FRANCE CONTRE CAMEROUN :LE GOUVERNEMENT DOIT PROTEGER TOUT LE STAFF D’AFRIQUE MEDIA TV

FRANCE CONTRE CAMEROUN :LE GOUVERNEMENT DOIT PROTEGER TOUT LE STAFF D’AFRIQUE MEDIA TV

Pendant la deuxième  guerre du Golfe, l’armée américaine a demandé aux journalistes de s’inscrire auprès de ses services de presse pour être affectés à des unités spécifiques opérant sur le terrain, au sein desquels selon l’armée américaine, ils seraient protégés. Craignant d’être bâillonnés par cette visite guidée et exposés uniquement à une information aseptisée, de nombreux journalistes ont refusé et sont allés sur le terrain de façon indépendante.

Par la suite, l’hôtel Palestine à Bagdad qui était connu comme étant un lieu de résidence de la presse, donc en principe immune d’attaques, a été bombardé par l’artillerie américaine provoquant la mort de deux journalistes, le cameraman de Reuters, Taras Protsyuk et le cameraman de la chaine de télévision espagnole Telecinco. Le pentagone a affirmé que c’était par accident, mais un ancien sergent du renseignement militaire américain, Adrienne Kinne a révélé  à Amy Goodman sur DEMOCRACY NOW, une émission de la télévision américaine, qu’elle avait vu des documents militaires qui classaient l’hôtel Palestine comme « cible potentielle ».

Cette anecdote nous rappelle simplement qu’en guerre les journalistes et reporters sont des cibles au même titre que les soldats sur le terrain. Non seulement les personnes physiques, mais aussi les structures qui les abritent. En 2011, pendant la guerre de Côte d’Ivoire, l’armée française avait fait de la Radio Télévision Ivoirienne une cible de choix parce que comme nous le savons tous,  la victoire dans la guerre de l’information est un facteur très déterminant de la victoire sur le plan militaire et politique. La presse contrôle l’esprit des peuples et des troupes, leur perception des évènements et par conséquent, leurs actions sur le terrain et leurs réactions aux évènements.

Cette hostilité vis-à-vis des journalistes et reporters n’est pas le seul fait de la France et des Etats-Unis. Pratiquement tous les pays du monde prennent plaisir à tirer sur les journalistes comme en témoignent de nombreux cas de violences pratiquement hebdomadaires exercées sur les journalistes sur les lieux de conflits.

Le Cameroun est justement en guerre contre Boko Haram et ses puissants sponsors étrangers. Et Afrique Media TV est avec d’autres medias à l’instar de www.cameroonvoice.com, www.allainjules.com, et le Sphinx Hebdo, ceux qui sont à l’avant-garde du combat médiatique. La coupure du signal satellite par Canal Set de la première chaine de télévision du pays et du continent, alors que rien ne justifiait cet acte nous rappelle avec quel sérieux l’Empire français prend la menace de ce media qui éveille les consciences camerounaises et africaines. Et la guerre contre Afrique Media TV pourrait prendre une tournure plus sinistre et physique.

D’aucuns penseront qu’une « grande » nation qui se respecte ne peut aller aussi bas en s’attaquant physiquement à des groupes s’opposant à son hégémonie. Le penser c’est oublier le sort qu’ont connu les leaders tels qu’Um Nyobe, Félix Moumie, Ossende Afana, Sylvanus olympio, Sankara, Kaddafi et autres nationalistes africains. Oh, c’était en temps de guerre, penseriez-vous. On assassine aussi bien en temps de paix même si les méthodes sont plus subtiles. Ce genre de boulots est en général confié aux services de renseignements, organismes aux services des gouvernements.

Que peut-il arriver à Afrique Media TV au Cameroun ? La France n’oserait pas s’attaquer à eux sur leur propre terrain, penseraient d’autres. C’est justement sur une terre étranger que les agents français à travers leurs relais locaux sont le plus susceptibles de mener pareille action car ils pourraient s’en laver les mains et attribuer cet acte au gouvernement sous le fallacieux prétexte qu’Afrique Media TV faisait des révélations qui embarrassaient le gouvernement camerounais alors même qu’il est évident que le gouvernement camerounais n’a aucun intérêt à s’en prendre à ce groupe médiatique. Si c’était le cas, une simple interdiction serait suffisante.

Ce n’est pas par hasard que Félix Moumie et autres nationalistes ont été tués en dehors de la France, précisément dans leur pays d’origine. Lorsqu’un individu mène une action qui interfère avec les intérêts d’un gouvernement, il vous fait éliminer de préférence en terre étrangère. Une opération menée en pays étranger donne (répétons-le) aux yeux de l’opinion, une présomption d’innocence au gouvernement qui ordonne un assassinat.

Ce genre d’action hostile en terre étrangère est en général suivi par la mise en place d’une autopsie et d’une commission d’enquête contrôlées dont le rôle réel est de discréditer la thèse de l’assassinat en faisant croire à l’opinion que tout est fait pour établir la vérité dans cette affaire. Croyez-vous vraiment qu’une autopsie menée par un pays allié et complice ait de la crédibilité ?

Dans le cas d’Afrique Media, un accident de circulation, une agression fortuite de bandits, un empoisonnement donnant des airs de «crise cardiaque » assorti d’un cambriolage du siège de la compagnie et destruction du matériel, feraient bien l’affaire.

Il faut que nous le reconnaissions, Patrick Sapack, Jean de Dieu Ayissi, Paul Denis Ketchemen, Mohamed Bachir Ladan, et les autres sont en danger et font preuve d’un extraordinaire courage en allant défendre ainsi les intérêts de la nation sur les plateaux de télévision. Une partie du prix qu’ils payent (si on veut le voir ainsi) c’est de ne plus pouvoir voyager en sécurité en Europe, ni obtenir l’assistance de ces gouvernements dans aucune situation.

Nous croyons humblement qu’en vertu du danger physique qu’ils courent ils devraient être protégés par les autorités bien qu’ils travaillent pour un groupe privé. Les journalistes, le personnel et les bureaux d’Afrique Media TV devraient être protégés par le gouvernement camerounais (qui a la responsabilité d’assurer la protection des citoyens) au même titre que les gendarmes et soldats du BIR qui se battent au front à l’extrême-Nord du pays.

Qu’il n’attende pas qu’il leur arrive quelque chose pour reconnaitre leur valeur. Ne soyons pas une nation qui bâtit des monuments pour ses héros tombés, qu’elle a négligés de leur vivant. Et Justin Tagou, Patrick Sapack, Jean-de-Dieu Ayissi, Paul Denis Ketchemen. Mohamed Bachir et le personnel d’Afrique Media TV sont des héros nationaux, et à ce titre méritent de faire l’objet d’une protection renforcée.

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