Fonction ministérielle :La vie après le portefeuille

Pour des anciens membres du gouvernement, le quotidien après le pouvoir n’est pas une sinécure.

Le 2 octobre 2015, le président de la République forme son 35e gouvernement en 33 ans de magistrature suprême. Les nouveaux promus portent à 310 le nombre de personnalités utilisées par Paul Biya dans ses différents gouvernements. Des hauts responsables qui se recrutent aussi bien dans l’administration, que dans les universités ou le monde des affaires. A certains égards, le quotidien des anciens membres du gouvernement n’est pas une sinécure. Dès leur sortie du gouvernement, beaucoup ont eu de la peine à s’adapter à leur nouvelle condition de vie. Il faut tout de suite songer à une réinsertion professionnelle et affronter le regard des autres. Sans oublier, qu’il faut réapprendre  à vivre sans garde du corps.

De nouvelles conditions de vie auxquelles des ministres récemment sortis du gouvernement s’accoutument difficilement. Peut être par nostalgie. Au lendemain du dernier réaménagement gouvernemental, Ama Tutu Muna ancienne ministre des  Arts et de la Culture (Minac) a reçu toute la  journée à son domicile situé près de l’hôtel de ville, famille et amis, à en croire l’un de ses garçons de course posté devant son portail. Entre temps ces autres collègues d’infortune (Pierre Moukoko Mbonjo, Robert Nkilli et Catherine Bakang Mbock) sont préoccupés par les activités de leur parti politique, le Rdpc

D’autres anciens membres du gouvernement connaissent des fortunes diverses. Beaucoup se sont reconvertis dans la littérature. Le cas de Joseph Owona en dit long. Après avoir occupé différents postes ministériels, sans discontinuer, entre 1982 et 2004, soit 21 ans, l’agrégé a repris la craie dans les amplis de l’université de Yaoundé II-Soa à sa sortie du gouvernement. Avant sa nomination à la présidence du Comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Joseph Owona a fait paraître aux Editions l’Harmattan des livres. Entre autres « La décentralisation camerounaise »,  « Droit de la Fonction publique camerounaise », « Droit international humanitaire », « Droits constitutionnels et institutions politiques du monde », « Le contentieux administratif de la République du Cameroun ».

Consultations

Bernard Messengue Avom, ancien ministre des Travaux publics, Ebenezer Njoh-Mouellé, ancien Mincom, et l’ancien ministre des Finances et chargé des missions à la présidence de la République (Prc) David Abouem à Tchoyi ont également versé dans la littérature, après leur sortie du gouvernement. Ce dernier a publié en 2013 un livre intitulé « 50 ans de réforme de l’Etat au Cameroun ». Un ouvrage préfacé et postfacé par deux anciens Premiers ministres, tous sénateurs. L’un vice-président du Sénat et président du conseil d’administration de la Société nationale d’Investissement (Sni), Simon Achidi Achu. Et l’autre, président du groupe parlementaire du Rdpc au Sénat et chancelier des Ordres nationaux, Peter Mafany Musonge. En dehors de ces activités livresques, le ministre Abouem à Tchoyi vit  de ses consultations. « La majeure partie de son temps est consacrée aux consultations au Cameroun comme à l’étranger. D’abord au Gtz et au service de développement allemand (Ded). Ensuite je suis souvent en consultation  à l’Assemblée nationale pour le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (Repar)», confie t-il.

L’ancien ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep), Augustin Thierry  Edjoa,  est quant à lui souvent consulté pour la correction de certaines œuvres. Mais, il reconnait tout de même qu’il est difficile de rester  à la maison alors qu’on était habitué à sortir quotidiennement et très tôt. « Après avoir perdu mon fauteuil de ministre, en 2009, j’ai passé plus de temps à la lecture, à la rédaction, à écouter la radio et voir la télévision. Quelques amis et parents venaient me tenir compagnie. Ainsi que beaucoup de militants du Rdpc et des anciens  élèves », se souvient l’actuel président du Comité de gestion du Centre national des urgences de Yaoundé (Cnuy). Son successeur au Minsep, Michel Zoah, passe, pour sa part, les jours de la semaine dans son village Nkolmewouth, dans l’arrondissement de Mbankomo, département de la Mefou et Akono, confie l’un de ses proches. Par contre, beaucoup d’anciens ministres ont disparu de la circulation. Parfois enfermé dans leur maison et occupations pas toujours connues. D’autres ont rebondi après leur limogeage, soit au Sénat, à Elecam, à la Communauté urbaine de Yaoundé, ou comme président de Conseil d’administration (Pca) d’une entreprise publique ou parapublique.

Certains ministres, à l’instar de Titus Edzoa, Marafa Hamidou Yaya, Jean Marie Atangana Mebara et Urbain Olanguena Awono ont été happés par l’Epervier, dans le cadre de la lutte contre les atteintes à la fortune publique. Il est fort possible que des ministres mis sur la touche le 2 octobre dernier connaissent le même sort dans les tout prochains jours.