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Flash back sur l’invitation de Kah Walla au dîner d’etat pour la réception du président François Hollande

Flash back sur l’invitation de Kah Walla au dîner d’etat pour la réception du président François Hollande

Chères Camerounaises, Chers Camerounais,Une visite au Palais de l’Unité suscite tellement d’idées dans notre imaginaire collectif, que j’ai décidé de vous écrire un récit, plutôt personnel, de l’expérience vécue ce vendredi 3 juillet 2015.

Le Dilemme – To go or not to go?

L’expérience commence avec un coup de fil de la Présidence du Cameroun dans l’après-midi du 2 juillet, m’informant que je suis invitée au Dîner d’Etat pour la réception du Président François Hollande le lendemain. Tout de suite, j’hésite. Cette invitation est pour moi dérangeante à plusieurs niveaux.

D’abord sur la forme. Est-ce normal d’être invité à la Présidence de la République juste 24 heures avant l’évènement ? Pourquoi la Présidence a-t-elle décidé d’inviter le CPP à la dernière minute ? 
Ensuite dans le fonds. Doit-on accepter l’invitation d’une Présidence dont l’un des véhicules a servi au kidnapping de la Présidente du CPP que je suis, en 2011 ? Cette même Présidence reste systématiquement muette quand nos droits politiques sont piétinés par son administration : refus régulier de la tenue des réunions, interdiction de participation au défilé du 20 Mai, refus de manifestations publiques non-violentes, etc. Pourquoi accepter de jouer à sa mascarade lorsqu’elle a besoin d’être bien vu par son hôte français ?

Après discussion avec des membres du Secrétariat National du CPP, nous décidons d’honorer l’invitation. Mes camarades rappellent que notre politique est celle d’une diplomatie offensive, fermeté dans nos positions, mais aucun refus de dialogue. En route pour Etoudi.

La Soirée

L’arrivée au Palais de l’Unité est solennelle. L’édifice est imposant et ses belles fontaines, majestueuses. L’orchestre national joue pendant la montée des escaliers et l’on a un sentiment de fierté d’être Camerounais. Lequel sentiment diminue quelque peu à l’entrée de la salle. Un peu d’attente pendant qu’on cherche le siège de l’un des invités en fouillant dans une pile de fiches agrafées, la lueur d’arrogance sur le visage de certains employés du palais, le retard non meublé et une disposition de la salle qui ne permet pas à tous les invités de suivre toutes les étapes de la cérémonie. Côté organisation, nous avons déjà participé à bien meilleur.

L’Essentiel

Avec les autres invités, nous écoutons les déclarations des présidents, les réponses aux quatre questions (bien sélectionnées) des journalistes et les toasts des deux présidents aux invités. Nous retenons ceci :

L’Agenda est Français

Français Hollande est venu avec un agenda français et a obtenu l’essentiel de ce qu’il recherchait : 
• La France sera l’hôte de la conférence sur le changement climatique en décembre 2015. Il a obtenu la participation du Président Biya
• Il a insisté sur la collaboration judiciaire entre le Cameroun et la France. Le Président Biya a promis de voir ce que la constitution lui permettra de faire pour le cas de l’avocate Lydienne Eyoum qui est de nationalité française
• Il a rappelé l’aide publique de la France au Cameroun pour la sécurité régionale et pour le développement Camerounais 
• Il a remercié le Cameroun pour l’appui à l’action de la France en République Centrafricaine et pour la libération des otages français.
• Il a souligné ce que les entreprises françaises peuvent offrir au Cameroun 
• Enfin, il a avoué « l’histoire difficile » qui existe entre la France et le Cameroun sans toutefois préciser les éléments clés de cette histoire et sans aborder les implications de cette histoire dans les relations économiques, politiques et sociales entre la France et le Cameroun aujourd’hui.

Du côté Camerounais, il n’y avait clairement pas d’agenda. Au contraire, le Président Paul Biya a :

• Saisit une énième opportunité pour narguer les Camerounais avec son « Ne reste pas au pouvoir qui veut, mais qui peut ». 
• Confirmé que sa candidature en 2018 est probable. Les incrédules n’ont qu’à bien se tenir.

• Aucunement abordé des sujets qui posent les réels problèmes entre le Cameroun et la France, notamment : 
o L’Histoire de l’indépendance camerounaise et les crimes commis par l’Etat Français et les autorités françaises tout au long de cette période
o Les relations économiques d’aujourd’hui avec les entreprises françaises qui ont du mal à respecter leurs engagements et à livrer les résultats : gestion du Port de Douala, gestion du transport ferroviaire ; ainsi que le traitement des employés camerounais dans ces mêmes entreprises. Aucune mention des contrats octroyés dans le cadre des partenariats de développement et encore moins de la nécessité de voir un développement de l’entreprenariat camerounais à travers ces partenariats.

Le résultat ? Aucun engagement pris par le camp français vis-à-vis du camp camerounais. Aucun dossier sur lequel le gouvernement français doit travailler n’est mentionné. Le gouvernement camerounais n’a rien demandé.

Conclusion

Après la visite de François Hollande, le Cameroun n’a rien obtenu. Ceci essentiellement à cause d’un manque de diplomatie offensive de notre gouvernement. Certainement aussi à cause d’une absence de vision ambitieuse et régulièrement actualisée pour le Cameroun et les Camerounais.

