglement dans la mise en œuvre des projets ? Comment expliquer qu’aucune région de notre territoire ne puisse afficher un taux d’exécution du budget d’investisse-ment public supérieur à 50 % ? Enfin, il est permis de s’interroger sur l’utilité de certaines commissions de suivi de projets, qui ne débouchent sur aucune décision». Tous ces aspects évoqués sont sous le contrôle de la primature.

Démission 

Le fils d’Abraham ne s’opposa pas à la volonté de son père. Tout au contraire, il indiqua: «ô mon père! Fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras patient, si Dieu le veut». Philémon Yang va-t-il faire comme Ismaël ? Rien n’est sûr. Car, l’an dernier, des informations crédibles ont fait état de la lassitude du premier ministre. Le Journal L’Épervier publiait en grande Une, l’information selon laquelle le Pm avait remis sa démission au Chef de l’Etat. Mais son directeur de cabinet avait pondu un communiqué dans le quotidien gouverne¬mental, Cameroon tribune du 28 août 2012 pour démentir l’information.

Les critiques du Chef de l’Etat ne sont pas nouvelles, si l’on se réfère au dernier conseil ministériel qu’il a présidé, en janvier 2013. Le communiqué final signé du secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, laissait déjà entrevoir un refroidissement entre les deux hommes. «L’importance d’une coordination plus étroite des projets impliquant différents départements ministériels et demande des efforts supplémentaires dans l’assimilation de la méthode d’élaboration et de mise en œuvre des feuilles de route», pouvait-on lire.

C’est la raison pour laquelle le Chef de l’Etat avait demandé l’organisation d’un séminaire gouvernemental et un encadrement plus soutenu des ministères, dans le suivi de leurs feuilles de route respectives, afin de faire en temps utile, les recadrages nécessaires.

Message et curiosités

Après avoir voté le 30 septembre 2013 à l’Ecole publique, de Bastos, dans le cadre du double scrutin des législatives et municipales, Paul Biya a accordé une cour¬te interview à la Crtv dans laquelle il annonçait que le cinquantenaire de la Réunification, attendue depuis 2010 se tiendra en 2013 : «Je pense qu’avant la fin de l’année nous serons là pour célébrer le cinquantenaire de notre Réunification», a-t-il confié devant les journalistes. Mais l’année s’est achevée et le cinquantenaire n’a pas eu lieu. Dans son discours de fin d’année, le Chef de l’Etat n’a même pas fait allusion à cet événement.

Pour Maurice Kamto, il est à craindre que «la non tenue du cinquantenaire alimente davantage les frustrations compréhensibles de nos frères de la partie anglophone du pays et à vrai dire, de l’ensemble du peuple camerounais; car la réunification est le tournant de l’histoire du Cameroun postcolonial, et donc de notre histoire coloniale».

Or, c’est le Chef de l’Etat qui annonçait le 31 décembre 2011, que «seule la concomitance de la date de l’anniversaire de cet événement historique avec celle de l’élection présidentielle nous a empêchés de le commémorer au moment où nous l’aurions souhaité. Il le sera dès que possible, à Buéa, avec toute la dignité et la ferveur voulues, car nous ne devons jamais oublier que la Réunification fut le premier pas de notre nation vers son unité» ? Deux ans plus tard, rien ne s’est tenu.

Autre oubli du Président et pas des moindres, la mise en place du Conseil constitutionnel.

Autre curiosité de l’adresse présidentielle, c’est le caractère évasif des propos de Paul Biya, à propos de la mise en place du Conseil constitutionnel. «… Après la mise en place du sénat et des collectivités territoriales décentralisées, la création dans un délai raisonnable du Conseil constitutionnel va parachever l’édifice institutionnel prévu par notre loi fondamentale».

Le 30 septembre 2013, Paul Biya se faisait déjà aérien sur ce Conseil, dont la mise sur pied est consignée dans la Constitution de 1996: «Nous sommes en train de faire des progrès gigantesques et après les législatives et les municipales, nous mettrons en place le Conseil constitutionnel».

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