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Gouvernement – Accusations d’insubordination: Ces ministres sont dans le collimateur de Philémon Yang

Gouvernement – Accusations d’insubordination: Ces ministres sont dans le collimateur de Philémon Yang

Dans une longue lettre adressée au chef de l’Etat depuis quelques jours, le premier Ministre accuse : Louis- Paul Motaze, Essimi Menye, Ama Tutu Muna, Patrice Amba Salla, Issa Tchiroma, etc.  d’insubordination et de mépris vis-à-vis de la hiérarchie.

Selon des sources généralement bien informées, un rapport incendiaire du premier Ministre Philémon Yang se trouve depuis quelques jours, sur la table du président de la république Paul Biya.

Dans ce virulent pamphlet dont nous avons pu obtenir copie, le locataire de l’immeuble étoile accuse ouvertement plusieurs membres de son cabinet, de saper son autorité, au point de mettre en péril, le sacro saint principe de cohésion gouvernementale. Au premier rang des mis-en-cause, se trouve  le SG des services du PM, M. Louis Paul Motaze.


I- chronique d’une guerre larvée ou la saga de deux  ennemis rapprochés…

Il n’est un secret pour personne que Louis Paul Motaze et Philémon Yang son patron immédiat ne s’apprécient guère. Malgré les apparences et les dispositions de l’article 2 alinéa 1 du décret N°92/088  du 04 mai 1992, qui fixe les compétences du secrétaire général des services du premier ministre : « Le secrétaire général des services du premier Ministre assiste le premier Ministre dans l’accomplissement de sa mission », des indiscrétions émanant de l’immeuble étoile allèguent clairement  qu’au lendemain de la nomination de Louis Paul Motaze au poste de SG des services du PM , celui-ci était rapidement apparu aux yeux de Philémon Yang comme un rival, pire même, un espion chargé d’épier ses faits et gestes au profit de Paul Biya.

Or à la lecture des attributions affectées à chacune des personnalités, en commençant bien évidemment par celles du SG : « Le SG des services du PM reçoit du Premier Ministre des directives relatives à l’organisation du Gouvernement et à la mise en œuvre des grands objectifs du Gouvernement dans les secteurs relevant de sa compétence ;       il veille, sous l’autorité du Premier Ministre, à la réalisation des programmes d’action gouvernementale approuvés par lui et impartis aux Chefs de Départements Ministériels, à l’exception de ceux relevant de la Présidence de la République ;

–         il suit l’exécution des décisions prises par le Premier Ministre ;

–         il instruit les dossiers que lui confie le Premier Ministre et suit l’exécution des instructions données ;       il prépare les Conseils de Cabinet et les réunions interministérielles dont il assure le Secrétariat et établit les relevés des décisions et les communiqués ;      il assure la liaison avec le Secrétariat Général de la Présidence de la République en ce qui concerne la préparation des Conseils Ministériels ;       il assure le suivi de l’application des lois et des règlements en vigueur ;        il exerce le rôle de conseil juridique du Gouvernement, dans les secteurs relevant de la compétence du Premier Ministre.

 Dans l’intervalle des sessions du Conseil de cabinet, il veille sous l’autorité du Premier Ministre à la Coordination du Travail Gouvernemental.

Article 3 : Placé sous l’autorité d’un Secrétaire Général assisté d’un secrétaire Général-Adjoint, le Secrétariat Général des Services du Premier Ministre comprend :        des Conseillers Spéciaux ;        des Conseillers Techniques ;        des Chargés de Mission ;        des Attachés ;      des services internes. Le secrétaire général des Services du Premier Ministre qui a rang et prérogatives de Ministre, assure :        la direction générale du Secrétariat général des Services du Premier Ministre, la supervision et la coordination des Services rattachés ;   l’instruction des affaires soumises à la sanction du Premier Ministre ;       la préparation des arbitrages du Premier Ministre ;       l’efficacité de l’action gouvernementale et plus particulièrement la préparation des Conseils de Cabinet, des réunions interministérielles, de certains Conseils et comités placés sous l’autorité du Premier Ministre et assure le Secrétariat de ces réunions ;      la liaison avec le secrétaire Général de la Présidence de la République, en ce qui concerne la préparation des Conseils Ministériels.». Louis Paul Motaze n’est ni prou ni peu, qu’un proche collaborateur, voire un subordonné du premier Ministre. Pourtant, dans la lettre transmise depuis quelques jours au chef de l’Etat, le PM  accuse son SG de divers maux, allant de l’affairisme aux intrigues, en passant bien entendu par le trafic d’influence.

