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Franklin Mowha «… j’ai usurpé le titre de lieutenant colonel »

Franklin Mowha «… j’ai usurpé le titre de lieutenant colonel »

Franklin Mowha, défenseur des droits de l’homme.Après son arrestation et son incarcération dans la cellule de la compagnie de gendarmerie de Bamenda, celui que certains appellent «  Nelson Mandela » ou «  messie », étiqueté par les transporteurs de l’axe routier Mbouda-Bamenda, a accordé une interview à Camer.be. L’homme qui vit entre Bangangté où il a installé ses bureaux du FFCI et à Bamenda où est logée sa famille, revient sur le film de ses derniers déboires et se félicite des retombées de ses actions.

Vous avez été détenu dans la cellule de la compagnie de Gendarmerie de Bamenda (Up station). Peut-on être édifié sur les circonstances de cette garde à vue ?

Merci pour cette occasion que vous donnez de m’étendre sur cette situation survenue sur l’axe routier Bamenda-Mbouda, qui à mon sens, est une dérive à stigmatiser avec la dernière énergie. Nous sommes le samedi 10 septembre 2016. Je me suis retrouvé entre St Peter catholic school of Bambui et le carrefour qui sépare Bambui-Foundong et Bambui-Kumbo, avec une série des véhicules immobilisés par un gendarme routier en service à la brigade routière de Bamenda (Up station). Mettant en péril la bonne circulation des biens et des personnes, au motif de procéder tout seul au contrôle. Je me suis vu interpellé d’abord par élan de citoyenneté, ensuite par devoir d’agir. A la question de savoir si au Cameroun, il y a une disposition qui lui autorisait de mener le contrôle tout seul. « Non », a-t-il répondu spontanément. Avant de continuer « cette route est divisée en deux sens. J’assure le contrôle d’un côté et mon collègue de l’autre côté ». S’étant ainsi rendu compte qu’il a donné des précisions sur cette pratique proscrite par la loi, il a exigé à voir ma carte d’identité nationale. Sans hésitations, je la lui ai remis à mains propres. Après avoir pris connaissance, il a appelé sa hiérarchie pour dire qu’ « il y a un monsieur ici qui m’empêche de travailler. Certainement, il est des services de renseignement ». Lui qui était habitué à la raquette, il a refusé en ce moment précis d’encaisser de l’argent que les usagers même dans le respect venaient lui offrir.  Le commandant de la brigade routière lui a intimé l’ordre de me faire venir dans ses services. Nouvelles qu’il m’a transmises alors qu’il détenait encore ma CNI. A moi de lui rappeler que le suspect ne se rend pas seul, mais qu’il doit être conduit. Il a de nouveau rappelé sa hiérarchie pour lui en informer de ce que j’ai décidé qu’il suspende son activité. Tenu par l’obligation de m’emmener et surtout de me donner l’état exact de ce qu’il a indûment perçu jusqu’à lors (9h 30 environs). Ainsi, l’argent sortait de toutes ses poches, dans son béret et dans les sièges côté passager de sa voiture. C’étaient surtout des billets de 1000, 2000 et 5000 frs, soit un montant élevé à 319 000 de nos Francs. Qu’il m’a fait savoir qu’une partie de son propre argent y était inclus. Je lui ai demandé si en dehors de l’activité qu’il menait, s’il détenait un commerce autour. « Je suis parti de la maison avec la plus grande partie de la somme », a-t-il répondu. Avant de nous rendre à la brigade, j’ai tenu à voir son collègue de l’arnaque. Il a occasionné une brouille et son collègue en question a pris la poudre d’escampette. Une fois conduit à la brigade, l’ordre a été intimé par le commandant de me garder à vue, sous le prétexte qu’un civile n’a aucun droit de s’occuper délibérément de ce qu’un gendarme fait. « Nous sommes mandatés par Paul Biya, Président de la République du Cameroun pour faire ce travail », a-t-il déclaré. Je lui ai dit que j’assumerai ma garde à vue, mais qu’en retour, ils devraient assumer les conséquences des pratiques illicites. Par devant moi, il a appelé le Gouverneur. L’autorité administrative lui a demandé de voir avec le Co-légion. Ce qu’il a fait en précisant que j’ai troublé leur fonction. Le Co-légion a instruit que je sois entendu devant le Commandant de Compagnie. Pendant mon audition, le Commandant de la brigade routière a demandé qu’on mentionne que j’ai usurpé le titre de Lieutenant colonel. J’ai attiré l’attention de l’enquêteur que ce sont mes déclarations qui comptent et non celles d’une tierce et qu’en aucun cas, elles ne doivent être tronquées. Bien plus, je n’avais présenté aucun signe ou aucun papier qui faisait de moi un homme en tenue, pour ne pas dire un lieutenant colonel comme il a laissé entrevoir. 
Au lendemain de ma garde à vue, le commandant de la brigade routière envoie un adjudant chef en service à la compagnie, me torturer en cellule. J’ai reçu une gifle bien appliquée de ce monsieur que je me suis retrouvé entrain de me défendre, car il n’entendait pas s’arrêter à la seule gifle. Notamment, il voulait m’humilier en me déshabillant, en lançant que des détenus ne doivent aucunement rester en cellule étant habillés. Dans cette chaude altercation, il s’est retrouvé à l’hôpital le plus proche dans un état de comas avancé. J’ai agit ainsi car il n’avait aucun droit de sévir en cellule réservée. 
Ma garde à vue a duré jusqu’à mardi 13 septembre, jour où j’ai été déféré devant le commissaire du Gouvernement près le tribunal militaire de Bamenda. Il m’a tout simplement demandé de présenter quelques garants pour retrouver mon domicile et ma famille. En signant qu’il ne trouve aucune charge contre moi, et qu’il me connait personnellement comme « un défenseur établi des droits de l’homme et dont la crédibilité n’est plus à démontrer ». Voila comment j’ai été simplement et purement relaxé.

Etant aussi seul, de quelles prérogatives as-tu agit à ce moment précis ?

J’étais parmi les victimes de cette mauvaise pratique qui nous a écroués sur place pendant de longues heures. De par ma profession, je vous ai dit plus haut que face à cette pratique, j’étais plus que jamais interpellé. Je me serais senti dans mon silence complice comme un vrai faux défenseur des droits de l’homme. Vous comprendrez que je n’avais pas d’autres choix que d’agir. Un défenseur des droits de l’homme doit être en toute circonstance, la voix des sans-voix, si non, il ne servirait à rien qu’il existe en tant que tel.

Pour le défenseur des droits de l’homme que tu es, les autres organisations des mêmes causes sont-elles venues à ta rescousse pendant ta garde à vue ?

Du fond de mon cœur, je loue la promptitude et l’ardeur de mes confrères. Ils sont venus nombreux tant en cellule que par devant le tribunal militaire, question de comprendre et suivre la procédure. Je veux reconnaitre ici l’implication de toutes les organisations de la défense des droits de l’homme officiant dans le Nord-ouest, avec en tête de fil, la commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL).

Si ce n’est qu’un coup d’épée dans la mer, ton action a-t-elle porté des fruits ?

En quittant Bamenda le mercredi 14 septembre, j’ai constaté qu’il y avait plus de contrôle routier sur le théâtre des événements. C’est une première victoire pour moi. Les usagers ne devraient non plus profiter de cette situation pour mener des actions contre-nature. Ce que nous demandons c’est que chacun travaille selon des lois édictées par la République. Nous sommes dans une démocratie où nulle n’est au dessus de la loi. Nous voulons dans nos agissements, réserver un Etat de droit au Cameroun, notre cher et beau pays. Le combat continue !

 

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