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Extrême-Nord – Liberation du prêtre français Georges Vandenbeusch: Des officiers de police entendus à la DGSN et la DGRE

Ils sont soupçonnés de distraction des fonds destinés à la libération du prêtre français enlevé par Boko Haram.

La libération du prêtre français Georges Vandenbeusch continue de livrer, à dose homéopathique, ses petits secrets. Et tout laisse croire que nous sommes encore loin du compte. Après l’épisode du lawan Hassan du village Achigachia au Cameroun, principal intermédiaire dans les négociations qui réclamait encore il y a peu que le gouvernement règle ses factures, c’est désormais au tour de la police d’être éclaboussée par un scandale de détournement de fonds dans le cadre de la même affaire.

Deux officiers supérieurs de la police en service à l’Extrême-Nord sont actuellement «cuisinés» à Yaoundé par les services spécialisés. Il s’agit du commissaire divisionnaire Alem Ngue Aloysius, délégué régional de la police de l’Extrême-Nord et le commissaire de police Ibrahim Bouba, commissaire spécial d’Amchidé dans le Mayo-Spa. Le premier a été entendu dans les locaux de la délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn) à Yaoundé, et le second à la direction générale de la Recherche extérieure (Dgre) où il a été gardé à vue durant quatre jours les deux comparses, bien qu’en liberté, ont interdiction de quitter la capitale et attendent dans l’inquiétude le sort qui leur sera réservé.

LES FAITS

En marge d’un comité de coordination qui se tient à Kolofata les 9 et 10 décembre 2013, le commissaire spécial d’Arachide, Ibrahim Bouba, se rapproche de son chef hiérarchique et délégué régional de la police pour l’Extrême-Nord, le commissaire divisionnaire Alem Ngue Aloysius. Il tient à lui passer une information de première main: ses hommes sont sur les traces du prêtre français enlevé. Il présente à son supérieur, une preuve de vie de l’otage qui tient en une photo montrant le prêtre entouré de ses ravisseurs. Le filon est sérieux.

Pour le peu de temps qu’il reste à la réunion du comité de coordination, le commissaire divisionnaire Alem Ngue Aloysius ne tient plus en place tant et si bien qu’à peine terminée, il prend rapidement le chemin de Yaoundé. Le même jour. Sans, bien sûr, informer le gouverneur de la région sur les raisons de cette précipitation.

Dans la capitale, il est reçu toute affaire cessante par son patron, Martin Mbarga Nguélé. Le renseignement que lui apporte son collaborateur le réjouit particulièrement car il témoigne du travail de ses éléments sur le terrain. Il le conduit aussitôt chez le Secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, qui coordonne les recherches pour retrouver le prêtre français. L’entrevue se déroule dans un optimisme contagieux. Il faut creuser la piste. Un petit pactole, près de 50 millions de FCFA selon diverses sources, est remis au commissaire divisionnaire Alem Ngue Aloysius. Celui-ci promet de bonnes nouvelles pour bientôt.

Entre temps, Cavaye Yeguié Djibril et le lawan Hassan sont entrés en scène. Bien qu’ils tiennent une piste prometteuse, le filon de la police n’est pas pour autant délaissé par les autorités camerounaises. Elle peut conduire au repaire des ravisseurs et fournir une autre option que celle de la négociation. Au cas où.

Jusque-là, tout va bien. Tellement bien que, à l’aéroport de Maroua le 31 décembre 2013, le secrétaire général de la présidence de la République n’oublie pas les animateurs de la filière» de la police. Peu de temps avant d’embarquer pour Yaoundé avec le prêtre fraîchement libéré, il félicite chaleureusement Ibrahim Bouba et Alem Ngue Aloysius pour service rendu à la Nation. Généreux avec les fonds spéciaux de l’Etat, Ferdinand Ngoh Ngoh remet même à chacun une petite enveloppe: cinq millions de FCFA pour le divisionnaire, et trois pour le commissaire.

Les deux officiers n’attendent plus que galons et promotions.

Quand ils embarquent à Maroua Salak le 4 janvier 2014 pour répondre à une invitation du délégué général à la Sûreté nationale, ils ne se doutent de rien. Ils supputent sur le bonheur qui les attend. Est-ce des décorations spéciales? Est-ce une enveloppe plus épaisse qui leur sera remise?

Le lundi 6 janvier 2014, ils se présentent tout confiant à la Dgsn. Et quelle n’est pas leur surprise quand du statut de héros de la police, ils passent en une fraction de seconde à celui de vulgaires suspects. Ils sont d’abord séparés pour éviter qu’ils n’organisent ensemble leur défense. Le commissaire de police Ibrahim Bouba est conduit à la Direction générale de la Recherche extérieure où il est entendu à la Direction des Opérations, puis jeté dans une des cellules de ce service de sécurité. Il y passera, comme nous l’avons mentionné plus haut, quatre jours. Le commissaire divisionnaire Alem Ngue Aloysius, lui est cuisiné à la Dgsn.

Plusieurs facteurs ont précipité la chute des deux hommes. Le premier sera la «belle vie suspecte» que le commissaire spécial d’Amchide commence à mener après la libération de l’otage français. Les policiers et autres agents de renseignements qui pullulent à Amchide ont vite fait de remonter l’information jusqu’au Dgsn qui ne tardera pas à faire le parallèle avec l’Opération déclenchée par son collaborateur de l’Extrême-Nord. Le second facteur est la naïveté des deux officiers de police. Aussi gradés qu’ils le sont, ils ont perdu de vue que l’argent destiné aux ravisseurs et autres intermédiaires est d’abord et avant tout un outil précieux de collecte d’informations.

Assez régulièrement, il est un piège qui se referme tôt ou tard sur les imprudents.

Pour en avoir donc le cœur net, le secrétaire général de la présidence de la République a prescrit à la Dgsn et à la Dgre une enquête rapide et discrète. Ils ont d’abord été convoqués à Yaoundé, et une perquisition a été opérée au domicile du commissaire spécial Ibrahim Bouba à Amchidé par une équipe d’enquêteurs.

Une chose est certaine: une forte somme d’argent a été retrouvée à son domicile. Il s’agit maintenant d’en connaître les origines. Est-ce une partie de l’argent remis au commissaire divisionnaire par le Secrétaire général de la Présidence de la République lors de leur rencontre début décembre 2013? Est-ce de l’argent provenant des fonds destinés aux membres de Boko Haram en échange de la libération du prêtre français? Installé seulement dans ses fonctions en août 2013, les enquêteurs poussent aujourd’hui en direction de plusieurs pistes. Ils veulent avoir un rapport détaillé de sa mission de contact avec les ravisseurs du père Georges Vandenbeusch et quel montant d’argent le délégué régional de la police lui a remis? Qu’en a-t-il fait? Se sont-ils organisés pour «frapper» le gouvernement au moment où celui-ci était le plus fragile?

En attendant les conclusions de l’enquête, le délégué régional de la police de l’Extrême-Nord se retrouve une fois de plus dans de beaux draps. Son séjour dans cette région, il faut le dire, n’est pas de tout repos. Il a déjà été traduit devant le Conseil de discipline pour enrichissement personnel dans le cadre des «services payés» fictifs; a été entendu plusieurs fois pour un détournement d’un fonds d’appui aux personnels de la police de la région lors de la visite du Chef de l’Etat l’Extrême-Nord en 2011: Le commissaire divisionnaire. Alem Ngue Aloysius a également été entendu par sa hiérarchie après des dénonciations d’affairisme relatives à des affectations survenues en décembre 2012…

 

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