II- La longue liste des  insoumis

Après avoir rejeté les propositions de nominations du ministre de l’agriculture et du développement rural, M. Essimi Menye. Le premier ministre a servi une demande d’explications à ce dernier, il y a plus d’une semaine pour insubordination. Dans la lettre adressée au chef de l’Etat, celui-ci est également  épinglé et accusé d’incitation à la rébellion. C’est la raison pour laquelle, informé par ses relais proches de la présidence de la république, le ministre de l’agriculture serait allé rencontrer Paul Biya à Mvomeka’a pour couper l’herbe aux pieds du PM.

 

La Ministre des arts et de la culture est le second membre du gouvernement à avoir subi l’ire du PM, ces derniers temps. Accusée d’avoir incité, le 18 Avril dernier à Mbengwi,  les artistes musiciens à implémenter une nouvelle société de gestion des droits d’auteurs, alors même  que quelques jours plutôt,   un comité ad hoc avait été créé par les soins du maître des céans à la primature. Le nom d’Ama Tutu Muna,  originaire de la même région que le chef du gouvernement, apparaît néanmoins dans la longue liste des ministres insoumis, voire dans le brûlot adressé au chef de l’Etat. A contrario, dans une interview fleuve parue chez notre confrère La Météo, l’artiste Roméo Dika incriminait déjà  formellement Philémon Yang. Entre autres, l’auteur de « Le Mari de ma femme » l’accusait de harceler Ama Tutu Muna, à cause de  la liaison qu’il aurait eue avec son ex, Chantal Ayissi.

Au rang des insoumis, figurent également Patrice Amba Salla, le ministre des travaux publics, Basile Atangana Kouna  le Ministre de l’eau, mais également Issa Tchiroma Bakary dont le nom est abondamment cité dans le dossier relatif à la passation du marché de réhabilitation de la CRTV.  Que fera Paul Biya de la lettre de Yang ? Le temps nous le dira assurément…

Yves Junior Ngangue

 

 

 

Interview – Docteur Christian Mounkam, Universitaire  et chercheur

Pour  apporter des éclairages relativement à la fonction et aux prérogatives du premier Ministre, le docteur  Christian Mounkam nous a ouvert ses portes.

«  Il y a des ministres qui outrepassent leur hiérarchie directe pour traiter directement avec la présidence de la république.  Ne perdons pas également de vue que ce n’est pas le premier Ministre qui nomme les ministres comme c’est très souvent le cas dans certains régimes parlementaires. Même si notre loi fondamentale stipule clairement que les ministres sont nommés sur proposition du PM, ce n’est qu’une simple formule. »

 

Pourquoi l’autorité du premier Ministre est-elle si souvent bafouée par ses propres ministres ?

Fondamentalement, au Cameroun, la fonction de premier Ministre est une coquille vide. A la primature, c’est le SG des services du premier Ministre qui sert en réalité de relai entre la primature et la présidence de la république.

Comment peut-on interpréter la relation conflictuelle qui existe en ce moment entre le premier Ministre et quelques uns de ses collaborateurs ?

La primature est le lieu par excellence où s’opèrent la  centralisation et la  coordination des activités gouvernementales. Par exemple, dans le cadre des nominations à certains postes (sous-directeurs de l’administration centrale, chefs de services…), le Ministre doit recevoir le quitus de la primature pour valider une nomination. Ceci pouvant  donc expliquer cela… le premier Ministre peut  fatalement s’attirer les foudres d’un ou de moult de  ses ministres, en cas de rejet des propositions de nominations émanant de ceux-ci.

Docteur, le premier Ministre doit-il rejeter les propositions de nominations découlant d’un ministre, au risque d’ébranler la cohésion de son équipe ?

