Extrême-Nord: Des céréales pour soutenir les populations pendant la période de soudure

Le Réseau de lutte contre la faim, une organisation de la Société civile camerounaise, a remis 250 sacs de céréales à quatre villages du département du Mayo Tsanaga le 01er juillet dernier

 

La gestion humanitaire de la guerre contre Boko Haram à l’Extrême-Nord du Cameroun met régulièrement en exergue l’insécurité alimentaire qui prévaut au sein des réfugiés; et, dans une moindre mesure aussi, celle qui affecte aussi les déplacés. Les problèmes des communautés hôtes des réfugiés et des déplacés, qui doivent faire face à une augmentation de la taille de la population et donc une diminution des moyens de subsistance, sont quant à eux quasiment absents des centres d’intérêt des organisations internationales et des bailleurs de fonds.

C’est conscient de cette réalité que le Réseau de lutte contre la faim (Relufa) est allé remettre des céréales à des populations de la région de l’Extrême-Nord le 1er juillet dernier. Au total: 250 sacs de maïs, d’un poids de 100 Kg chacun, ont été distribués dans quatre villages du département du Mayo Tsanaga – l’un des départements touchés par les incursions de la secte d’essence nigériane Boko Haram. Il s’agit notamment de: Guerenguel (70 sacs), Djandi (60 sacs), Tarwai (60 sacs) et Monoum (60 sacs), d’après un dossier de presse parvenu à Journalducameroun.com.

Cette provision, qui arrive dans un contexte de raréfaction des ressources à cause de la pression de la guerre contre Boko Haram, rentre cependant dans une perspective de mise en place des banques de céréales communautaires, avec un objectif premier. “Ce système ne consiste pas à distribuer de la nourriture, mais fournir des aliments aux membres de la banque de céréales qu’ils viendront rembourser au cours de leur prochaine récolte. Au cours de la période de soudure, les communautés n’auront donc plus à acheter de la nourriture sur le marché à des prix élevés ou emprunter auprès de riches marchands. Ce qui leur éviterait une asphyxie économique du fait du poids de l’endettement qui représente 3 à 4 fois la valeur réelle initiale face à une récolte toujours aussi limitée”, présente le Relufa.

 

Le grenier communautaire du village de Mbozo-Kae (Extrême-Nord Cameroun) a été inauguré le 1er juillet 2016 par le Relufa

Période de soudure
A cause d’un climat de type sahélien et semi-aride, la région de l’Extrême-Nord ne jouit que d’une végétation saisonnière et une “faible” production agricole qui ne parvient pas à couvrir les 12 mois de l’année. “La période de soudure, allant généralement de juillet à septembre de chaque année” est une période difficile pour les familles. Ici, “la faim est généralisée et de nombreuses familles trouvent qu’il est difficile de se permettre au meilleur des cas un repas par jour”, commente le Relufa pour justifier son initiative. “La banque de céréales communautaires implique une allocation de 60 sacs de nourriture et des greniers dans chaque village afin que les membres de la communauté puissent emprunter au cours de la période de soudure et rembourser au cours de la future période de récolte”, précise-t-elle.

L’Organisation a aussi profité, le 1er juillet dernier, pour inaugurer des magasins de stockage construits dans les villages Mbozo Kae et Momboi dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Le projet a été financé par l’initiative “mains unis” du Programme presbytérien de lutte contre la faim (PHP), mené par l’Eglise presbytérienne américaine.

Et ce n’est pas une première. “C’est depuis 2005 que le Relufa a initié un programme dénommé Souveraineté Alimentaire (axé sur la mise en place des banques de céréales communautaires, ndlr). La mise sur pied de ce programme résulte d’un constat fait de la situation de famine structurelle existante dans la région de l’extrême nord, surtout pendant les périodes de soudure”, explique le coordonnateur de cette OSC, Jaff Napoleon Bamenjo.

D’après les chiffres de l’Organisation, un total de 42 banques de céréales communautaires ont déjà été créées à ce jour dans des villages sélectionnés. “Depuis 2006, les banques des céréales du Relufa ont soutenu une moyenne de 25 000 personnes, leur permettant ainsi d’avoir des aliments disponibles dans les moments difficiles.”