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Général Pierre Semengué : «je suis une personne crédible»

Général Pierre Semengué : «je suis une personne crédible»

En votre qualité de président de la ligue de football professionnel du Cameroun (Lfpc), comment avez-vous vécu le premier top match de la saison programmé à Garoua ?
J’ai trouvé le match très engagé. Voilà un match de ligue entre deux clubs du top 5 et à l’issue duquel il y a eu 07 buts. C’est extraordinaire qu’il y ait tant de buts pour un match de ce niveau. Cela veut dire que les deux équipes étaient préparées ; et le plus réaliste a gagné. Je dois d’ailleurs dire à cet effet que j’ai reproché au sélectionneur de Coton Sport (Emmanuel Soccoia, ndlr) d’avoir tardivement procédé au remplacement. Le latéral gauche (Bonyang Fernado, ndlr) n’était pas à l’aise dans le match ; il était tout le temps battu de vitesse par l’adversaire. On devait le changer plus tôt, cela aurait peut-être évité le 4ème but à Coton Sport. Je pense que beaucoup de gens, même de l’extérieur, ont vu que notre football est en train de progresser. Personnellement, je suis très content.

Voici bientôt cinq années que vous êtes à la tête de la Lfpc. Quel bilan pouvez-vous faire ?
Le premier point de mon bilan, c’est d’avoir mis en place une équipe pour travailler. Je suis arrivé à la Lfpc tout seul ; je n’avais rien, même pas un bureau. On a pu former une équipe de jeunes pour travailler avec moi je ne connaissais personne de tous ceux-là. J’ai recruté mon monde et nous avons commencé à abattre le travail colossal que vous voyez aujourd’hui. Deuxièmement, j’ai proposé une feuille de route qui a été validé à l’occasion d’un séminaire organisé par le ministre des Sports durant trois jours dans son cabinet. Tout le monde était d’accord sur cette feuille de route qui est devenue la colonne vertébrale du fonctionnement de la Ligue. Troisième chose, j’ai pu réunir le minimum financier pour démarrer le travail en vue de la professionnalisation de notre football. Il s’agissait d’environ 560 millions de Fcfa venant du Minsep, 700 millions de MTN, 410 millions de la Fecafoot et j’ai pu obtenir du gouvernement 350 millions de Fcfa tous les ans. Ça nous a permis de vivre. J’ai réglé le problème de la mutation des clubs en société. A l’époque, ça avait fait l’objet de bagarres, mais j’ai pu obtenir de la Cour suprême l’interprétation de la loi pour mettre tout le monde d’accord. Maintenant, les clubs sont transformés en Sociétés. Il n’y a donc plus de problème de ce côté bien que les sociétés ne soient pas encore viables. Mais si la mutation a pu être faite, c’est déjà un acquis.

J’ai pu obtenir du gouvernement des incitations financières énormes, notamment une défiscalisation à hauteur de 5% du chiffre d?affaire des sociétés, qui peuvent être reversées à la ligue ou aux clubs dans le cadre du sponsoring. C’est quelque chose qui ne coûte rien aux sociétés. Elles peuvent donner à la ligue l’impôt qu’elles payent à la nation à hauteur de 5%. Évidemment, ce n’est pas obligatoire. Il faut que les sociétés acceptent de le faire. Je vous prends un exemple. Le chiffre d?affaire des sociétés membres du Gicam, c’est dix mille milliards et 5% équivaut à 500 millions de Fcfa. Moi, je n’ai besoin d’environ que 200 millions pour quatre ans. J’ai confiance que les entreprises privées vont adhérer à mon idée de financement qui permettra de rendre les clubs réellement professionnels, à faire un certain nombre d’infrastructures indispensables tels que les terrains de jeu, les centres techniques, le siège de la ligue et investir dans la médecine sportive qui est très importante, mais négligée au Cameroun. Il est important de signaler que j’ai pu également pu introduire la nécessité de primer les équipes et les joueurs à travers les awards. Enfin, j’ai négocié un certain nombre de partenariats avec les médias, notamment Canal 2, avec Garman pour le volet équipement des équipes et Ifap Sport s’agissant du marketing.