C’est difficile à dire, mais je devrais rappeler ici qu’il en a le pouvoir. Le premier Ministre peut rejeter des propositions de nominations. Si une nomination ne passe pas par l’étape de la primature, elle n’a objectivement aucune valeur juridique et ne remplit pas le canevas des procédures administratives.

Le Premier Ministre peut-il se substituer à un ministre, au point de gérer un département ministériel, en lieu et place du titulaire de la fonction ?

Ce n’est pas faisable sans la satisfaction de certains préalables. Par conséquent, le chef de gouvernement ne peut assurer une fonction de Ministre qu’au cas où le titulaire de la fonction est indisponible ou permissionnaire.

Dans un régime présidentialiste comme le nôtre, de qui le premier Ministre tire t-il sa légitimité ?

Il tire tout naturellement sa légitimité du président de la république qui est la clé de voûte des institutions républicaines.

Dans son adresse à la nation le 31 décembre dernier, le président de la république avait ouvertement accusé le gouvernement d’être à l’origine de la situation de statu quo  dans laquelle se trouve le Cameroun, Paul Biya avait entre autre condamné  vivement la sous-consommation du BIP. De ce point de vue, le chef de l’Etat ne veut-il pas implicitement inviter  le Premier Ministre à  rendre son tablier ?

C’est très difficile à dire. Notons tout simplement que cette situation n’est pas inédite dans l’histoire politique du Cameroun. Dans les années 1960, si j’ai bonne mémoire, l’un des premiers Ministres du Président Ahidjo, du nom d’Ahanda avait effectivement rendu son tablier parce que sa vision ne correspondait pas à celle de l’ancien chef d’Etat.

Docteur, pour mettre un terme à notre entretien, qu’est-ce qui de votre point de vue, peut justifier la désinvolture de certains membres du gouvernement vis-à-vis du premier Ministre ?

L’autorité du premier Ministre est mise à rude épreuve parce qu’il n’a pas de pouvoirs réels. Ses pouvoirs en tant que chef du gouvernement sont en réalité virtuels, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il y a des ministres qui outrepassent leur hiérarchie directe pour traiter directement avec la présidence de la république. Ne perdons pas également de vue que ce n’est pas le premier Ministre qui nomme les ministres comme c’est très souvent le cas dans certains régimes parlementaires. Même si notre loi fondamentale stipule clairement que les ministres sont nommés sur proposition du PM, ce n’est qu’une simple formule.

Propos recueillis par Yves Junior Ngangue

 

Ce que dit la constitution à propos du gouvernement et du Premier Ministre

Art.10.

(1) Le Président de la République nomme le premier ministre et, sur proposition de celui-ci, les autres membres du Gouvernement ;

Il fixe leurs attributions ;

Il met fin à leurs fonctions ;

Il préside les conseils ministériels.

(2) Le Président de la République peut déléguer certains de ses pouvoirs au Premier ministre, aux autres membres du Gouvernement et à certains hauts responsables de l’Administration de l’Etat, dans le cadre de leurs attributions respectives.

(3) en cas d’empêchement temporaire, le Président de la République charge le Premier ministre ou, en cas d’empêchement de celui-ci un autre membre du Gouvernement, d’assurer certaines de ses fonctions, dans le cadre d’une délégation expresse.

Chapitre II

Du Gouvernement

Art.11.

(1) Le Gouvernement est chargé de la mise en œuvre de la politique de la Nation telle que définie par le Président de la République.

(2) Il est responsable devant l’Assemblée Nationale dans les conditions et selon les procédures prévues à l’article 34 ci-dessous.

Art.12.

(1) le Premier ministre est chef du gouvernement et dirige l’action de celui-ci.

(2) Il est chargé de l’exécution des lois.

(3) Le premier ministre exerce le pouvoir

Réglementaire et nomme aux emplois civils, sous réserve des prérogatives reconnues au Président de la République dans ces domaines.

(4) Il dirige tous les services administratifs nécessaires à l’accomplissement de sa mission.

(5) Il peut déléguer certains de ses pouvoirs aux membres du Gouvernement et à des hauts responsables de l’Administration de l’Etat.

Extraits  de la loi N°2008/001 du 14 Avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°96/06 du 18 janvier 1996

 

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