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Flambée de xénophobie en Afrique du Sud: l’historien camerounais Achille Mbembé ressent une «énorme honte»

Flambée de xénophobie en Afrique du Sud: l’historien camerounais Achille Mbembé ressent une «énorme honte»

L’universitaire installé dans ce pays depuis plusieurs années a commenté et analysé ce mardi sur les antennes de Radio France internationale la situation chez Nelson Mandela. Il note une résurgence du sentiment tribal chez les Noirs et dénonce un régime qui réagit mal devant les problèmes qui se posent à la nouvelle Afrique du Sud.

C’est un Achille Mbembé piqué au vif, touché au plus profond de son âme d’africaniste et d’afro-optimiste qui s’exprime ce mardi sur les antennes de Radio France internationale. L’historien camerounais est encore retourné par les récentes violences perpétrées ces derniers contre les immigrants africains, en Afrique du Sud, son pays d’accueil. « Je ressens une énorme honte à la fois pour l’Afrique du Sud et pour l’Afrique en général », se morfond le politologue. Il se dit convaincu de ce que « petit à petit une idéologie de la haine est en train de s’ancrer dans la mentalité sud-africaine » et qu’ « il sera assez difficile de déraciner cette idéologie ».

Pour Achille Mbembé, les derniers actes de barbarie perpétrés contre les immigrés Africains installés en Afrique du Sud s’expliquent ont plusieurs explications : le fait que les Noirs ne forment plus un seul bloc comme lors de l’Apartheid, les inégalités qui se sont accrues, l’isolation de l’Afrique du Sud en termes culturels, ce qui favorise les niveaux d’ignorance que les Sud-africains entretiennent à l’égard de l’Afrique et du monde. L’enseignant de l’université sud-africaine de Witwatersrand croit que les sud-africains de race noire portent encore les stigmates de l’odieux système d’Apartheid qui les a déshumanisés et amenés à se détester eux-mêmes. Explication : « c’est le propre des situations racistes de produire une haine de soi que les victimes ont très vite fait de déporter à qui leur ressemble ». La preuve, dit-il par les « pogroms » anti-Africains du moment.

«Aucun Africain n’est étranger sur ce continent»

Mbembé déplore la situation des Noirs Sud-Africains qui à l’entendre ne jouissent pas toujours des  opportunités que la fin de l’Apartheid a pu créer. L’ancien « subversif » pointe un doigt accusateur sur l’actuel régime politique « directement responsable de la condition des Noirs subalternes de ce pays ». L’universitaire assène ensuite : « le régime actuel ne veut rien faire. Toutes sortes de crises ne font que s’empiler ». Il soutient qu’en durcissant les lois sur l’immigration, le gouvernement utilise des expédients pour résoudre les contradictions qui sont devenues insurmontables comme la loi qui interdit aux étrangers d’être propriétaires terriens.

Achille Mbembé parle d’un nouvel Apartheid qui cette fois-ci est « déployé par un gouvernement noir » et termine par ces mots qui sonnent comme une exhortation aux peuples d’Afrique: « il faut dire d’une voix forte qu’aucun Africain n’est étranger sur ce continent. Il nous appartient à tous. Si ce continent veut se mettre debout par lui-même, il faut qu’il s’ouvre sur lui-même ».

 

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