Est-ce sur la base de ce bilan que vous sollicitez un nouveau mandat à la tête de la Ligue ?
Bien sûr ! Il faut que tout ceci soit concrétisé. Il faut que ce soit réel sur le terrain, que l’argent vienne pour qu’on puisse faire un certain nombre de choses. Donc, ce mandant sera celui de la concrétisation de tout ce qui a été entamé par le passé. C’est pourquoi je demande aux présidents des clubs de me faire confiance parce que j’ai engagé des actions à accomplir sur le terrain. Lorsque les privés verseront de l’argent à la Ligue, nous allons faire des choses formidables qui nous permettront de retrouver notre place d’antan en Afrique et dans le monde.

Quel intérêt ont les clubs à vous avoir à nouveau à la tête de la ligue ?
Beaucoup de choses changeront. Je voudrai par exemple consentir un budget minimum de 500 millions de fcfa par an aux clubs de ligue 1, et 350 millions de Fcfa aux clubs de ligue 2. Ce montant leur permettra de payer effectivement les joueurs et les encadreurs. Je vais pourvoir mettre à la disposition de chaque club un terrain de jeu et d’entrainement dignes du professionnalisme que nous revendiquons tant. Je vais enfin offrir à l’ensemble des joueurs la possibilité de se soigner sans dépenser le moindre sous.

Vous semblez oublier un détail qui hélas n’est pas négligeable : les infrastructures. A Garoua, bientôt, le stade omnisports sera fermé pour les travaux de la CAN 2019. Comment penser au professionnalisme sans infrastructures ?
La ligue est au courant. C’est pour cela que je demande aux autorités de ne pas fermer le stade du complexe technique de Coton sinon le championnat sera menacé. Mais dans la cadre de mon plan d’actions, j’ai un programme d’infrastructures à réaliser avec l’aide des partenaires privés. Je compte en effet aménager 25 stades multisports sur l’ensemble du territoire.

Vous attendez vraisemblablement tout des partenaires privés. Et si rien ne se passe comme prévu…
Et pourquoi voulez que les choses ne se passent pas comme moi je les ai prévues ?

Nous insistons parce que vos adversaires vous reprochent justement de n’avoir pas pu mobiliser assez d’argent durant vos cinq premières années…
Il fallait d’abord obtenir cette défiscalisation pour inciter les partenaires privées à nous suivre. Et même quand j’ai obtenu la décision y afférente, les gens n’y croyaient pas. C’est maintenant que les gens comprennent, après qu’on a obtenu la lettre du ministre des Finances, que c’est sérieux. Après, pour que les entreprises acceptent injecter de l’argent, il faut avoir quelqu’un de crédible qui prendra les devants et je suis cette personne crédible.

Les clubs du Grand-Nord se plaignent de la distance à parcourir pour se rendre au Sud, théâtre des opérations, et réclament une enveloppe supplémentaire en plus de la subvention ou des facilités au niveau du transport. Qu’en sera-t-il si vous êtes élu ?
Je vais tenir compte de cet aspect dans le partage de l’argent que je demande aux privés. Les clubs du Nord descendent 9 fois au Sud. Peut-être à partir de la saison prochaine, ils vont même descendre 10 fois. Comme solution immédiate, dans un premier temps, nous allons négocier avec Camrail et Touristique Express pour qu’ils acceptent de nous donner 5% de leur chiffre d?affaire que je vais leur rétrocéder afin que les équipes puissent voyager gratuitement.

Quelle place accordez-vous à la gouvernance sportive ?
J’ai mis un accent sur la gouvernance sportive depuis que je suis à la Ligue. D’ailleurs, je vais signer un contrat avec l’Ordre national des médecins pour la partie sanitaire des équipes, de même que je vais tout faire afin d’avoir une assurance tout risque pour que les joueurs soient couverts en dehors et sur les stades. On va s’assurer aussi que les joueurs passent effectivement les visites médicales. Je vais également signer un contrat avec la Direction technique nationale pour la partie technique, afin de s’assurer que les entraineurs ont le niveau, que les équipes possèdent des centres techniques. Je vais aussi signer un accord avec des sociétés d’audit pour le contrôle permanent des équipes et contribuer à la formation des clubs en matière de gestion.

 

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