Filière banane : le poids de la décision de l’UE

Par voie de communiqué, lors de rencontre avec les responsables de l’Afruibana, une association panafricaine de producteurs et d’exportateurs de bananes en Côte d’ivoire, l’Union européenne décide de ne pas reconduire après 2019 son appui à l’Afrique, pour faire face à la concurrence latino-américaine.

LORS d’une rencontre avec les responsables de l’Afruibana, une association panafricaine de producteurs et d’exportateurs de bananes, dominée par la Côte d’ivoire (1er exportateur africain), le Cameroun et le Ghana, l’Union européenne annonce qu’elle ne renouvellera pas son soutien à la filière banane africaine après 2019. Ainsi, Jobst von Kirchmann, représentant de l’UE en Côte d’ivoire, a expliqué que «le mécanisme de stabilisation ne sera applicable que jusqu’au 31 décembre 2019, et sa prolongation au-delà de 2019 n’est pas possible».

Ce dispositif fait partie de l’accord de libre-échange conclu en 2009 entre l’UE et les pays latino-américains non-ACP comme le Costa Rica, le Honduras, le Pérou, la Colombie et l’Equateur. Il permettait au bloc européen de frapper, depuis cette année, les importations provenant de ces pays de droits de douane supplémentaires lorsque les importations dépassaient un certain volume.

«L’érosion des préférences douanières et la suppression du mécanisme de stabilisation fin 2019 font peser de graves menaces en terme d’emplois, de pauvreté et de développement dans les régions productrices de banane des pays ACP», a déploré le camerounais Joseph Owona Kono, président de l’Afruibana. La filière banane africaine représente 60.000 emplois directs. Son principal débouché commercial est l’UE.

Avec la fin de ce mécanisme, de nombreuses organisations de défense des producteurs du continent craignent que la part des exportations africaines ne fonde comme neige au soleil. D’autant plus que les droits de douane appliqués à la banane en provenance des pays non-ACP passeront à 75 $/tonne, d’ici 2020, contre 148 $/tonne, une décennie plus tard.

Une longue « guerre de la banane » a débuté depuis 1993 entre l’Europe et les grands pays producteurs d’Amérique Latine, quand l’UE avait décidé d’accorder un régime douanier préférentiel aux pays ACP, pour la plupart d’anciennes colonies européennes. Les pays d’Amérique Latine avaient porté l’affaire devant l’Organisation mondiale du Commerce, jugeant ces préférences douanières illégales.

Les deux parties avaient finalement conclu un accord en 2009, en planifiant la diminution progressive des droits de douanes sur les « bananes dollar », issues des pays producteurs d’Amérique latine. L’UE avait accordé un nouveau programme d’aide aux pays ACP sur la période 2013-2019. visant à améliorer la compétitivité, les conditions environnementales de production, la qualité de vie des travailleurs, mais aussi à développer le marché local et régional de la banane.