Pour le Cameroon People’s Party, notre pays reste dans le besoin de régler le contentieux colonial avec la France, de mettre en place un processus complet et approfondi d’excuses nationales, de pardon et de réparation afin de redéfinir un partenariat d’égal à égal aux plans politique, économique et social. 
Ceci ne sera jamais possible avec le régime actuel qui est prisonnier de cette histoire et tire toute sa force de l’intimidation et la répression envers le peuple camerounais qui a été établi à cette période.

Pour retrouver notre dignité en tant que peuple et dessiner nous-mêmes notre avenir avec qui que ce soit comme partenaire, nous avons un seul travail à faire, nous débarrasser du régime actuel et le remplacer par un nouveau dont l’essence est de satisfaire nos intérêts en tant que peuple. Aussi aurons-nous la possibilité de visiter le Palais d’Etoudi, non pas avec hésitation et méfiance, mais plutôt avec fierté et appartenance, car enfin, le palais présidentiel sera le palais du peuple. 
The Time Is NOW !

Kah Walla
Présidente Nationale 
Cameroon People’s Party (CPP).

English version

Fellow Cameroonians,A visit to Unity Palace provokes so many ideas in our collective imagination; I decided to recount to you, in a rather personal way, the experience of Friday, July 3, 2015.

The Dilemma – To go or not to go?

The experience began with a phone call from the Presidency of Cameroon on the afternoon of July 2nd, informing me that I was invited to the State Dinner for the reception of President Francois Hollande the next day. Immediately, I hesitated. This invitation was disturbing on several levels.
First, with regard to form: is it normal to be invited to the Presidency of the Republic just 24 hours before the event? Why had the Presidency decided to invite the CPP at the last minute?

Then, with regard to substance: should one accept the invitation of a Presidency whose vehicle was used to kidnap the President of the CPP that I am, in 2011? This same Presidency remains systematically silent when our political rights are trampled upon by its administration: regular refusal to hold political meetings, prohibition of the CPP’s participation in the May 20th parade, refusal to allow non-violent public demonstrations, etc. Why accept to play in the charade when this Presidency now wants to look good in front of its French guests?
After discussion with members of the National Secretariat of the CPP, we decided to honor the invitation. My colleagues reminded me that our policy is that of active diplomacy: firmness in our positions, but always remaining open to dialogue. So off I went to Etoudi.

The Evening

The arrival at the Unity Palace is quite prestigious. The building is imposing and the beautiful fountains, majestic. The national orchestra plays as one climbs the red-carpeted stairs and there is a sense of pride in being Cameroonian. This feeling decreases somewhat as one enters the room. We wait for the ushers to find the seat of one of the guests. They rummage through a stack of papers. There is a glimmer of arrogance on the face of some palace staff, the program starts late and nothing is envisaged to help keep guests entertained, the set-up of the room that does not allow all guests to follow every aspect of the ceremony. As far as organization goes, one has seen much better.

The Essence

With the other guests, we listen to statements of the Presidents, the answers to the four questions (carefully selected) of the journalists and the toast of the two presidents to guests. This is what we retained:

The Agenda is French

Francois Hollande came with a French agenda and got most of what he was looking for:
• France will host the conference on climate change in December 2015. He obtained the participation of President Biya
• He insisted on judicial cooperation between Cameroon and France. President Biya promised to see what the constitution will allow him to do for the case of the lawyer Lydienne Eyoum who is of French nationality (implying a presidential pardon)
• He emphasized the public aid from France to Cameroon for regional security and development of Cameroon
• He thanked Cameroon for supporting French action in the Central African Republic and for the release of French hostages.
• He stressed what French companies can offer in Cameroon
• Finally, he admitted the “troubled history” that exists between France and Cameroon without specifying the key elements of this history and without addressing its implications in the economic, political and social relations between France and Cameroon today.
On the Cameroonian side, there was no clear agenda. On the contrary, President Paul Biya:
• Seized yet another opportunity to taunt Cameroonians with his “Does not stay in power he who wants to, but rather he who has the power to”.
• Confirmed that his candidacy in 2018 is likely, too bad for all those who doubted this.
• Did not at all address the issues that pose real problems between Cameroon and France, including:
o The history of Cameroonian independence and crimes committed by the French state and the French authorities throughout this period
o Economic relations of today with French companies who are struggling to meet their commitments and deliver results in cases such as the management of the Port of Douala, railway transport management; and the treatment of Cameroonian employees in these companies. No mention of contracts awarded for the most part to French companies within the framework of development partnerships and even less said of the need to see Cameroonian entrepreneurs grow through these partnerships.

The result? No commitment on the French side vis-à-vis the Cameroon. No task on which the French government has to work was mentioned. The Cameroonian government did not ask.

Conclusion

After the visit of Francois Hollande, Cameroon got nothing, mostly due of lack of active diplomacy on the part of our government. This is also certainly due to the lack of an ambitious vision which puts the interest of Cameroonians at the center of our governance. 
For the Cameroon People’s Party, our country still needs to settle the score with France as concerns our fight for independence. This must be done through a comprehensive process of national apology, forgiveness and reparation to redefine a partnership of equals between Cameroon and France at the political, economic and social levels.

This will never be possible with the current regime which is prisoner to that history and which draws all its power from the intimidation and repression of the people of Cameroon that was established at that time.

To regain our dignity and determine our future for ourselves, we have one job to do: get rid of the current regime and replace it with a new one whose essence is to satisfy our interests as a people. Only then will we have the opportunity to visit the Etoudi Palace, without hesitation and mistrust, but with pride and belonging, for indeed, the presidential palace will then be the people’s palace.

The Time Is NOW!
Kah Walla
National President
Cameroon People’s Party (CPP).

 

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